‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 121 sur 255 · CHAPITRE TRKNTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTE-DEUXIÈME

6. 11 serait désirable de former et d'encourager des associations catholiques de diverse nature : Confréries, sociétés de bienfaisance, de secours mutuels, de protection, etc. Par ces moyens on groupera les catholiques, et on les préservera des sociétés perverses, de la franc-maçonnerie ou d'autres analogues.

7. Il serait très désirable, toutes les fois que cela sera jugé possible, que les catholiques de chaque nationalité puissent avoir, dans Tépiscopat du pays d'immigration quelques Évêques de leur origine. Il semble qu'ainsi l'organisation de l'Église serait parfaite. Chaque peuple immigré serait représenté, et ses intérêts, ses besoins, sauvegardés dans les assemblés des évêques, les conciles, etc. >

On peut discuter la convenance du dernier paragraphe, où se trouve un conseil donné au Saint-Siège touchant la nomination des évêques. Peut-être trouvera-t-on aussi que cette supplique reflète trop le désir de voir se perpétuer les diverses nationalités immigrantes. Mais elle ne contient certes pas les énormités dont on accusait les auteurs du rapport de Lucerne.

La supplique fut accompagnée d'un nouveau mémoire explicatif de MM. Cahensly et Volpe-Landi. Ces documents n'étaient pas destinés à la publicité. Cependant leur contenu transpira et le 30 juin un télégramme de Berlin venait porter à son comble l'excitation du public américain. Voici ce qu'on y lisait :

« Si, comme on l'espère, le Saint-Siège, se sent porté à seconder les visées exprimées dans ces documents, et à nommer un grand nombre d'évêques allemands en Amérique, l'influence allemande au-delà de l'océan s'accroîtra extraordinairement et conduira directement à l'accroissement de l'influence du gouvernement allemand sur les affaires américaines. M. Cahensly demande l'aide d'autres gouvernements étrangers (Italie, Autriche, Espagne, Canada) et leur promet en compensation la part qui leur revient dans la considération qui résultera, pour les diverses nationalités, de la distribution des différents sièges épiscopaux d'Amérique entre les représentants de ces nationalités. Néanmoins on estime ici que la part du lion reviendra à l'Empire. La guerre contre les évêques irlandais en Amérique sera continuée avec vigueur. >

Le Pape Léon XII L — IL 19

Des expressions aussi passionnées et un pareil travestissement des véritables intentions des membres de la société de Saint- Raphaël ne pouvaient manquer de soulever d'une part l'indignation du patriotisme américain, et d'autre part de vives protestations parmi les défenseurs des émîgrants. C'est ce qui arriva. Une polémique des plus acrimonieuses éclata entre les journaux catholiques américains, allemands et germano-américains. Ces dissensions eurent leur écho dans l'épiscopat et dans le monde politique.

Dans une discussion qui eut lieu au Sénat américain en 1892, le sénateur protestant Davis prononça un discours sur l'immixtion du gouvernement chinois dans la question de l'immigration, et sur l'intervention de la société de Saint- Raphaël à propos des immigrants européens. Les passages suivants de ce discours montrent à la fois combien avaient été mal comprises en Amérique les intentions du congrès de Lucerne, et comment le mémorandum de ce congrès prétait le flanc à la critique.

« Je viens de montrer, disait M. Davis, que le gouvernement chinois ne cherche nullement à s'emparer de nos institutions. Il ne désire point que son peuple aille à l'étranger, et il lui impose même l'obligation de revenir dans la patrie. Je voudrais, M. le président, qu'il en fût de même partout ailleurs. Je voudrais que, dans un autre continent, où les gouvernements veulent bien qu'on permette à certaines classes de leur population de venir dans ce pays, ces mêmes gouvernements ne cherchassent pas à s'emparer de nos institutions, ou à influer sur elles d'une manière indigne. Il y a plus lieu de se préoccuper des attentats faits par M. Cahensly, l'année dernière, pour dénationaliser les institutions américaines, et pour établir parmi nous, autant de nations qu'il y a de peuples de langues étrangères, qu'il n'y a eu lieu de le faire dans toutes les questions chinoises qui se sont élevées depuis 1858.

« M. Cahensly se propose de se servir de la hiérarchie catholique, pour amener ce grand résultat politique. Je suis fort heureux de

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