‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 124 sur 255 · CHAPITRE TRKNTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTE-DEUXIÈME

figurer parmi les solennités les plus remarquables de la célébration internationale du quatrième centenaire de la découverte de TAmérique. En coopérant à ce but, Sa Sainteté témoignera à notre pays une attention qui sera hautement appréciée, non seulement par les organisateurs de l'exposition, mais encore par le peuple américain tout entier. »

Le cardinal Rampolla exprima, au nom du Saint- Père, la satisfaction que lui causaient les procédés courtois du gouvernement fédéral dans cette circonstance, et, en annonçant l'envoi d'un délégué pontifical aux fêtes colombiennes, il profita de l'occasion pour féliciter les États-Unis de leur politique correcte à l'égard de la religion : « En même temps, disait-il. Sa Sainteté, qui a tant de raisons de témoigner des égards spéciaux au gouvernement des États-Unis, à cause de la liberté dont y jouit l'Église catholique, et qui admire justement l'esprit d'entreprise et le progrès de ce pays, a décidé de se faire représenter à la manifestation publique, qui aura lieu en l'honneur du grand Génois, lors du quatrième centenaire de sa mémorable découverte, par une personne qui n'est pas moins distinguée par ses qualités personnelles que par son grade dans la hiérarchie ecclésiastique. Cette personne est Mgr Satolli, archevêque de Lépante,un prélat hautement estimé à cause de ses vertus, aussi bien qu'à cause de la science profonde, dont il a donné tant de preuves dans ses écrits. >

Le délégué pontifical fut accueilli en Amérique avec les plus grands honneurs. A New- York, les représentants de l'armée attachèrent sur sa poitrine la médaille de citoyen américain. On le fit voyager royalement dans un train spécial mis à sa disposition. A Chicago, on le fit asseoir à une place d'honneur, et le peuple rassemblé acclama en lui le Pontife, ami de l'Amérique, dont il était l'envoyé. Consolant symptôme et gage d'espoir pour l'avenir que cette rencontre sympathique de la Papauté et de la jeune démocratie américaine !

302 LrK PAPE LÉON XIII.

Léon XIII ne se contenta pas deTenvoide ce délégué. Il voulut célébrer devant le monde entier le centenaire de la découverte de TAmérique, en montrer l'opportunité providentielle, et revendiquer, comme une gloire du catholicisme, Colomb et son œuvre.

L'encyclique du i6 juillet 1 89 2, adressée aux évéques d'Espagne, d'Italie et des deux Amériques, établit d'abord la part que prend volontiers l'Église à toutes les grandes entreprises.

« Sans doute, dit Léon XIII, elle réserve des honneurs tout particuliers aux vertus suréminentes, en tant qu'elles sont unies au salut éternel des âmes ; néanmoins, elle ne méprise pas le reste, ni ne s'abstient de l'estimer comme il convient ; c'est même son habitude de favoriser de tout son pouvoir et d'avoir toujours en honneur ceux qui ont bien mérité de la société humaine et qui sont passés à la postérité. — Certes, Dieu est surtout admirable dans ses saints, mais les vestiges de sa divine vertu apparaissent aussi dans ceux chez lesquels brille une force d'âme et d'esprit supérieure, car cette élévation de cœur et cette étincelle de génie ne sauraient venir que de Dieu, leur auteur et créateur. >

Puis le Pape expose la grande raison pour laquelle l'Église ne peut se taire en présence des fêtes colombiennes : Colombus noster est, dit-il, Colomb est des nôtres. C'est la foi catholique qui a inspiré son entreprise. Le motif religieux prima chez lui tous les autres motifs. Son principal dessein, « la résolution profondément gravée dans son cœur, était d'ouvrir à l'Évangile de nouvelles terres et de nouvelles mers ». Léon XIII prouve son assertion par les paroles de Colomb lui-même : « Dès qu'il se présenta aux souverains d'Espagne, Ferdinand et Isabelle, il leur exposa qu'ils ne devaient pas craindre de prendre l'entreprise à cœur, parce que leur gloire s accroîtrait jusqu à devenir immortelle, s ils décidaient de porter le nom et la doctrine de Jésus-Christ dans d aussi lointaines régions. Et lorsque, peu de temps après, ses vœux furent exaucés, il atteste vouloir obtenir de Dieu que ces souverains, soutenus par son aide et

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