‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 170 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME

Nul ne peut donc prévoir, — ainsi que nous le faisions observer plus haut — si l'encyclique de Léon XIII signale l'ouverture d'une période nouvelle ou ne doit être qu'un épisode, des plus importants sans doute,mais enfin un épisode,dans l'histoire de la France.

Eh bien ! en admettant cette dernière hypothèse, nous disons aux monarchistes avec Léon XIII citant les paroles de l'Évangile: « Cherchez cf abord le royaume de Dieu et sa justice >, et nous ajoutons avec lui : <L et le reste vous sera donné par surcroît. » Obéissez au Pape, et, si vos principes sont pour la France ce que vous dites, votre obéissance sera encore la meilleure des politiques, celle qui plus sûrement que toute autre vous mènera à ce que vous désirez.

La question monarchique a été depuis des années essentiellement mal posée. Le comte de Chambord, s'il manqua de la souplesse nécessaire aux succès populaires, — et nous sommes loin de le lui reprocher, — sut conserver son drapeau pur de toute compromission. Depuis lors, on a vu les partisans de deux monarchies ennemies faire campagne côte à côte pour évincer la République, mais avec une ferme résolution de s'évincer l'une l'autre au jour du succès. Attitude compliquée, qui n'attirera jamais les sympathies du peuple essentiellement ami de la simplicité. Nous avons entendu aussi préconiser la solution riimportequistey odieuse chinoiserie qui consistait à se déclarer prêt à accepter n'importe quel régime pourvu que ce ne soit pas la République! Après cela les deux monarchies se sont trainées à la remorque d'un aventurier, le général Boulanger, qui, en même temps, attirait à lui la lie du parti républicain et socialiste ! Quand on a à son passif de pareilles fautes, il faut renoncer à l'espoir de succès immédiats et rentrer sous sa tente. Les victoires politiques ne s'obtiennent que par des programmes clairs, simples, arrêtés. C'est à un programme de ce genre que le Centre allemand doit sa force et ses triomphes. C'est à l'absence d'un tel programme que les monarchistes français doivent leurs échecs. En les forçant à se taire et à sortir de l'arène politique, Léon XIII,

sans y songer et sans le vouloîr, leur rend le plus grand service. S'il y a encore pour eux de Tespoir, il ne peut se fonder que sur un changement d'attitude et de politique. Mais ce changement est impossible pour le moment. Mieux vaut donc cesser la lutte et se recueillir dans le silence.

Indépendamment de ses vues religieuses, Léon XIII a montré une grande clairvoyance politique, quand il a tant insisté pour la pacification. Cette pacification, d aucuns ne semblent la comprendre que comme une abdication vis-à-vis des sectaires. C'est le contraire de la vérité. Léon XIII veut pacifier la France, sans les sectaires et contre les sectaires, qu'ils soient au gouvernement ou ailleurs. Il appelle à travailler à cette pacification tous ceux qui sont fatigués de la lutte contre l'Église, dégoûtés des combats, désireux de repos, et ceux-là sont légion! Il s'en trouve dans les régions gouvernementales, mais ils n'osent se montrer tels par respect humain et par peur. Il s'en trouve infiniment plus au sein de la nation. Encore une fois c'est à eux que s'adresse Léon XIII.

Et combien cette politique est sage, combien elle préparé l'avenir!

— La jeunesse en France n'est ni voltairienne, ni sceptique. Elle a des aspirations religieuses,vagues sans doute et indéterminées, mais réelles. Meurtris par le doute, lassés par le matérialisme, dégoûtés du scepticisme, les Français, les «jeunes» surtout, ont soif d'idéal, et faim de certitude. S'ils trouvent un bon Samaritain pour panser leurs plaies, ils reviendront peut-être à la pleine santé, à la religion, à la foi. Léon XIII a voulu être ce bon Samaritain, et, pour cela, il n'a pas voulu que l'Eglise et la Papauté se présentassent à cette génération, comme figées dans les vieux moules, et embarrassées d'idées et de traditions incomprises ou abhorrées par une jeunesse élevée loin de l'Église et en dehors des anciens régimes politiques. Il a voulu que l'Église leur apparût ce qu'elle est en fait : une mère compatissante et pleine de bonté, qui parle au cœur de ses enfants,

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