‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 184 sur 255 · CHAPITRE THENTE-SÏXifeUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE THENTE-SÏXifeUE

jamais. :» M. Clemenceau déclara que c'était folie de vouloir séparer l'Église des congrégations religieuses et mit M. de Freycinet sur le gril, en montrant la pauvreté de ses ruses : i Et c'est vous, s'écria-t-ÎI, gouvernement laïque, gouvernement de parvenus, qui voulez ruser avec un tel pouvoir (l'Église), un pouvoir éternel, qui tient les balances de la justice dans ce monde et dans l'autre ! La lutte est possible entre les droits de l'homme et ce qu'on appelle tes droits de Dieu. L'alliance ne l'est pas. En tous cas, la lutte est engagée, il faut qu'elle se poursuive. L'avenir dira le vainqueur... Je vous le dis, vous n'êtes pas de force à ruser avec le Pape : vous feriez mieux de vous rendre tout de suite... Vous pourrez être, vous serez prisonnier de l'Église. L'Église ne sera jamais en votre pouvoir. Napoléon a tenu le Pape prisonnier à Fontainebleau. Vous connaissez la revanche. Vous n'êtes pas plus fort que Napoléon! »

Le ministère tomba sous la poussée des radicaux et des conservateurs. L'ordre du jour appuyé par lui fut rejeté par 304 voix contre 212; l'urgence elle-même fut repoussée.

Les colères radicales ne furent pas assouvies par la chute du ministère, il fallait, au contraire, exercer une pression de plus en plus violente sur le président de la République pour la formation du nouveau cabinet et ensuite sur ce cabinet lui-même afin qu'il marchât dans la voie du radicalisme.

M. Camille Pelletan s'exprimait ainsi sur le compte de M. Carnot dans un banquet républicain : { Il y a aujourd'hui un homme qui croit nécessaire de faire échanger le baiser de paix entre le Pape et la République, la main sur la Déclaration des droits de l'homme et l'Évangile réunis. Je ne dirai pas le nom de cet audacieux, je rappellerai seulement que c'est le principal locataire d'un immeuble du faubourg Saînt-Honoré, et qu'un matin je me suis même passé de déjeuner pour assurer son installation dans cet immeuble... >

La Lanterne était encore plus violente : « La question de savoir si M. Carnot a restauré, au profit du parti clérical, le pouvoir per-

sonnel ; sî le pays a été engagé irrégulîèrement et en violation de la loi fondamentale de l'État dans un pacte d^entente avec T Église, cette ennemie née de TÉtat ; cette question ne se pose même plus devant l'opinion. Elle est résolue. De question, à Theure présente, il n'y en a qu'une seule, celle de savoir si une Chambre républicaine supportera cette atteinte à ses droits et aux droits du pays ; et si elle attendra, pour sentir les soufflets qui lui tombent tous les jours sur la joue, que M. Carnot fasse avancer le général Brugère à la tête des marmitons de l'Elysée pour jeter par les fenêtres la représentation nationale, devenue non pas gênante, mais inutile. >

Dans un autre numéro, le même journal dénonça de nouveau la trahison du gouvernement en faisant appel à l'article I®** des organiques, lequel requiert l'autorisation du gouvernement pour la publication de tous les actes de la cour de Rome, i La lettre aux cardinaux a reçu, disait-il, l'autorisation gouvernementale exigée par ce texte formel, ce qui impliquerait l'adhésion du gouvernement aux théories professées dans ce document, à savoir : l'Église supérieure à l'État, le droit pour le clergé de faire de la politique, l'obligation de conscience imposée aux catholiques de combattre les lois républicaines. >

Le gouvernement, et son chef méritaient-ils ces violentes objurgations .'^... Ils les méritaient en ce sens que leur politique, depuis M. Grévy, s'était efforcée d'amener le Pape à l'attitude prise enfin par lui, mais pour des motifs bien plus élevés que ceux que mettait en avant le gouvernement français.

Nous avons donné plus haut la lettre dans laquelle M. Grévy. arguant.de l'hostilité des catholiques et du clergé à la République pour justifier l'impuissance où se trouvait le gouvernement d'amener une pacification qu'il désifait, faisait appel à l'intervention du Saint- Père pour la cessation de cette hostilité. Il est probable que d'autres sollicitations de ce genre furent envoyées au Vatican, et que ces sollicitations prirent parfois le ton comminatoire de la dépêche du

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