I. Ouv. cit
CHAPITRK TRENTE-SIXIÈME. 443
de maintenir avec fermeté la législation concordataire. Le concordat assure aux ministres du culte une situation et des droits particuliers ; mais en revanche, à quelque degré de la hiérarchie qu'ils appartiennent, il leur impose des obligations rigoureuses. Non seulement ils doivent, comme tous les citoyens, Tobéissance aux lois nationales, mais il leur est imposé en outre de se renfermer dans les fonctions de leur ministère et de se tenir absolument à l'écart des discussions et des luttes de parti. Nous n'hésiterons pas à exiger de tous le respect de ces obligations... » M. Loubet se déclarait ensuite suffisamment armé à cet effet, mais prêt à demander de nouvelles armes si besoin était. Il se réjouissait de voir les adversaires de la République € résignés à l'accepter >, affirmait que le gouvernement prouverait, par € un large esprit de sagesse et de tolérance >, que « la République est pour tous une garantie de sécurité et de liberté >, mais il proclamait que la République n'était pas pour le ministère, comme pour le Pape, une simple forme de gouvernement, mais « l'ensemble des institutions nées de la Révolution française > ; finalement il revendiquait « l'indépendance absolue de la société civile >, et disait vouloir gouverner pour le pays tout entier et non pour un seul parti.
Ces exercices de bascule, avec une forte propension à pencher plus que de raison du côté radical, constituent tout le fond de la politique républicaine telle qu'elle a été comprise jusque maintenant par ceux qui sont à la tête du gouvernement français. L'avenir nous apprendra si le nouveau parti constitutionnel formera un contrepoids suffisant pour donner à la politique gouvernementale une assiette moins instable. La chose dépendra du plus ou moins de force qu'aura ce parti dans les Chambres, et cette force sera en proportion du plus ou moins de fidélité que les catholiques mettront à suivre les conseils du Pape.
pas contraire aux principes fondamentaux de la légitimité et comment les droits de Dieu passent avant les droits du roi, lesquels ne peuvent subsister sans le respect dû à ceux de Dieu.
M. du Bourg commence par protester contre l'usage que font du nom du comte de Chambord certains légitimistes peu dociles à la direction de Léon XIII : «Je regrette vivement, dit-il, que le nom de cet auguste prince ait été mêlé aux débats actuels; lui seul aurait pu apporter dans la situation d'aujourd'hui la note vraie, conservant intacte la valeur du principe monarchique et apportant à l'Église le concours qu'elle est en droit de demander. Il ne s'agit plus, en effet, de la simple formation d'un parti catholique guidé par des hommes politiques; il s'agit de l'appel fait par le Pape lui-même, afin de dominer le débordement d'athéisme gouvernemental qui menace la foi en France.
« Le Pape cherche à ressaisir notre malheureux pays sur le terrain politique où lui-même s'est placé ; là il veut se trouver face à face avec la franc-maçonnerie et lui disputer la vie morale de cette nation généreuse dont il sent battre le cœur et qui reste toujours la fille aînée de l'Église....
« Dire que la République n'existe pas ou qu'on ne la considère pas comme le terrain constitutionnel sur lequel, bon gré mal gré, on vit, on agit, on participe à la vie sociale, est une absurdité.
< Accepter de se réunir, sur ce terrain des institutions établies, avec des catholiques de n'importe quelle opinion politique, afin de maintenir nos droits et d'enrayer la législation que nous a imposée la franc-maçonnerie gouvernementale, ne porte en rien atteinte à l'intégrité de nos principes.
« Est-ce abdiquer ou manquer au devoir que de s'engager franchement et loyalement à ne pas mêler dans la situation présente les revendications ou les arrière-pensées de parti aux luttes religieuses, afin de ne pas en dénaturer la portée, afin de permettre au groupement catholique de devenir fort,* compacte et efficace, afin
de ne pas compromettre les relations du Saint- Père avec le gouvernement français ?
€ Qu'est-ce donc que notre principe ?
€ Certes, c'est plus que le droit inviolable à la couronne de France pour lalné des descendants de nos rois par ordre de primogéniture. C'est encore, c'est surtout le maintien des droits de Dieu dans notre ordre politique et social, et des liens unissant le pouvoir civil avec l'influence de l'Église catholique. Notre histoire nous le redit constamment, malgré les événements de toutes sortes, les courants d'opinions et les transformations sociales.
<; Quand Dieu suscita Jeanne d'Arc en armant sa faiblesse de sa force miraculeuse et son ignorance de son inspiration, il lui mit sur les lèvres ces paroles : Jésus-Christ est le vrai roi de France, et le prince légitime est son sergent....
« Nul plus que moi ne regarde comme un devoir, non seulement d'honneur et de patriotisme, mais encore de conscience, de conserver dans toute son intégrité notre principe monarchique. Il deviendra un jour, je l'espère, le salut de notre chère France. Mais aussi, je reste convaincu, que dans la crise de la législation persécutrice qui menace notre foi, notre premier devoir est de répondre à l'appel du vicaire du Christ
< La générosité et la vitalité de la France existent toujours. Sur son sol replantons la croix, cette égide sacrée de nos âmes et de notre société, et comme nos pères nous dirons encore : Ckristus régnât y ChristUs vincit, Christus imperat, . . '%
Cette lettre est à méditer par tout royaliste vraiment digne de ce nom, c'est-à-dire catholique. Elle montre, en effet, comment, sans sacrifier ses convictions et ses espérances, on peut obéir au Pape et travailler au salut de la France, en s'abstenant dans les circonstances actuelles de toute action directe en faveur de la monarchie. Plus d'un cœur fidèle y trouva la fin de ses angoisses, et nous aimons à citer parmi ceux qui y adhérèrent le dernier représentant du comte de Chambord dans le Nord, M. A. Scalbert.