CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME
Léon XIII prescrit Tacceptadon de la forme républicaine au nom de la doctrine générale de l'Église qui enseigne que tout pouvoir,quel quil soit, vient de Dieu; il la prescrit plus spécialement au nom de l'intérêt de la religion dans les circonstances actuelles, intérêt avec lequel est lié celui de la France, même au point de vue temporel.
Quant au premier point, le Pape est Técho de toute la tradition catholique, Técho de Jésus-Christ lui-même qui, en disant : i. Rendez à César ce qui est à César >, n'a fait aucunement appel à la nature spéciale du pouvoir de César, ni au plus ou moins de légitimité de ce pouvoir.
Une des dernières manifestations de cette doctrine de l'Église
est le bref de Pie VI recommandant aux catholiques de France l'acceptation du Directoire. Ce document est, jusque dans ses termes, trop semblable aux actes de Léon XIII, il se rapporte à une situation trop identique avec celle de la France d'aujourd'hui pour que nous ne le citions pas en entier.
A tous les fidèles catholiques résidant en France, qui sont en communion avec le Saint-Siège apostolique
PIE VI Salut et bénédiction,
La sollicitude pastorale. Nos chers Fils, dont Notre Seigneur Jésus-Christ, dans l'abondance de sa miséricorde, a remis le dépôt en Nos faibles mains. Nous fait un devoir de chercher à éclairer tous les fidèles, et particulièrement ceux qui sont exposés à de plus fortes tentations, et à empêcher qu'ils ne se laissent égarer par les fausses lumières d'une sagesse mondaine. Car il Nous a été dit, comme au prophète Isaïe : Criez ; ne cessez^ élevez votre voix comme une trompette ; annoncez à mon peuple ses iniquités.
C'est pourquoi Nous croirions manquer à Nous-même, si Nous ne saisissions pas avec empressement toutes les occasions de vous exhorter à la paix et de vous faire sentir la nécessité d'être soumis aux autorités constituées. En effet, c'est un dogme reçu dans la religion catholique que l'établissement des gouvernements est l'ouvrage de la sagesse divine pour prévenir l'anarchie et la confusion, et pour empêcher que les peuples ne soient ballottés çà et là, comme les flots de la mer. Aussi saint Paul,
I parlant, non d'aucun prince isolément, mais de la chose en elle-même, affirme-t-îl ii'il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu, et que résister à cette puissance est résister aux décrets de Dieu même. Ainsi, Nos chers Fils, ne vous laissez pas jarer ; n'allez pas, par une piété mal entendue, fournir aux novateurs l'occasion de Écrier la religion catholique. Votre désobéissance serait un crime qui serait puni ivèremenl, non seulement par les puissances de la terre, mais, qui pis est, par lieu même qui menace de la damnation éternelle ceux qui résistent à la puissance, insî. Nos chers Fils, Nous vous exhortons, au nom de Notre-Seigneur JÉsus- Ihrist, à vous appliquer de tout voire cœur, de toutes vos forces, à prouver votre mmission à ceux qui vous commandent.
Par là vous rendrez à Dieul'hommaged'obéissancequiluiest dû, et vous prouverez vos gouvernants que la vraie religion n'est nullement faite pour renverser les lois Viles. Votre conduite les convaincra tous les jours de plus en plus de cette vérité ; lie les portera h chérir et à protéger votre culte, en faisant observer les préceptes e l'Évangile et les règles de la discipline ecclésiastique. Enfin, Nous vous avertis- )ns de ne point ajouter foi à quiconque avancerait une autre doctrine que celle-ci, smme la véritable doctrine du Saint-Siège apostolique. Et Nous vous donnons avec ne tendresse toute paternelle Notre apostolique bénédiction.
Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du pêcheur, le 5 juillet e l'an 1796, et le 12' de notre pontificat.
St'gni: R. CARD. Braschius db Honestis.
A l'exemple donc de ses prédécesseurs, Léon XIII prescrit acceptation de la république, simplement parce qu'elle est le ouvoir existant, sans rien préjuger touchant sa légitimité intrinèque.
L'acceptation du gouvernement de fait, dît-il dans sa lettre aux ardinaux, suspend €hs règles de la transmission des pouvoirs et il teut se faire même qu'avec le temps elles soient abolies li.
Ce dernier cas est-il celui de la république actuelle? Léon XIII le se prononce pas, bien qu'il semble peut-être incliner de ce côté.
Quoi qu'il en soit, les catholiques sont libres de juger que le gouvernement républicain, tel qu'il existe actuellement, est en soî llégitime et que les règles de la transmission du pouvoir sont eulement suspendues. Le Pape leur reconnaît même formellement