‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 120 sur 255 · CHAPITRE TRENTK-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTK-DEUXIÈME

cette séparation nationale pendant une longue suite de générations, et à viser ainsi à la constitution de plusieurs peuples au sein du peuple américain, dont la masse appartient évidemment à la race anglo-saxonne ou irlandaise. L'expérience des autres pays prouve d'ailleurs que l'assimilation des immigrants aux nationaux se fait très rapidement et souvent dès la seconde génération. Il semblerait donc que l'action des sociétés protectrices des émigrants devrait se borner à sauvegarder les intérêts religieux et moraux de ceux-ci pendant la période de transition, et à faciliter la fusion pacifique des étrangers avec les indigènes. Le rapport de MM. Cahensly et Volpe-Landi parait se mettre à un point de vue tout opposé et tendre à la division des races plutôt qu'à leur fusion harmonieuse ^

Le patriotisme américain fut violemment choqué de cette prétention et de la façon dont elle était présentée, et, dans son exaltation sans mesure, il oublia le sentiment de la justice. On accusa la société de Saint- Raphaël et surtout M. Cahensly, le secrétairegénéral de la société allemande, des intentions les plus noires ; on travestit son langage, on lui prêta des propositions qu'il n'avait jamais émises, et bien des organes de la presse catholique oublièrent qu'ils avaient à faire à des coreligionnaires, dignes de tous les respects pour leur zèle et leur charité à l'égard des pauvres émigrants.

Le congrès de Lucerne fut décoré des noms de € conjuration de Lucerne >; on appela l'action de ses membres < le siège de Rome ». On prétendit que les envoyés de Prusse et d'Autriche avaient fait valoir toute leur influence en faveur des idées de la société de Saint- Raphaël, de même que M. Windthorst et les évêques allemands. Enfin on crut, ou l'on feignit de croire, que la société de Saint- Raphaël demandait la constitution d'un double épiscopat pour chaque diocèse, l'un américain, l'autre allemand. Cette assertion était contraire au texte même du rapport où Ton pouvait lire ce qui suit :

1. Il faut ajouter que les auteurs du rapport se défendent ënergiquement contre cette accusation, mais les termes mêmes de ce document semblent y donner prise.

< Les diocèses étant formés de fidèles de différentes nationalités, il est évident qu'il ne s'agit pas de réclamer la division de ces diocèses par nationalités. Ce que l'on attend de la sagesse et de la justice du Saint-Siège, c'est que, dans le corps épiscopal, il fasse entrer des évêques des diverses nations, afin que les différents peuples soient représentés par quelques-uns des leurs dans l'épiscopat, dans tes provinces ecclésiastiques, dans les conciles. >

La société de Saint-Raphaël formula les desiderata exposés dans le rapport de Lucerne, en une supplique adressée au Saint-Père en février 1891, et dont voici le principal passage :

< Four que les Européens catholiques conservent dans leur patrie d'adoption et transmettent à leurs enfants la Foi et les biens qu'elle procure, les soussignés ont l'honneur de soumettre à Votre Sainteté les conditions que l'expérience et la nature des choses indiquent comme essentielles à établir dans les pays d'immigration. Les peites, que l'Église a subies aux États-Unis de l'Amérique du Nord, se montent à plus de 10 millions.

4 I. Il serait nécessaire d'ériger en patoisses, congrégations ou missions distinctes, les groupes d'émigrés de chaque nation, dans toutes les circonstances oti leur nombre et leurs ressources permettront de le faire ;

< 2. Il serait nécessaire que la direction de ces paroisses soit confiée à des prêtres de même nationalité que les fîdëles. Les plus doux et chers souvenirs de la patrie leur seraient ainsi à chaque instant rappelés, et ils en aimeraient davantage la Sainte Église qui leur procurerait ces bienfaits ;

< 3. Dans les régions où sont établis des émigrés de plusieurs nations, trop peu nombreux pour se constituer en paroisses nationales distinctes, il est désirable qu'on choisisse pour diriger ces groupes, et autant que cela sera possible, un prêtre connaissant les divers idiomes de ces émigrés. Ce prêtre sera strictement obligé de faire les catéchismes et les instructions à chaque groupe dans sa propre langue.

4 4. Partout 0(1 il n'y aura pas d'écoles publiques chrétiennes, on devra fonder des écoles paroissiales, et autant que possible, distinctes pour chaque nationalité. Le programme de ces écoles comprendra toujours la langue lutïonale ainsi que la langue et l'histoire du pays d'adoption.

< 5. Il serait nécessaire de donner aux prêtres qui se dévouent aux émigré, tous les droits, privilèges, faveurs, etc. dont jouissent les prêtres du pays. Cette disposition, conforme à la justice, aura pour résultat d'attirer auprès des émigrés des prêtres de chaque nationalité, zélés, pieux et désireux de sanctifier les âmes.

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