CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
aujourd'hui différemment de Léon XIII it. Il terminait ainsi son apologie : < Je ne doute pas qu'à la suite de l'épiscopat tout entier et docile surtout à la voix même du Pape, Mgr d'Angers ne s'écriât aujourd'hui : Roma tocuta est : causa finita est ; Rome a parlé, la cause est finie. Et je ne crains pas d'affirmer qu'il userait de sa haute influence sur M. le Comte de Paris et ses partisans pour les déterminer à suivre entièrement la voie indiquée par le Saint-Père. >
En même temps l'éminent théologien publiait un commentaire de l'encyclique, où, sans admettre la légitimité intrinsèque de la république, il s'engage € à abandonner toute tentative de restauration monarchique, à cesser toute action, toute propagande royalistes, à renoncer non seulement, à tout acte violent et illégal, hostile à l'existence de la république, mais encore à s'abstenir, dans un but religieux et pour se conformer à la demande du Pape, de toute action ou revendication politique même légale tendant au remplacement actuel de la forme républicaine par la forme monarchique. >
Par ces paroles, Mgr Sauvé donnait la formule exacte et pratique de ce que demande Léon XIII aux catholiques monarchistes.
gouvernement, qui ne demanderait peut-être pas mieux que de s'arrêter dans ia voie de la persécution, en se soustrayant à )a tutelle de l'extrême gauche, et qui aurait dans tous les cas à compter avec le nouveau parti constitutionnel.
Sans cesse tiraillé entre le désir de ne pas multiplier encore les difficultés du côté de l'Église, et la nécessité de ne pas s'aliéner les radicaux, le gouvernement n'avait jusqu'ici aucun point d'appui pour leur résister, et finissait toujours par obéir à leur impulsion. Désormais ce point d'appui ne lui manquera plus, et si -les dispositions conciliantes que semblent trahir certaines paroles, existent réellement dans les régions officielles, ces dispositions pourront se faire jour avec plus de liberté. Si elles n'existent pas.les catholiques seront en meilleure situation pour s'opposer à l'hostilité du pouvoir. Enfin Léon XIII prévoit que, dans un avenir moins éloigné peutêtre qu'on ne se l'imagine, le pouvoir passera des mains de sectaires plus ou moins avoués à celles d'hommes indépendants de la secte, peut-être même en des mains catholiques.
Quant à supposer que Léon XIII s'attendît à voir le gouvernement tomber à ses pieds et s'abstenir désormais de toute attaque contre le catholicisme, ce serait par trop puéril.
Quel fut le premier effet de l'encyclique sur le monde parlementaire et gouvernemental ? M. de VogUé va nous le dire : < Chaque fois qu'une parole calme, forte, sûre d'elle-même et de son desseinj tombe de très haut dans un milieu divisé, incertain, pauvre d'idées et de volontés, elle y produit d'abord l'effet d'un explosif. C'est ce qui est arrivé. La crise parlementaire a éclaté vingt-quatre heure; après. Si la relation de cause à effet n'est pas un vain mot, cettt crise eut sa véritable origine dans la parole du Vatican, dans le: colères et les craintes des partis extrêmes devant ce spectre qu sortait de ses retraites habituelles pour venir en plein jour se me surer avec eux •. >