CHAPITRE TRENTE-TROISÏÈME
tout en proclamant que 4L TÉglîse n'a pas été fondée pour une époque, pour un peuple et pour une forme de gouvernement >, le député royaliste ne reniait pas € ses convictions et ses espérances au sujet de la forme de gouvernement > , et il déclarait que € le parti catholique aura toujours sa raison d*être, soit pour arracher à un gouvernement de fait le minimum de réformes dont il est capable, soit pour seconder dans son œuvre réparatrice un gouvernement national et chrétien >.
Ce projet d'organisation des forces catholiques fut, dès le principe, accueilli avec faveur. Un comité ne tarda pas à s'établir pour constituer un centre d'action et de souscriptions. Pendant les mois de septembre et d'octobre les adhésions affluèrent. La presse conservatrice se montra généralement ou neutre, ou favorable. La Gazette de France elle-même, à la fin de septembre, félicitait M. de Mun de son initiative. C'était à la vérité par pure tactique électorale, comme elle le déclara par la suite. Il n'en est pas moins vrai que dans un article publié le 3 octobre et reproduit le lendemain par \ Anjou, feuille patronnée par Mgr Freppel, \ Univers se croyait en droit de résumer ainsi les impressions de la presse sur l'acte de M. de Mun : < Les journaux franchement religieux l'ont saluée avec joie ; les journaux hostiles ont répondu par de violentes attaques. Certaines feuilles ont organisé la conspiration du silence. > A ce moment donc, l'initiative du comte de Mun ne rencontrait pas d'opposition ouverte dans la presse conservatrice et catholique.
A l'étranger, l'impression n'était pas moins favorable, et à Rome même, VOsservatare Romano, organe officieux du Saint-Sîège, applaudissait à «cette courageuse tentative qui procurera le salut de la France, en donnant la religion pour base au travail indispensable pour relever la France de l'état de décadence où elle est réduite par le fait de la Révolution ». UOsservatore se félicitait de la constitution du nouveau parti, qui permettait à toutes les forces vives de la nation de se grouper autour de la bannière catholique, et il
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terminait ainsi son article : € Il est nécessaire que les catholiques aient un programme qui se fonde sur les droits de Dieu, garantie de tous les droits humains, et qui détermine le régime de la famille, du travail, du crédit et de la propriété. Voilà Tœuvre la plus urgente, la plus nécessaire et la plus féconde. :^
Le 5 octobre eurent lieu les élections, et la Semaine Religieuse de Cambrai attribuait au plan du comte de Mun l'honneur des succès remportés par les conservateurs : € Dieu, disait-elle, a favorisé manifestement ce grand dessein, non seulement par le nombre d'élus qu'il nous a donnés, mais par l'impossibilité évidente où il les a mis de s'entendre et d'agir sur un terrain autre que celui de la défense de la religion. L'union a été admirable pour les envoyer d'accord au Parlement, sans distinction de partis politiques. %
UOsservatore Romano reconnaissait de son côté que le résultat des élections était dû en grande partie à la reconstitution du parti catholique. Il louait le comte de Mun de s'être inspiré de la parole de Léon XIII, exhortant les catholiques français à l'union et à l'action. 4; L'impulsion donnée à la réorganisation des forces catholiques en France, continuait V Osservatore, ne pourra être arrêtée ; elle est sûre de la victoire, elle vise un grand but social et non un but politique, la preuve en est que le valeureux promoteur de cette réorganisation en a jeté les bases dans les classes ouvrières, en l'étendant par des comités ad Iioc sur toute la France. > Le journal romain note qu'une des premières destructions révolutionnaires fut celle de la corporation, dont l'abolition fit régner partout l'individualisme. La reconstitution sociale s'opérera par une marche opposée. « L'œuvre entreprise sera certainement, grâce à la protection divine, conduite sous peu à bonne fin ; les ennemis de Dieu et de la société trouveront ainsi la route barrée par un obstacle qui, cette fois-ci, sera insurmontable, parce qu'il y aura impossibilité de le démolir. >
A la veille des scrutins de ballottages, M. de Mun fit un nouvel