‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 162 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME

L'encyclique aux Français fut pour les uns un coup de foudre déchirant la nue, pour les autres un rayon de soleil éclairant les affaires de France d'un jour lumineux, une aurore de temps meilleurs. Pour tous, elle fut un sujet d'impressions vives et bientôt de réflexions profondes. Avant de détailler les eflfets immédiats de Tencyclique sur les catholiques et les non-catholiques, il convient de grouper autour d'elle quelques actes du Saint-Père, qui contribuent à fixer le sens de la lettre pontificale.

Le premier de ces actes, si on peut donner ce nom à une conversation, destinée, il est vrai, à être publiée, fut l'audience accordée à un rédacteur du Petit Journal. Antérieur en date à l'encyclique, cet entretien parut à peu près en même temps qu'elle et lui servit de commentaire. Le fait de cet interview, comme on dit en style de journaliste, n'est pas moins remarquable en lui-même que par les choses qui y furent dites. Pour qu'un Pape se décidât à entrer ainsi en communication avec un journal qui ne passe pas précisément pour catholique, mais qui possède un énorme tirage, il fallait que la nécessité de donner à ses idées sur la politique française la plus grande publicité possible lui apparût bien évidente. ^ Ceux qui se voilent la face devant Xinterview du Pape, dit M. Melchior de Vogué ^ devraient d'abord se demander comment agiraient aujourd'hui un Hildebrand, un Innocent III, un Sixte-Quint. Comme ce successeur qui devient leur égal, ils prendraient les armes du temps, ils descendraient sur la place publique pour plaider leur cause, gagner des âmes, servir l'humanité. En laissant publier sa conversation, Léon XIII croyait sincèrement qu'il travaillait à la pacification de notre pays. »

Le rédacteur du Petit Journal se présenta au Pape comme représentant « le journal le plus lu du monde entier, véritable expression de l'immense majorité du peuple français », libre de toute attache confessionnelle, « mais organe de tous les citoyens

Page 1