CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME
diverses formes, ne tardèrent pas à se produire dans la presse conservatrice. Ces objections, quant à la partie politique et religieuse du programme, se résument dans la phrase suivante du Monde. € L union conservatrice parait bien répondre aux nécessités actuelles. N'est-ce pas lui faire tort que d'annoncer une autre union comme nécessaire ? >... Mais on combattit surtout les articles concernant la réforme sociale. Le Monde disait à M. de M un: « Vous ne justifierez pas l'insertion de ces articles dans un programme général proposé à tous les catholiques. Vous ne pouvez pas le faire, à moins de supprimer une liberté d'appréciation que l'Église nous laisse. In dubiis libertas. > Le Monde reprochait à la lettreprogramme de ne pas prévoir les difficultés légales, les entraves qui gênent en France la liberté d'association, et ajoutait « qu'en cette matière un projet général est toujours dangereux à formuler et rarement efficace ». Enfin le journal parisien, sans tenir suffisamment compte des adhésions recueillies par M. de Mun dans le monde politique, trouvait qu'en parlant seul, M. de Mun avait pris une responsabilité bien lourde, soit qu'il n'eût pas sollicité lentente avec les autres chefs catholiques et conservateurs, soit que l'ayant sollicitée, il ne l'eût pas obtenue.
La situation de la presse catholique et conservatrice à la suite de la lettre à M. de Bélizal se présentait à peu près comme ceci. Les principaux journaux purement catholiques avaient, avec L'Univers et La Croixy chaleureusement adhéré au plan de M. de Mun. D'autres journaux, catholiques aussi, mais liés de longue date au parti monarchique, s'étaient prononcés non moins vivement contre ce plan. Nommons, indépendamment du Monde que nous venons de citer. Le Français, La Défense, L Anjou, etc. Nous avons relevé dans la presse conservatrice et catholique de l'époque 35 journaux favorables et 42 contraires à la constitution d'un parti catholique distinct.
Naturellement tout ce qui de près ou de loin tenait au gouver-
nement et aux partis hostiles à T Église était plus hostile encore à ce même projet. Au total le plan de M. de M un, comme plus tard la politique de Léon XI II, rencontrait lopposition des monarchistes et des radicaux. Mais il avait de plus contre lui bon nombre de catholiques qui par la suite se rallièrent aux vues du Pape, et les républicains modérés, aussi bien que les radicaux.
A 1 étranger, le plan de M. de Mun rencontrait généralement un accueil enthousiaste dans la presse catholique. Il n'en était pas tout à fait de même à Rome. Nous avons cité lavis favorable de VOsservatore Rofnano^ mais le Moniteur de Rome écrivait : < Il ne faut ni diviser, ni exclure. Le parti conservateur a remporté des succès inattendus au dernier scrutin grâce à sa discipline et à son union. Réunir tous les intérêts froissés, c'est créer un courant large et patriotique qui portera le parti conservateur vers un avenir
fécond et glorieux L'expérience a légitimé pour le moment la
base et l'organisation actuelle du parti conservateur. Au lieu de faire de petites chapelles, il faut au contraire constituer plus que jamais la vaste Église de toutes les revendications. "^
Dans l'épiscopat, les avis n'étaient pas plus unanimes que dans la presse. Tandis que les Semaines religieuses de Cambrai, Mende, Angoulême, Châlons, Agen, Beauvais, Rodez et Coutances approuvaient hautement, le plus grand nombre des évêques se taisait, L Anjou organe de Mgr Freppel se rangeait à l'avis du Monde cité plus haut et enfin, le 3 novembre, par une lettre adressée à la Semaine religieuse de son diocèse, Mgr Thibaudier, évêque de Soissons, protestait en termes sévères contre le nouveau parti catholique. Il lui reprochait de solidariser, malgré l'avis du Saint-Siège et des évêques, la religion catholique avec un parti politique et de
« river la cause de l'Église à celle d'une monarchie terrestre».
Il révoquait en doute l'intelligence et la docilité des organisateurs du parti. La sévérité de ce jugement causa sur beaucoup de catholiques une pénible impression.