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CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

protégés, d'ailleurs si intéressants et si dignes d*être assistés, les rédacteurs de ce rapport heurtèrent en plusieurs points le sentiment national américain, et émirent certaines propositions d'une opportunité douteuse, ou prêtant à une interprétation abusive.

Le rapport débute par cette affirmation : i Les calculs, faits sur les statistiques les plus autorisées, établissent que les immigrants et et les fils d'immigrants catholiques devraient former une population catholique de 26 millions aux États-Unis. Or la vérité est que le nombre des catholiques dans ce vaste pays ne dépasse guère 10 millions. C'est donc une perte nette de 16 millions que le catholicisme a faite jusqu'à ce jour dans la grande république ^ 1>.

Le rapport indique six causes qui, d'après ses auteurs, ont produit une perte aussi considérable, à savoir :

€ i^ Le manque d'une protection suffisante pour les émigrés au moment du départ, pendant la traversée et à l'arrivée en Amérique;

€ 2^ L'insuffisance de prêtres et de paroisses propres pour chaque peuple d'immigrés;

< 3° Les sacrifices pécuniaires souvent démesurés exigés des fidèles;

« 4^ Les écoles publiques;

€ 5^ L'insuffisance de sociétés, d'associations catholiques et nationales de secours mutuels, protection, etc., pour les classes laborieuses;

« 6® Le besoin de représentants de chaque peuple d'immigrés dans l'épiscopat > ^.

En exposant la première de ces causes, les auteurs du rapport insistent sur la nécessité de veiller à la conservation de la langue nationale dans les divers groupes d'émigrants et à l'organisation de

1. Les archevêques des États-Unis ont protesté avec autorité contre cette assertion dans' une lettre collective adressée par eux au Saint- Père dans leur conférence de Novembre 1892.

2. D'autres rejettent en grande partie les pertes du catholicisme sur l'abandon où sont fréquemment laissés les enfants qui fréquentent en grand nombre l'enseignement officiel, et sur un attachement parfois trop exclusif à l'organisation nationale des paroisses composées d'immigrants ou de fils d'immigrants.

paroisses nationales. € Sans doute, dit le rapport, avec les années, ces immigrés arrivent à parler l'anglais, mais, si on attend pour leur faire pratiquer la religion qu'ils aient appris cette langue, on risque de ne les plus trouver disposés à vivre chrétiennement. La triste expérience du passé prouve malheureusement qu'il en est presque toujours ainsi. Chaque peuple ayant son caractère, ses habitudes, ses mœurs, il importe aussi que les prêtres, non seulement parlent la langue, mais soient de la nation même des immigrés. C'est pourquoi il est désirable que chaque groupe national différent d'immigrants soit organisé en paroisse distincte avec un prêtre de sa nation. >

Ces idées ont un grand fond de justesse, surtout lorsqu'il s'agit d'immigrants récemment débarqués, maïs il faut convenir que le maintien de nationalités diverses au sein de la nationalité américaine de race anglaise, tendrait à la longue à rompre l'unité nationale. Malheureusement le rapport insiste, d'une façon quelque peu malalroite,sur la possibilité de s'américaniser sans abandonner finalement les caractères de sa nationalité d'origine. Cette idée reparaît avec insistance en plusieurs endroits, notamment là où l'on préconise la :onstitution de sociétés ouvrières catholiques nationales, et surtout k l'article VI, où l'on insiste vivement pour que les diverses nationalités d'immigrants soient représentées dans l'épiscopat américain.

Ce dernier point souleva aux États-Unis une véritable tem[>ête.

La pensée dominante du rapport de Lucerne est acceptable en un certain sens. Il est hors de doute, en effet, qu'abandonner les immigrants sans soutien au milieu du peuple oh il s'établissent, c'est les exposer au danger de perdre la foi et la moralité ! Rien donc ne saurait être plus utile que de fonder des sociétés nationales, qui rappellent aux nouveaux débarqués la mère-patrie. Rien de plus juste que de pourvoir, dans la langue maternelle et par le ministère de prêtres de leur nationalité, aux besoins religieux de ces pauvres gens. Mais il y a une exagération manifeste à vouloir maintenir

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