‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 17 sur 255 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

prouve qu'ils savent y résister victorieusement et que cet esprit n'a pu jusqu'ici dominer dans la société en question. »

Le cardinal réfute plus longuement l'objection tirée des grèves: € On insiste spécialement sur les accès de violence, même sanglants» qui ont caractérisé plusieurs des grèves inaugurées par les associations d'ouvriers. Il y a trois choses à remarquer à ce propos: premièrement, que les grèves ne sont pas une invention des Chevaliers du Travail, mais le moyen presque universel et perpétuel, chez nous et ailleurs, par lequel les employés protestent contre ce qu'ils jugent injuste, et réclament leurs droits; secondement, que dans une telle lutte des multitudes pauvres et indignées contre la dureté et l'obstination du monopole,la colère et la violence sont souvent aussi inévitables que regrettables ; troisièmement, que les règlements et les chefs des Chevaliers du Travail, loin d'encourager la violence pu les occasions de violence, usent de leur influence puissante pour l'empêcher, et pour retenir les grèves dans les limites du bon ordre et de l'action légitime. »

< Sans doute,parmi les Chevaliers du Travail,comme partout où les ouvriers se groupent par milliers, il y a des esprits passionnés, ou mauvais, ou criminels, qui ont commis des violences et y ont poussé leurs associés ; mais attribuer cela à l'organisation serait aussi raisonnable, il me semble, qu'attribuer à l'Église les folies et les crimes de ses enfants contre lesquels elle proteste. Je répète que dans une telle lutte des grandes masses contre le pouvoir cuirassé, qui, on le reconnaît, leur refuse souvent les simples droits de l'humanité et de la justice, il est inutile d'espérer que toute erreur et tout excès puissent être évité. C'est ignorer la nature et les forces de la société humaine dans les circonstances actuelles, que de rêver qu'on empêchera cette lutte et qu'on persuadera aux multitudes de ne pas s'organiser, seul moyen pratique qu'elles aient de réussir. Le parti de la prudence chrétienne est évidemment d'essayer de gagner le cœur des masses par les liens de l'amour, afin de pouvoir les

mduire par les principes de la foi, de h justice et de la charité ; = reconnaître franchement le vrai et le juste ■ dans leur cause, afin B pouvoir les détourner de ce qui serait faux et criminel ; et ainsi e convertir en une lutte légitime, paisible et bienfaisante, ce qui, ar un système de répression sévère, pourrait bien devenir pour Dtre peuple un foyer volcanique, semblable à celui que la société •aint et que l'Église déplore en Europe. »

L'archevêque de Baltimore montre ensuite l'intérêt qu'a l'Église ne pas contrarier le mouvement social populaire. < Perdre l'inuence sur le peuple, dit-il, ce serait perdre l'avenir, et c'est par le Eur beaucoup plus que par l'entendement, qu'il faut tenir et guider ïtte puissance immense pour le bien ou pour le mal. Entre tous ■s titres glorieux que son histoire lui a mérités, l'Église n'en a as un qui lui donne à présent tant d'influence que celui d'amie u peuple... C'est le prestige de ce titre-là qui rend la persécution resque impossible et qui attire vers notre sainte religion le grand Kur du peuple américain. ^

Le cardinal rappelle et fait siennes les remarquables paroles de irchevêque de Westminster : « // nous faut admettre avec calme et 'xepter de bonne volonté, qiu les industries et les profits occupent la 'conde place dans nos préoccupations ; Vétat moral et la condition ymestigue de la poptdation ouvrière devant occuper la première. Je 'oserai pas devancer les actes du Parlement, mais voilà bien leur rincipe fondamental pour l'avenir. La condition actuelle des basses 'asses de notre poptdation ne peut pas et ne doit pas être 7?taintemte. 'ur de telles bases, nul édifice social ne pourrait subsister. Dans notre ays spécialement, tel est le programme inévitable de l'avenir ; et attitude que doit tenir l'Église à l'égard de la solution est assez «dente. Ce n'est pas certainement de favoriser les extrêmes auxuels les pauvres multitudes sont naturellement inclinées, mais est, je le répète, de les détourner de ces extrêmes, en gagnant ;urs cœurs, en montrant qu'elle désire comme une mère tendre de

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