CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME
La déclaration affirmait les mêmes principes et recommandait la même ligne de conduite que le discours du cardinal Lavigerie et la lettre du cardinal Rampolla; mais elle était précédée d*un exposé de griefs, que ni l'archevêque d'Alger ni le secrétaire d'État romain ne songeaient d'ailleurs à nier, et elle eut une fortune bien diverse de celle du toast d'Alger. Tout le monde l'approuva, ou feignit de l'approuver: les uns s'arrêtèrent à la première partie, les autres ne virent que la seconde, tant les idées préconçues jetaient d'obscurité dans les intelligences !
M. de Lamarzelle, dans une réunion royaliste à Ntmes, applaudit à < cette énergique déclaration des cardinaux français, qui nous commande, dit-il, de lutter sans trêve ni relâche tant qu'on n'aura pas fait droit aux revendications des consciences catholiques* Nous avons entendu enfin sortir ce cri d'indépendance chrétienne qui n'a cessé de retentir à toutes les époques de notre histoire. » Cela était fort exact, mais la casuistique du député royaliste était un peu subtile, quand il faisait remarquer à ses auditeurs que les cardinaux avaient parlé Ôl adhérer à la république et non de \ accepter^ et qu'il en prenait texte pour les confirmer dans leur dévouement à la monarchie, seule capable d'après lui de sauver la religion.
En dernière analyse, la déclaration n'eut guère d'influence pratique au point de vue politique. On devait entendre bientôt une voix plus puissante, la voix de Léon XIII lui-même. Après avoir longuement fait sonder et préparer le terrain, le Pape allait enfin ouvrir cette bouche qui a les secrets de la vie éternelle, os orbi sufficiens, la bouche dont les paroles suffisent au monde entier, et doivent par conséquent suffire à la France!
convertissant? Ou bien la démarche de Léon XIIL vis-à-vis
de la France ne sera-t-elle qu'un épisode dans Thîstoire de celle-ci, épisode d'une souveraine importance à la vérité, mais qui n'aura d'autre effet que de permettre à la Fille aînée de l'Église de se ressaisir elle-même et de reprendre le cours de ses destinées d'autrefois, non seulement sur le terrain religieux, mais aussi sur le terrain politique ?.... Graves questions que l'avenir résoudra et qu'on ne saurait aujourd'hui trancher sans témérité. Ce qui est hors de doute, c'est qu'en cette circonstance, la voix de Léon XI 1 1 a, selon l'expression de l'Écriture, fait tititer les oreilles de ceux qui l'ont entendue: quod qui audierit tinnient ambœ aures ejus!
L'intervention de Léon XIII pourrait, disons-nous, avoir pour conséquence finale de remettre la France dans sa voie historique, même au point de vue de la forme du gouvernement. Ceci semble un paradoxe. Comment une encyclique qui recommande l'acceptation de la république reconduirait-elle finalement la France à la monarchie? Si incertaine,. si improbable qu'elle paraisse, \2i possibilité de cette conséquence ressortira, pensons-nous, de l'étude de la pensée de Léon XIII dans les documents où cette pensée s'est manifestée, et de l'examen des circonstances où se trouve là France.
L'encyclique du i6 février 1892 débute par l'affirmation de l'affection de Léon XIII pour la France. « C'est, dit- il, précisément cette affection qui Nous a tenu sans cesse attentif à suivre du regard, puis à repasser en Nous-même, l'ensemble des faits, tantôt tristes, tantôt consolants, qui depuis plusieurs années se sont déroulés parmi vous. > Le Pape constate qu'il s'est formé un complot pour la destruction du christianisme en France, et que ce complot va s'exécutant, sans aucun égard pour le sentiment de la majorité de la nation, pour la justice, pour les droits de l'Église, et même pour les < intérêts politiques sagement compris >.
En bonne foi, ce langage est-il celui de la peur et de la capitu-
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]ue, comme homme, L.éon XI il ne saurait être iance pour ceux qui prennent une part active à 1 dénonce.
dément consolé par les témoignages d'affection 1 Français à son égard, proteste que < loin de les jement, il les a toujours fortement exhortés à dans la défense de la foi et de la patrie: deux de- ■dre, auxquels nul homme, en cette vie, ne peut aujourd'hui encore, s'il élève la voix, c'est < pour ment non seulement les catholiques, mais tous tes et sensés, à repousser loin d'eux tout germe lolitiques, afin de consacrer uniquement leurs ion de leur pays >, pacification désirée de tous et presse « toutes les âmes droites, tous les cœurs liller avec lui. Remarquons ici, une première fois, dresse pas aux seuls catholiques, mais à tous les er sensés. Ce point est d'une importance extrême portée de l'Encyclique. La pacification que veut d'ailleurs pas celle dont parlent parfois avec orateurs politiques, qu! voudraient la combiner :s lois hostiles à l'Église.
la religion comme première base de la paix et le. « Avant tout, dit-il, prenons comme point de lotoire, admise par tout homme de bon sens et lée par l'histoire de tous les peuples, à savoir,