CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
le devoir leur est apparu manifeste. Au reste Léon XIII lui-même n'est-il pas dans le même cas, et ne s'est-il pas élevé au-dessus de toute considération secondaire, quand il a proclamé si haut des vérités nécessaires, au risque de tarir en France les sources de ce denier de Saint-Pierre qui vient en aide à son auguste pauvreté ? Car il faut bien le reconnaître, la France, terre classique de l'esprit chevaleresque, ne s'est pas toujours montrée telle en ces délicates circonstances, et le cardinal Lavigerie, pour avoir osé dire le premier ce que beaucoup pensaient, a vu, dit-on, ses œuvres de rédemption privées de beaucoup des ressources que lui fournissaient des donateurs monarchistes.
L'épiscopat répondait avec élan à Tappel de Léon XIII. On ne pouvait opposer au Pape les évêques vivants. On essaya de lui opposer le nom d'un évêque mort, l'illustre évêque d'Angers, ce fort en Israël, qui avait été depuis des années à la tête de la défense catholique, et dont la grande voix venait à peine de s'éteindre. Mgr Freppel s'était toujours prononcé contre l'opportunité de l'adhésion des catholiques à la forme républicaine. Trop bon théologien pour donner dans certaines exagérations, il disait à la Chambre des Députés, dans la séance du 12 décembre 1891 : ^11 est parfaitement permis de ne pas identifier en principe l'idée ou la forme républicaine avec l'athéisme ou l'antîchristianisme ou même avec la francmaçonnerie. > Néanmoins il sembla, tant qu'il vécut, déconseiller la politique qui peu de temps après devint officiellement celle du Pape. Voici ce que rapporte à ce propos un ouvrage publié récemment : « Mgr Freppel remit à Léon XIII une liste de soixante députés de la droite hostiles à toute adhésion à la République. Un télégramme, adressé de Rome le 18 février 1891 aux journaux français, — et non démenti, — assura que la requête des soixante n'était pas prise en considération. Tout au plus le regretté prélat, s'il faut en croire L'Autorité du 5 janvier 1892, aurait-il obtenu du Pape que l'envoi d'une lettre aux évêques de France, les invitant formellement
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à adhérer à la République, fût pour quelque temps ajourné. Ce qui est incontestable, c'est que Mgr Freppel rentra et se tut '. >
Il se tut, mats après sa mort on voulut le faire parler et on exhiba une lettre écrite par lui, dix ans auparavant, à Mgr Bellot des Minières, évêque de Poitiers, document qui avait à peu près la même valeur, après l'encyclique, qu'auraient eu, après le concile du Vatican,
les discours de Mgr Dupanloup contre l'opportunité de la (}éfinitioQ de l'infaillibilité. Mgr Freppel y soutenait vivement son opinion touchant la monarchie et la république.
Mgr Sauvé, un des meilleurs théologiens de France, intime ami de l'évêque défunt, et royaliste convaincu, se chargea d'établir que l'on ne pouvait conclure de là que « Mgr Freppel penserait