CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME
toutes les tentatives > ayant pour but de miner Tautorîté des conciles nationaux et surtout du III« concile plénîer de Baltimore sur la matière, conciles dont les décrets, « très conformes aux nécessités des temps et des lieux >, sont l'œuvre de tous les évêques américains, approuvée par le Saint-Siège. € On ne pourrait, sans un grave détriment de la discipline, les négliger en faveur de quelques particuliers. > L'éminent préfet de la Propagande prie enfin les évêques d'avertir leurs diocésains du danger de ces discussions qui troublent la concorde, relâchent la discipline ecclésiastique, et surtout causent du scandale aux non-catholiques eux-mêmes. C'est en vain, conclut le cardinal, qu'on s'occuperait de projets étrangers aux prescriptions des conciles « puisque le Siège Apostolique n'a rien plus à cœur que de défendre la fermeté de la loi ecclésiastique, gardienne de Tordre et défense de la paix. >
La circulaire, éminemment juridique, du cardinal Ledochowski porte la marque de ce grand esprit de justice et de légalité qui a toujours distingué la Rome des papes, comme celle des anciens maîtres du monde : Tu regere imperio populos^ Romane, mémento ! On croit entendre un écho de cette parole impérative de l'ancienne Rome, dans ce document où le préfet de la Propagande dît le droit, jus didt, avec tant de précision et d'impartialité.
Ce rappel aux décrets des conciles répond à tout et doit satisfaire tout le monde. La question de nationalité de l'évêque à élire, comme celle des autres qualités qu'il doit avoir, est un de ces points qui doivent être abandonnés dans chaque cas particulier à l'appréciation du Saint-Siège, qui en décidera pour le plus grand bien du diocèse à pourvoir, en ayant égard à toutes les circonstances.
Il est d'ailleurs évident que Léon XIII approuve la sollicitude des sociétés de Saint- Raphaël pour les soins spirituels à donner dans leur propre langue aux immigrants européens. N'a-t-il pas lui-même, dans son encyclique du lo décembre 1888 aux évêques d'Amérique, insisté tout spécialement sur l'organisation d'un apostolat national
en faveur des émigrants italiens? N'a-t-il pas béni les eflforts faits dans ce sens par Mgr Scalabrini, et l'institut fondé à Plaisance par ce dernier pour Tévangélisation des Italiens en Amérique ? Nul mieux que Léon XIII n'a décrit la misère matérielle et spirituelle de ces infortunés qui, après être tombés « entre les mains d'hommes cupides dont ils deviennent comme les esclaves, et avoir été jetés pêle-mêle sur des navires où ils sont inhumainement traités 1, arrivent enfin au but de leur traversée, € ignorants de la langue et des lieux, pour y être livrés à un labeur quotidien, et y devenir victimes des embûches des méchants et des puissant^ qui les traitent en esclaves». Ils sont en outre bientôt la proie des vices, et «des sectes ennemies de la religion si répandues en ces pays et qui entraînent à leur perte la plupart de ces malheureux». Dans cette même encyclique, le Pontife déplore le manque de « ministres du Seigneur comprenant la langue italienne » lesquels, en ces vastes régions et au milieu de la difficulté des voies de communication, soient à même de subvenir aux besoins spirituels d'une si grande multitude d'hommes; et il montre beaucoup d'entre les émigrés mourant sans l'assistance du prêtre, ou forcés de se priver de son concours aux baptêmes et aux mariages. Il s'ensuit que, «dans cette classe d'hommes, les mœurs chrétiennes sont oubliées et les pires éléments prennent le dessus. >
Ne sont-ce pas là, exprimées avec une éloquence apostolique, les plaintes mêmes que nous avons entendues de la bouche des protecteurs des émigrants ? Qu'ils ne se formalisent donc point, si Léon XIII n'a pas cru devoir accéder à tous leurs desiderata. Aussi bien qu'eux et avec une sollicitude plus haute et plus divinement illuminée, il a souci des intérêts spirituels des émigrants, et il comprend la nécessité de leur donner en leur propre langue le' soutien religieux dont ils ont besoin. « La cause principale des maux dont sont accablés ces infortunés étant, dit Léon XIII, l'absence du ministère sacerdotal qui confère et augmente la grâce céleste, nous
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avons décrété d'envoyer là-bas plusieurs prêtres italiens, capables de parler à leurs compatriotes la langue qui leur est familière,... de donner à tous aide et conseil et de leur prodiguer tous les soins du ministère sacerdotal. » Il veut en outre que les évêques d'Amérique envoient au séminaire fondé à Plaisance < de jeunes lévites appartenant à l'Amérique, mais nés de parents italiens >, pour y recevoir le sacerdoce et rentrer ensuite en Amérique, afin d*y travailler au salut des émigrants italiens, sous l'autorité des évêques. Enfin Léon XIII exprime le désir dé voir se fonder, dans les diocèses où les immigrants italiens sont plus nombreux, « des communautés de prêtres, qui rayonnent dans la région voisine et Tévangélisent par des expéditions sacrées. >
Il est donc parfaitement évident que si le Pape respecte le patriotisme américain, il n'entend aucunement lui sacrifier les intérêts spirituels des émigrants européens. Cette persuasion doit suffire pour apaiser la sollicitude inquiète des hommes dévoués, qui se consacrent à la protection de leurs compatriotes forcés de s'éloigner de la terre natale pour chercher en Amérique un sortmeilleur.
L'attention des Américains devait bientôt être détournée des questions canoniques et juridiques par un événement d'un ordre tout différent. Nous voulons parler de la célébration des fêtes en l'honneur de la découverte de l'Amérique et de l'exposition de Chicago.
Toujours soucieux de montrer que l'Église n'est hostile ou étrangère à rien de ce qui constitue le progrès véritable, même dans l'ordre matériel, Léon XIII voulut s'associer à la grande manifestation américaine. Écrivant à un des organisateurs principaux de l'exposition, M. Thomas B. Bryan, il disait : < Rien ne peut surpasser en splendeur ce que l'on raconte de la magnifique exf>osition qui se tiendra à Chicago, laquelle réunira sur un seul point tous les
nature et toutes les œuvres créées par l'esprit ingéime. Le succès de cette entreprise fournira certes areuve de l'esprit élevé et de l'active vigueur de ce nte des entreprises difficiles avec tant d'audace et de
donnant aux citoyens de la grande République des lérités. Nous exprimons la ferme espérance que leur se, à laquelle d'autres nations prêteront leur concours, eux résultat et sera très utile en excitant le génie de
ses efforts pour développer les dons de la nature, et tnt les beaux-arts. '»
:, si flatteur pour les Etats-Unis, fut accueilli avec
par-delà l'Océan, Léon XIII le confirma en prenant >nnelle à l'exposition de Chicago par l'envoi de deux tes de l'Amérique, conservées au musée de la Propad'elles n'est autre que la carte historique, sur laquelle '. traça de sa propre main la fameuse ligne de démaris possessions espagnoles et portugaises en Amérique, ment des États-Unis apprécia hautement l'acte de t le secrétaire d'État, Porter, écrivit, le 15 septembre inat Rampolla pour l'assurer que les soins les plus aient pris pour garantir la conservation des reliques envoyées par le Pape et leur religieuse restitution à ivait prêtées. La lettre de M. Porter contenait le nt qui rend pleine justice à l'action du Saint-Siège verte de l'Amérique :
,ion étroite du Saint-Siège à l'entreprise de Christophe :on si intime la mémoire de Rome et de ses pontifes et de Colomb et de ses camarades et compétiteurs de la découverte et de la colonisation de l'Amérique ; me influence si marquée sur les destinées et le progrès londe, qu'une exposition, comme celle que, sur l'ordre j'ai l'honneur de Vous soumettre, ne peut manquer de