CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
seulement de ces prélats, sur douze, votèrent pour la condamnation.
cSans vouloir approuver tout ce qui est affirmé ou prescrit dans les statuts de Tordre, dit-il, on n'y trouve pas les éléments requis par le Saint-Siège pour ranger une association parmi les sociétés prohibées. Nul serment n'est exigé, nulle obligation au secret n'est imposée vis-à-vis des autorités ecclésiastiques, point d'obéissance aveugle à l'égard des chefs de l'ordre, aucune hostilité formelle contre la religion : bien au contraire, le grand maître se déclare catholique pratiquant,étranger à la franc-maçonnerie,et prêt à corriger dans les statuts ce qui lui serait indiqué par l'autorité ecclésiastique. Nulle trace non plus d'hostilité envers l'autorité civile. Les divers partis respectent l'Ordre et recherchent son appui, le président des États-Unis lui-même ne craint pas de prendre l'avis de M. Powderley pour la réforme de la législation sociale. »
Quant au fond des prétentions et des tendances de l'association, le cardinal Gibbons reconnaît qu'il s'y trouve bien des choses conformes à la justice. Voici comment il s'exprime à ce sujet :
i Qu'il y ait chez nous, comme dans les autres pays du monde, un mal social menaçant, des injustices publiques qui réclament une résistance ferme et un remède légal, c'est une vérité que personne n'ose contester, et qui a été reconnue parle Congrès et le Président des États-Unis. Sans entrer dans les tristes détails de ces torts, ce qui ne parait pas nécessaire ici, il peut suffire de mentionner que les monopoles, de la part des individus et des corporations, ont excité non seulement les plaintes des ouvriers, mais aussi l'opposition des hommes publics et des législateurs ; que les efforts des monopolistes, pour adapter, non sans succès, la législation à leur profit, causent beaucoup d'inquiétude aux amis désintéressés de la liberté ; que l'avarice sans cœur qui, pour gagner davantage, écrase impitoyablement non seulement les ouvriers de plusieurs corps de métiers, mais spécialement les femmes et même les
es enfants, fait comprendre à tous ceux qui aiment l'humanité . justice, que si c'est le droit des travailleurs de se protéger, le >le entier a l'obligation de les aider, en conjurant les dangers : la civilisation et l'ordre social sont menacés par l'avarice, )ression et la corruption. On ne saurait nier l'existence du mal . nécessité d'un remède. >
[ais les moyens employés dans ce but par les chevaliers du ail sont-ils légitimes ? Voici la réponse du cardinal : On peut à peine douter que, pour atteindre un but public conque, l'association, l'organisation des multitudes intéressées le moyen le plus elHcace, un moyen tout à fait naturel et juste. : est si évident et si conforme au génie de notre pays, de notre social essentiellement populaire, qu'il n'est pas nécessaire d'y itér. C'est presque le seul moyen de gagner l'attention publide donner de la force à la résistance la plus légitime, et du s aux demandes les plus justes. 1^
e cardinal insiste ensuite sur la nécessité de détourner les ■iers de la maçonnerie, et par conséquent de ne pas leur ôter culte d'entrer dans une autre organisation non condamnée. Il te l'objection tirée de la promiscuité avec les protestants, disant cette promiscuité existe partout en Amérique, qu'elle y est itable et ne nuit pas aux ouvriers américains fermement atta- ; à leur religion. Il s'oppose à la constitution de confréries ées directement sous l'influence du prêtre : « Nous trouvons chez nous, la présence et l'influence directe du prêtre ne seraient à conseiller là où les citoyens, sans distinction de croyance ;ieuse, se rassemblent pour ce qui touche seulement à leurs rets industriels. Nous avons des moyens abondants pour en I de bons catholiques sans aller si loin, et le simple bon sens i conseille de ne pas pousser les choses aux extrêmes. Il est que les catholiques sont exposés dans l'Ordre aux influences :ments anarchistes, communistes, athées ; mais l'expérience