‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 19 sur 255 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

dans les conditions qui règlent le travail et Texercice de l'industrie, il ne se rencontre rien qui offense la moralité, la justice, la dignité humaine, la vie domestique de l'ouvrier ; mais quand l'un ou l'autre de ces biens se trouve menacé ou compromis, les pouvoirs publics en intervenant comme il convient et dans une juste mesure, feront œuvre de salut social, car à eux il appartient de protéger et de sauvegarder les vrais intérêts des citoyens leurs subordonnés. '^

Le Pape proclame ensuite que l'Église possède toujours en elle la vertu divine de faire le bien des peuples, mais que son action est sans cesse entravée de nos jours. Il déclare qu'il suit avec intérêt les travaux des catholiques dans les questions sociales. Il engage les ouvriers à fermer l'oreille aux fallacieuses promesses des apôtres de l'impiété et du mensonge et à chercher dans les enseignements de la foi et de la morale chrétienne la règle de leur vie et la consolation dans leurs épreuves. Il termine en bénissant les pèlerins, leurs familles, les corporations chrétiennes et leurs bienfaiteurs, enfin la France entière.

Telle fut cette mémorable audience, événement de premier ordre dans l'histoire des questions sociales à notre époque, parce qu'elle inaugure en quelque sorte officiellement les relations de la classe ouvrière réorganisée avec la papauté, et que ces relations sont le principal espoir qui reste à la société.

Nous avons dit que le pèlerinage ouvrier français fut une avantgarde. Bientôt les corps d'armée se mirent en branle à la suite de cette poignée de chefs dévoués !

Le 20 octobre 1 889 un autre pèlerinage ouvrier français, composé cette fois de plusieurs milliers d'hommes vint se presser autour du Pape.

La gravité des paroles que Léon XIII prononça en cette occasion donne à cette audience, qui par elle-même était déjà un événement, une importance sociale considérable. Aussi croyons-nous intéressant de reproduire ici l'impression d'un témoin qui, s'il « renonça à

idre les discours », n'en fut peut-être que plus attentif à la 1 de choses qui se déroulait devant lui.

Tout le pèlerinage eut une couleur inusitée. L'étiquette reçut tccrocs formidables : absence d'habits noîrs, un silence extrêent relatif malgré les injonctions répétées des organisateurs, ;ris d'une vigueur et d'une fantaisie que la salle des béatifican'avait pas dû connaître. Je m'étais glissé dans le groupe paripresque au premier rang, devant le trône pontifical élevé au u de la salie et gardé par les suisses. Ces pacifiques soldats, levaient appartenir, le plus près de nous du moins, à la Suisse aise, avaient toutes les peines du monde à tenir leur sérieux. <ur de moi on se serait cru, jusqu'à l'arrivée du Pape, dans un )urg de Paris. Il y avait surtout un typographe, mon voisin, le tarissait pas, blaguant de tout avec l'esprit et l'accent qu'on ait; du casque des gardes- nobles, des collerettes des camériers, lir qui nous manquait de plus en plus dans cette foule de plus milliers d'hommes, d'un tas de choses dont personne n'aurait é à rire sans lui. Tout à coup je le vis se dresser sur la pointe «eds : « Le Pape ! > dit-il. Sa maigre tête moqueuse changea [lysionomie, et il ajouta gravement : « C'est bien chic, tout de e, un pape ! » Puis il se tut.

^éon XIII avançait lentement, porté sur la sedta, entre deux de gardes aux costumes éclatants, précédé de sa cour, vêtu de , un peu penché, bénissant d'un geste affaibli et qui semblait ant vouloir embrasser le monde, tout ce peuple qu'il dominait. ;s, la beauté du décor était royale.

ilais ce qui était plus beau encore, c'étaient les yeux de ce ird acclamé par quatre ou cinq mille hommes sortis de l'atele la boutique, de l'échoppe, venus de trois ou quatre cents 1 pour le voir, pour lui dire : i Nous souffrons. Nous attendons ue chose de vous. Vous qui avez les paroles, dites-les. > J'ai : beaux yeux d'homme, pleins d'intelligence, de bonté, de joie;

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