‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 186 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME

lique se trouvait établie sur un terrain solide po pouvoir persisterait dans son hostilité.

Ce n'était donc pas sans raison que les radicaux, ressorts de la politique pontificale, moins bien sais le gouvernement lui-même, accusaient ce dernier i de faiblesse, de trahison, et se montraient fort alarn passait.

Le Siècle dénonçait le plan du Pape en ces teri sion des catholiques à la République se lie, da Pape, à la formation d'un parti composé de tous les tionnaires rapprochés par la foi religieuse et rece' de la curie romaine. Ce que Léon XIII s'efforce d une machine de guerre destinée au service de la conséquent à l'attaque des institutions de la société refusons pas à nos adversaires, dans le domain liberté dont nous jouissons nous-mêmes, mais nous nons pas sur la nature de leur évolution. Le Pa l'armée à laquelle il se dispose à commander est d sous un drapeau portant pour insigne unique l'efifig cette armée aura plus de cohésion, de discipline les divisions qui l'afîaibltssent seront effacées, elle niable et fournira au pontificat romain une arm Qu'est-ce que la défense religieuse ? Est-ce la déi trine et du dogme chrétien, dont la propagation libre ? Est-ce la défense du culte, dont la pratique ( pectée quand le clergé obéit aux lois ? Non, la sauvegarde du catholicisme c'est, dans la pensée la lutte contre l'Instruction obligatoire, contre l'égal militaires, contre les impôts qui s'attachent aux div la mainmorte-. Le cléricalisme ne peut pas se résîg: qu'il a subies depuis vingt ans, il arme ; il prépai entreprises. La société laïque attend, sans émoi,

puisqu on ne cesse pas de la menacer, elle ne se lassera pas de frapper. » Le XIX^ Siècle qualifiait la lettre du Pape aux cardinaux de € déclaration de guerre à la société civile > et de < manifeste de la théocratie ». L'Intransigeant la déclarait <[ pleine d'une savante hypocrisie ». D'autres journaux, La Justice, Le Paris vomissaient contre le Pape d'infernales injures.

De l'étranger arrivaient des voix qui signalaient le même € péril clérical ». hdi Perseveranza de Milan, organe d'un politicien radical, mais avisé, M. Bonghi, écrivait ceci : « Cette force conservatrice et catholique de la France qui s'est usée jusqu'à présent dans de vains efforts pour rétablir la monarchie, le Vatican veut l'utiliser dans un but plus pratique, il veut l'infuser dans la République pour la dénaturer, la transformer d'après ses desseins, à peu près comme on implante une colonie dans un pays barbare pour le civiliser, c'est-àdire pour le dominer et en faire un pays tout à fait divers de ce qu'il est à présent. Au fond l'adhésion à la République, ordonnée par l'encyclique, crée pour celle-ci une équivoque dangereuse. Qu'elle prenne garde, et au lieu de se réjouir négligemment de ceux qu'elle voit venir à elle, la République devrait scruter leurs intentions. C'est le Vatican qui a raison de se réjouir de la réussite de son coup de maître. Par le temps et par la succession des événements, sa conduite apparaîtra toujours plus justifiée. Depuis que la Papauté a perdu le pouvoir temporel, aucune de ses actions n'a été aussi sage que celle qui a fait entrer les catholiques dans la République comme républicains. Si ceux-ci réussissent à dominer la République, elle ne restera République que de nom. Car la République, telle qu'elle est, c'est l'incarnation de la révolution et c'est là la raison de son existence. Si l'on supprime les lois qui en font l'essence elle ne sera qu'un vain nom, une simple étiquette. » — C'était voir clair, il faut l'avouer.

Du côté des modérés, les prévisions du Pape commençaient à se réaliser. Le Temps prêchait la pacification : « Tant qu'un gou-

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vemement n'est qu'un gouvernement de parti, disait-il, nous admettons qu'il ait besoin de sacrifier bien des choses au souci de sa défense personnelle. Il est presque impossible qu'un gouvernement de parti puisse être toujours équitable et toujours libéral. Mais la République n'en est plus là. Elle est seule maîtresse d'elle-même ; elle n'a plus à se préoccuper de rien d'autre que de l'intérêt général du pays. Il suit de là qu'une politique étroite, tracassière, intolérante serait sans excuse comme sans dignité. La République a été jadis la chose d'un parti ; mais ce vieux parti républicain n'avait d'autre but que d'en faire la chose de tous. Au moment où tout conspire pour elle, il ne faut pas qu'elle seule semble conspirer contre elle. Une politique intelligente, ouverte, arbitrale au regard de tous les intérêts, préoccupée avant tout de justice et de liberté, est la première et la plus naturelle conséquence du triomphe incontesté de la République. > La France trouvait que la distinction entre le pouvoir civil et la législature n'avait rien de « contraire au respect dû à la République. > — «Dans une démocratie, ajoutait-elle, c'est le droit de tout citoyen de combattre les lois contraires à son opinion. N'est-ce pas un devoir, quel que soit votre parti, quand ces lois sont en opposition avec la liberté .^^ > — Le Télégraphe louait « rhabîleté diplomatique du Pape ». — La République fr ançaise commentait et discutait l'encyclique dans des formes convenables. Bref, autant les documents pontificaux irritaient les radicaux, autant ils produisaient sur les modérés cet effet d'apaisement sur lequel comptait le Saint-Père pour la réussite de ses vues.

De son côté M. de Vogué adjurait ceux qui étaient à la tête de la République de ne pas rejeter le concours de Léon XIII : « Le chef de l'Église sollicite uniquement la liberté de conscience pour ses adhérents, c'est-à-dire un bien que nous avons le devoir d'assurer à tous les citoyens, avec ou sans intervention du Pape. Repousser le concours gratuit d'un homme de génie, du premier homme d'Europe, qui commande aux coeurs de deux cent millions de fidèles,

— et cela parce qu il dît la messe et pour contenter quelques douzaines de Homais dans chaque chef-lieu d'arrondissement, — ce serait méconnaître nos plus chers intérêts, comme les eussent méconnus ceux qui auraient donné à nos vaisseaux Tordre de virer de bord, alors que ces vaisseaux jetaient lancre devant Cronstadt ^ »

Au milieu de ces diverses tendances qu allait faire le nouveau cabinet ?

Son chef, M. Loubet, ne passait point pour fanatique, ni même pour hostile à la religion. Mais le gouvernement était toujours le prisonnier des radicaux. Le ministère Loubet fit donc ce qu'avaient fait tous les ministères antérieurs. Il chercha à payer tout le monde de mots : déclarations pacifiques au Pape, déclarations de fermeté républicaine aux radicaux. Sur le terrain des faits, il s'ingénia à amuser les radicaux par les tracasseries anticléricales dont nous avons dit un mot, et à entretenir les espérances des catholiques, en laissant dormir le projet de loi sur les associations, et en faisant entrevoir la cessation des vexations relatives au droit d'accroissement.

Le programme ministériel, lu aux Chambres, annonçait tout cela. A ce que le Pape avait dit de la législation française, M. Loubet répondait par cette affirmation catégorique : € Notre politique aura pour premier objet la défense de toutes les lois républicaines. Au premier rang de ces lois nous plaçons la loi militaire et la loi scolaire: nous en poursuivrons la ferme application... » Par contre les catholiques recevaient, eux aussi, des assurances quant au maintien du Concordat: « Nous ne croyons pas avoir mandat de préparer la séparation des églises et de l'État; il n'y a pas dans la Chambre, et nous ne pensons pas qu'il y ait dans le pays, une majorité pour l'accomplir. :> Suivait une période à facettes, où les catholiques pouvaient trouver l'assurance que la position du clergé serait maintenue, et les radicaux acquérir la certitude que les vexations anticléricales ne manqueraient pas de suivre leur cours : « Notre devoir est donc

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