CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
des cardinaux, déclaration à laquelle l'épiscopat français s'est associé tout entier. € On ne saurait s'étonner.dit le Pape,que les membres
< de l'épiscopat français aient regardé encore tout récemment comme
< une obligation d'exprimer publiquement leur douleur touchant la € situation créée en France à la religion catholique. > L'acte du Souverain Pontife devient, par sa nature et à raison des circonstances où il se produit, un des grands événements de l'Église en ce siècle... ^
Les mandements épiscopaux, les adhésions, se succèdent rapidement et portent partout la lumière. Tel évêque insiste davantage sur la nécessité de reconnaître la République, tel autre sur la nécessité de combattre la législation sectaire. D'autres enfin parlent nettement du devoir électoral, conséquence nécessaire des paroles du Pape.
Un de ces commentaires les plus remarquables fut la lettre pastorale des archevêques et évêques de la province d' Avignon. Sans négliger d'autres enseignements, ils y déduisent aussi nettement que possible la conséquence pratique capitale qui découle des actes pontificaux relatifs à la France : la nécessité pour les catholiques d'arriver au pouvoir par un bon usage du droit électoral :
« Lesenseignements du Souverain-Pontife sont donc précis, disait la lettre pastorale : la Constitution mise à part et loyalement respectée, reste la législation, dont on ne peut approuver, dont on doit, au contraire, réprouver les points ou les actes hostiles à la religion et à Dieu lui-même. Quel est ici le devoir des Catholiques? Parler, écrire, agir contre les lois qui blessent les croyances et les intérêts de notre foi, c'est sans doute un droit, et c'est aussi un devoir, pour tous ceux à qui leur situation et leurs talents permettent d'acquérir et d'exercer quelque influence. Mais les paroles et les écrits servent de peu, si l'on n'arrive à obtenir le pouvoir lui-même et à en user, pour enlever aux lois le caractère d'hostilité religieuse que la passion sectaire leur a fait prendre.Or la possession du pouvoir s'acquiert aujourd'hui par les élections. Amener, par conséquent, dans tous les corps
élus, des hommes quî partagent et soutiennent les croyances catholiques, ou qui du moins sachent les respecter et les ménager, — voilà le devoir rigoureux et universel, si important et si sacré, que c'est à lui seul et à l'obligation d en rendre possible Taccomplissement, que les partis politiques sont pressés et conjurés de^ubordonner actuellement leur action et leurs efforts. > Puis après avoir rappelé les recommandations antérieures de Léon XIII sur ce sujet, les évêques limitaient ainsi leur rôle : € Pour nous, après vous avoir rappelé vos devoirs d'électeurs et la nécessité où vous êtes de les remplir, nous n'irons pas plus loin. Partout où il y a des comités créés pour la défense des intérêts religieux et politiques du pays, c'est à ces comités qu'il faut demander conseil et direction. Là où les comités n'existent point, nous invitons les catholiques à en créer, dans un esprit de sage et large tolérance, sollicitant et acceptant avec loyauté le concours de tous ceux qui veulent travailler au maintien de la foi chrétienne et de toutes les libertés religieuses, à la défense de la Religion et de la Patrie. > C'était parler clair, et un tel langage ne devait pas plaire dans les régions gouvernementales, pas plus d'ailleurs que celui des autres évêques.
La lettre pastorale d'Avignon eut l'honneur d'être déférée comme d'abus au conseil d'État. Cet honneur échut aussi à l'évêque de Mende, après qu'il eut adressé à ses curés une lettre où il disait ceci : « Vous devez demander à chacun des candidats (pour le conseil municipal), l'engagement de soutenir en tout, dans le conseil, les intérêts de la religion ; si le candidat ne s'y engage pas nettement, vous êtes tenus en conscience à lui refuser votre vote. »
M. Ricard, ministre des cultes, s'empressa de déclarer que ce prélat serait déféré au conseil d'État et verrait son traitement supprimé. De son côté la Chambre, « approuvant la déclaration du gouvernement et confiante dans son énergie », ordonna l'affichage du discours où le ministre revendiquait \ indépendance du pouvoir