CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
et chrétienne, a dit lui aussi : Avant tout il faut procurer le salut d'une nation chrétienne. Avant tout il faut pourvoir à l'avenir des générations qui s'élèvent?.... Jusqu'à une époque très récente, la tactique habilement hypocrite des ennemis et oppresseurs de la religion parmi nous, a consisté d'abord à se donner comme seuls capables de faire subsister les institutions politiques préférées par une nation éprise de démocratie; puis à représenter le clergé et les & . »
Mgr Perraud, évêque d'Autun.
catholiques comme les adversaires nés, les incorrigibles et irréconciliables ennemis de ces Institutions et de ces aspirations. Il fallait qu'une main vigoureuse enlevât à ces menteurs le masque dont ils se couvraient. Il était temps qu'une parole autorisée, souveraine, indépendante, mît fin à une équivoque, déjà trop exploitée contre les droits les plus sacrés et les intérêts les plus évidents des catholiques français. C'est ce que Léon XI H vient de faire avec une
simplicité, une énergie, une loyauté dont il nous demande de nous inspirer nous-mêmes, dans nos relations avec le gouvernement de notre pays et dans l'accomplissement de nos devoirs civiques. >
L'évêque de Perpignan engageait les catholiques à s'unir autour de la croix : « Un seul drapeau, disait-il, doit grouper les combattants : c'est le drapeau de la croix, symbole du dévouement, du sacrifice, de la charité et gage assuré de la victoire et du salut. A l'ombre de la croix, il faut s'incliner selon la parole du divin Maître, devant l'autorité établie, quels que soient son nom et sa forme, et sacrifier généreusement, dans la pratique, toutes ses préférences politiques ; mais il n'est pas moins nécessaire de travailler, sans relâche, à obtenir une législation qui ne soit jamais en opposition avec la loi divine et le salut des âmes. »
Du fond de la catholique Bretagne, l'évéque de Vannes conjurait les Français de ne pas rester sourds à «l'avertissement suprême de l'auguste représentant du Christ çui aime toujours les Francs. N'est-ce pas le lieu, ajoutait-il, de s'écrier avec le Roi-Prophète : Si vous entendez aujourd'hui la voix du Seigneur^ gardez-vous de laisser votre cœur s endurcir ? » Mgr Bécel regrette les « interprétations téméraires » auxquelles a donné lieu l'encyclique de la part « de fils qui ont la prétention d'être respectueux et soumis», et empruntant les paroles de l'évéque d'Autun, il déclare que l'encyclique, comprise comme elle doit l'être, n'est ni « une nouveauté inouïe, nî une sentence doctrinale rendue en faveur d'une forme particulière de gouvernement et qui entraînerait la condamnation et la mise à l'index des autres régimes politiques; ni enfin une intrusion abusive du pouvoir spirituel dans les matières où chaque fidèle peut, sous sa responsabilité, demeurer libre d'agir comme il l'entend. >
Plus répandues qu'un mandement et louées par un bref de Léon XIII, les Réflexions sur V Encyclique du i6 février de Mgr Perraud, franchirent les limites de la juridiction diocésaine et s'imposèrent à toute la France. L'éminent évêque d'Autun s'y attache
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tout spécialement à réfuter une objection spécieuse et de nature à troubler bien des esprits. Voici comment Mgr Perraud expose l'objection :
€ Léon XIII, a-t-on dit, conseille de se soumettre aux gouvernements établis. De quel droit alors proteste-t-il sans cesse contre le transfert de la souveraineté temporelle du Saint-Siège à la famille régnante de Savoie, dont la domination sur toute la péninsule a été sanctionnée par un plébiscite ? Quand il s'adresse à la France, il demande aux anciens partis de se rallier sans arrière-pensée au régime nouveau. Que ne fait-il de même à Tégard du gouvernement installé au Quirinal et qui représente la volonté fermement exprimée par r Italie, d'être une depuis les Alpes jusqu'à la Sicile, et de ne plus tolérer la souveraineté politique du chef de l'Église sur une partie de son territoire ? De deux choses, Tune : ou bien le Pape ne doit pas trouver mauvais que les monarchistes de France refusent d'accepter le régime républicain ; ou lui-même doit pratiquer le premier les conseils qu'il donne et se soumettre au gouvernement du roi d'Italie. >
Mgr Perraud répond d'abord que l'Église n'a jamais demandé aux princes dépossédés eux-mêmes de déchirer leur drapeau, et € qu'on manque à la modération, quand on prétend imposer à Léon XIII d'avoir avec le roi d'Italie les mêmes relations qu'il conseille aux catholiques de France d'entretenir avec le gouvernement actuel de leur pays ». A cette raison de sentiment, Mgr Perraud ajoute un argument de fait, constatant que ni Pie IX, ni Léon XIII n'ont € jamais provoqué à la rébellion contre le nouveau gouvernement les populations italiennes autrefois soumises à leurs lois >. Aussi les catholiques italiens paient-ils leurs impôts, font-ils leur service militaire et plaident-ils leurs procès devant les tribunaux qui rendent la justice au nom du roi d'Italie. L'évêque d'Autun entre ensuite au cœur de la question. Il n'y a pas de parité entre la situation du Pape et celle des autres souverains. « Les Papes n'ont jamais été
Le Pape Léon XIU. — 11. «7
souverains temporels au même titre que les autres chefs d'État. > La question de la souveraineté temporelle du Pape est une question, non pas nationale, mais éminemment internationale^ tous les peuples chrétiens étant intéressés au même titre que le peuple italien à l'indépendance du chef de l'Église, Elle est non seulement internationale, mais surnaturelle et, comme telle, <L elle est et demeure essentiellement une question réservée, à Tégard de laquelle les gouvernements de la terre sont incompétents >. Bien plus, d'après Tencyclique de Léon XIII, « l'Église elle-même na pas le pouvoir de renoncer aux conditions de vraie liberté et de souveraine indépendance dont la Providence Ta munie dans l'intérêt général des âmes >• De tout cela Mgr Perraud conclut qu'on tombe dans une confusion manifeste quand, pour résoudre deux problèmes entre lesquels existent d'essentielles différences, on n'a recours qu'à un même ordre d'arguments. Il exhorte en conséquence les catholiques à laisser ce sophisme aux ennemis de l'Église.
Dans la lettre pastorale de Mgr Lécot, archevêque de Bordeaux, annonçant le prochain jubilé pontifical, nous lisons la belle exposition suivante des pensées de Léon XIII sur la France: 4: Sans rien condamner dans les formes de gouvernements, ni au nom des principes ni au nom de l'histoire ; sans blâmer aucune des opinions politiques qui se partagent les esprits, et qui peuvent n'avoir rien que d'honorable en principe et en fait ; sans prophétiser que désormais telle ou telle forme du pouvoir est impossible en France et ne peut plus être l'objet d'aucune espérance ; sans vouloir demander à des hommes, que des circonstances toutes personnelles ont faits les soutiens d'un régime ou d'un drapeau, de combattre ce régime ou de livrer ce drapeau ; fort de la connaissance intime qu'il a des hommes et des choses dans notre pays, effrayé surtout des tendances révolutionnaires et irréligieuses qui deviennent comme l'étourdissante menace du mal contre la paix et les vertus sociales, un jour, l'auguste vieillard, attendri comme Jésus au déclin de sa