‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 176 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

vie, s'arrêta sur la pente de ce jardin du Vatican qui regarde la France ; il pria longtemps, puis il pleura sur les destinées de la nation. II eût voulu l'éclairer, l'aider à se reprendre dans la dignité de ses traditions et la sauver. Plus d'une fois le regard de sa pensée profonde et aimante franchit ainsi les monts. Il voulait parler, et les horizons transalpins lui semblaient trop dissidents ; il se sentait

assez de lumière pour convaincre, assez d'amour pour persuader ; mais sa voix serait-elle entendue ? Son âme serait-elle comprise ? Les passions humaines ne parviendraient-elles pas à tout interpréter faussement et à tout travestir ? Ne traiterait-on pas de faiblesse un acte magnanime, et de pusillanimité une détermination héroïque ? Ne serait-ce pas paraître absoudre des ennemis de la religion et de Dieu, que de prêcher la soumission aux pouvoirs si peu favorables

aux intérêts catholiques ?... » Puis Mgr Lécot montre Léon XIII triomphant de toute hésitation et parlant à la France : € il a redit en larmes, au penchant de la colline sacrée, ces paroles que les vrais catholiques ont seuls comprises : ^ Vous périssez; la passion ennemie

< vous emporte ; vous glissez vers labîme où sombrent les nations € sans autorité et sans frein : demain, l'étranger passant sur vos

< riches plaines d'où la croix aura disparu, lira partout en lettres de i feu répitaphe d'une grande natipn éteinte. Ah! si vous le voulez,

< mes deux mains bénissantes sont étendues sur vous, elles peuvent

< vous sauver : la paix ! la paix sous le drapeau commun ! l'union

< dans la charité pour toutes les entreprises généreuses et les nobles i conquêtes ! Contre le mal seul, la guerre impitoyable et la lutte

< jusqu'au sang. Si vous ne combattez que le mal, la victoire est à

< vous ! > L'archevêque de Bordeaux termine en déplorant l'aveuglement de ceux qui méconnaissent les intentions de Léon XIII et en félicitant ses ouailles de n être pas de ce nombre : « Et qui donc eût pensé que ces conseils si généreux d'un père en larmes, tremblant sur le sort de ses enfants, pussent être étrangement travestis et tristement attaqués par des écrivains qui vont à la messe et qui communient, dit-on ? Pour vous. Frères bien-aimés, vous avez compris l'âme et le cœur de Léon XI 1 1 ; vous avez vu dans sa parole la preuve d'un grand amour pour notre bien-aimée patrie, le souci réel et nécessaire des intérêts religieux de notre pays. >

Il nous faudrait des volumes pour relater tout ce que les évêques de France ont dit ou écrit pour faire accepter aux fidèles les enseignements du Pape. Les quelques extraits que nous avons donnés suffiront à donner une idée de ce mouvement épîscopal. Nous citerons cependant encore un document qui emprunte aux circonstances dans lesquelles il se produisit, un caractère plus solennel.

Dix-sept archevêques et évêques, conviés par Mgr Thomas, se trouvaient réunis à Rouen, le 30 juin 1892, sous la présidence du cardinal Langénieux, pour l'inauguration d'un monument à Jeanne

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