‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 194 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME

contre les mauvaises lois de la République : € Parce que nous acceptons la- forme dy. gouvernement, dit-il, nous n'acceptons point toutes les lois quil peut faire f'et nous devons résister avec force à celles qui sont contraires à la loi divine. C'est en vain qu'on veut essayer de faire de ces lois l'essence même de la forme républicaine. C'est là une grosse erreur. Ces loîs, vous les avez vues fonctionner en Allemagne, pendant la persécution du kulturkampf. C'étaient alors des lois impériales. Elles fonctionnent encore dans la monarchie italienne, elles y sont des lois royales. Mais dans les anciennes et sages républiques, celles des États-Unis et de la Suisse, vous ne trouvez pas ces lois qu'on prétend si républicaines. Ce sont des lois sectaires, que l'hérésie suscite partout où elle est assez forte ; mais elles ne sont que cela, elles n'ont rien de républicain ; elles sont bien plutôt des lois de tyrannie. >

En conformité avec les sentiments exprimés par M.Ch.Neyrand, l'abbé Garnier télégraphia au cardinal Rampolla dans les termes suivants : « Mille électeurs, sous la présidence de M. Neyrand, leur député, acclament à l'unanimité le programme politique de Léon XI 1 1 et lui demandent sa bénédiction. »

Voici la réponse significative du cardinal Rampolla : « Quand le Souverain- Pontife a appris l'adhésion unanime, donnée par les mille électeurs réunis sous la présidence de M. Neyrand, leur député, aux conseils que Sa Sainteté avait adressés au peuple français en vue d'unir les intérêts si évidemment communs de la religion et de la patrie. Il y a vu un acte digne de véritables fils de l'Église, Il en a éprouvé une grande joie et II leur envoie à tous sa bénédiction apostolique. »

[gflg; TrcntE^guitièmB.

sition monarchiste. — Dissolution de VUnion d* la franee chrétienne. — Le baron Tristan Lambert. — La Cûrrespondanct nationale, la presse et le parti royaliste. — La déclaration de la drolle royaliste. — Le comte de la Tour du Pin Charably y adhère. — Théories de M. Emile Ollivfer. — Leur réfutation par VOssen-atore romano. — Encore M. Emile Olllvler. — Déclarations de VOtservatore romano.

JES instructions du Saînt-Père ne rencontrèrent pas partout la même docilité qu'à Lille, à Grenoble et : à Saint- Chamond. Parlant de l'esprit qui régnait dans '. certains cercles cathoHco-monarchistes et dans la : presse à leur dévotion, Z'f/«îWrj disait: « Il est certain qu'un esprit dfe résistance aux instructions du Chef de l'Église souffle de ce côté et que, sous prétexte de ne pas trop accorder au pouvoir indirect, on caresse des doctrines condamnables et condamnées. Il est certain aussi que le monde, heureusement restreint, où pour le moment, on Ht avec intérêt ces journaux, est de fort mauvaise humeur contre Léon XII I et juge ses actes avec une liberté toute gallicane. Les caquets de salon ne furent au temps du concile, nï plus abondants, ni plus hargneux, ni plus insensés, contre Pie IX. Que tout cela soit bien sérieux, non. Ce feu d'opposition n'est qu'un feu de paille. Il doit tomber assez vite. Cependant, il faut le dénoncer et montrer aux royalistes sincèrement catholiques, qui, par passion politique, l'attisent ou s'en amusent, qu'ils entrent dans un mauvais chemin. '^ Le même journal réfutait ainsi sommairement les arguments des monarchistes intransigeants : < Jamais, disent-ils, on n'obtiendra d'eux qu'ils se déclarent républicains, jamais on ne les entendra crier: Vive la République; ils préfé-

Feraient la mort. Maïs quî donc vous demande d'être républicains ou de mourir ? Ce dilemme n'est pas posé. On vous demande uniquement de défendre les intérêts religieux sur le seul terrain où ils puissent aujourd'hui être efficacement défendus. Vous parlez de vos espérances et de votre résolution de les garder. Gardez-les. Nul ne s'y oppose. II s'agit non d'y renoncer, mais de n'y pas subordonner le devoir chrétien. Vous invoquez vos traditions; croiriezvous y manquer en vous montrant avant tout catholiques ? Parmi les choses anciennes que nous devons conserver, il en est une précieuse et nécessaire entre toutes: l'obéissance au Pape. Nous n'entendons pas cette obéissance qui n'est qu'une forme de la soumission obligatoire et laisse voir la contrainte. Celle-là peut suffire, comme il suffit pour rester dans la voie de marcher sur le bord du fossé. Mieux vaut lobéissance confiante, aimante, abandonnée. Quand on est mêlé aux luttes religieuses et politiques, on n'arrive pas toujours du premier coup à cette obéissance complète et parfaite; mais il y faut tendre toujours. >

Parmi ceux quî n'arrivèrent pas du premier coup à l'obéissance parfaite se trouvèrent d'abord certains monarchistes qui subirent l'illusion de prendre leurs idées pour les idées du Pape. Chez ceux-là on ne constata d'abord qu'une satisfaction sans mélange à l'apparition successive des documents qui éclairaient la question. C'est ainsi qu'à l'apparition de l'encyclique, une circulaire de r Union de la France chrétienne disait : « Nous retrouvons dans l'encyclique du Souverain- Pontife le programme même de notre œuvre. L' Union de la France chrétienne^ par ses déclarations aussi bien que par ses actes, a déjà montré qu'elle marchait dans cette voie. > Toutefois cette attitude devenait de plus en plus difficile à garder. Elle ne fut plus possible du tout, quand, en réponse à l'adresse de l'assemblée des catholiques de Paris qui se taisait absolument sur la grande question du jour, le secrétaire d'État répondit au nom du Saint-Père parce télégramme significatif:

460 LK PAPK L£0N XIII.

Rome, 12 mai.

Le Saint-Père a accueilli avec satisfaction les protestations d'absolu dévouement des catholiques français, étroitement unis pour la défense de la liberté religieuse, et, dans la ferme confiance qu^ih suivront à cet effet la conduite tracée dans ses dernières lettres pontificales^ en se plaçant sur le terrain constitutionnel^ il leur envoie, avçc une paternelle affection, la bénédiction apostolique.

Cardinal. Rampolla.

Le télégramme provoqua la dissolution du comité de \ Union de la France chrétienne et de cette société elle-même : € \J Union, disait la circulaire du comité démissionnaire, s'était fondée sur un terrain de neutralité politique, pour grouper autour de la défense religieuse tous les honnêtes gens, quelles que fussent leurs opinions. Ce terrain de neutralité ne paraissant pas répondre aux désirs exprimés par le Saint- Père, le comité de \ Union, dont la défense religieuse était Tunique objet, croit remplir un devoir en se séparant.)

Peu après, La Défense, journal qui soutenait la ligne politique préconisée par \ Union cessait de paraître. Mgr Lagrange, son principal patron, lui avait retiré son concours quelque temps avant sa disparition.

Plusieurs membres éminents de \ Union n'avaient pas attendu le télégramme du cardinal Rampolla pour se retirer de cette association. Après la première circulaire àt,X Union, MM. Albert de Mun, Thellier de Poncheville, de Roquefeuille, et Raoul Ancel avaient donné leur démission pour suivre de plus près les instructions du Pape. M. Thellier de Poncheville, interrogé à propos de sa démission par un rédacteur du Gaulois, avait fait cette déclaration : < Je suis de ceux qui regardent aujourd'hui comme un devoir de se placer sur le terrain de la constitution, en acceptant franchement le régime que la France s'est donné. »

L Univers, ce journal si dévoué au Saint-Siège et d'un sens doctrinal si juste, disait de son côté dès l'apparition de la première lettre de Léon XIII : « L'encyclique ne se borne pas à commander

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aux catholiques de s unîr ; elle leur commande aussi d'agir et dit dans quelles conditions politiques l'action doit se faire. Ce n'est pas là un détail négligeable. Nous sommes convaincus qu'il faut suivre toutes les prescriptions de ce grand acte, c'est-à-dire accepter loyalement, en vue de la lutte religieuse, la forme gouvernementale que la France s'est donnée. >

Le baron Tristan Lambert, d'ailleurs excellent catholique, crut trouver un moyen de ne s'écarter ni de la direction du Pape, ni de ses propres idées sur l'attitude politique à garder, Il découvrit que la constitution pouvant être revisée, c'était se maintenir sur le terrain légal que d'engager une campagne pour la re vision de la constitution au profit de la monarchie. M. Tristan Lambert oubliait que si la constitution, votée en 1875, était sujette à revision, les articles additionnels de 1885, avaient excepté des dispositions révisables, celles qui déterminent la forme du gouvernement. Mais, quand bien même cette disposition constitutionnelle n'eût pas existé, Léon XIII pouvait écarter l'idée d'une revision actuelle même légale, au même titre et pour les mêmes raisons que toute autre action politique en faveur de la monarchie.

A côté de ces résistances, non irréductibles, de catholiques qui mettent en fin de compte leur foi religieuse au-dessus de leurs convictions politiques, se dessinait un mouvement d'un caractère ouvertement régaliste et gallican. Il faut bien le dire, depuis Philippe le Bel et ses légistes, ce vieux levain n'a cessé de fermenter au sein de la monarchie française et de ses partisans. Les lois existantes y Q,xh\iméts naguère, au grand scandale des catholiques, par les républicains, étaient en grande partie des lois d'ancien régime. Aucun monarque français ne fut exempt de cette tare et depuis Louis XIV, qui faillit entraîner dans le schisme l'Église de France, jusqu'à Charles X proscrivant les Jésuites: toujours apparut ce ferment de gallicanisme et de régalisme qui semblait avoir été inoculé dans le sang même de la monarchie française. Si ce que nous

voyons, en France, est l'abandon définitif de la royauté par TÉglise, et la fin de sa dynastie historique, on pourra dire d'elle qu'elle subit la peine de ses procédés à l'égard de l'Église et qu'elle meurt, quant à ses idées gallicanes, dans l'impénitence finale ' !

I. Sans vouloir mettre sur la même ligne Charles X, prince religieux mais faible, et les maîtres actuels de la France, il est cependant intéressant de constater la similitude des situations entre ce que nous avons vu de nos jours et ce qui se passa lors des ordonnances du i6 juin 1828.

La première de ces ordonnances, contresignée par Portails, ministre de la justice, statuait qu'à partir du 1". octobre, les maisons d'éducation, dirigées par les Jésuites, seraient soumises au régime de rUniversité,et que dorénavant nul ne pourrait enseigner, s'il n'affirmait par écrit n'appartenir à aucune congrégation non légalement établie en France.

La seconde, contresignée par Feutrier, évêque de Beau vais et ministre des affaires ecclésiastiques, déclarait que le nombre des écoles ecclésiastiques ou petits séminaires serait limité dans chaque diocèse, que celui des élèves ne dépasserait jamais 20.000, qu'aucun externe n'y serait admis et qu'au bout de deux ans chaque élève serait tenu à porter l'habit sacerdotal. Bref la monarchie très chrétienne, mais gallicane, décrétait des mesures plus hostiles à l'enseignement catholique que les décrets de la République anticléricale elle-même !

L'épiscopat français, à la presque unanimité, protesta énergiquement contre les ordonnances, et l'abbé de la Chapelle, directeur des affaires ecclésiastiques, se crut en droit d'envoyer aux évêques une circulaire où, < effrayé, disait-il, des dangers d'une résistance même passive >, il leur demandait de calmer, 4; par une coopération franche aux ordonnances, une irritation que des journalistes imprudents excitent >. On croirait entendre le langage de M. Grévy au pape Léon XIII 1

Quant à l'attitude de fa cour de Rome, elle fut ce qu'elle a été depuis en face des décrets républicains. Le cardinal Bernetti, secrétaire d'État, adressa à Portails, devenu ministre des affaires étrangères, une note déclarant que Sa Sainteté ne prévoyait pas < que des circonstances malheureuses puissent l'obliger à rompre le silence >, mais que < si ce malheur arrivait >, il indiquerait avant tout au roi ^ la nouvelle position que son devoir sacré pourrait lui avoir marquée, et il n'oublierait jamais ce qu'il doit au maintien de l'ordre et de la tranquillité en France >. Léon XII parlait donc comme Léon XIII, et ne croyait pas devoir protester là où une protestation eût été inutile et nuisible. Ajoutons que toutes les réserves de droit avaient été faites par Léon XII, comme elles le furent plus tard par Léon XIII.

Cette époque vit aussi le pendant du toast d'Alger. Le cardinal de Latil divulgua, par une circulaire adressée aux métropolitains du royaume et à leurs suffragants, le contenu de la note de Bernetti, non sans en exagérer la portée, et en ajoutant que le Pape < a fait répondre que les évêques doivent marcher d^ accord avec le trône T>y exactement comme aujourd'hui il faut marcher d'accord avec la République !

Alors comme aujourd'hui, les journaux se répandirent en invectives contre le secrétaire d'Etatet le nonce de Paris. Ce dernier,Mgr Lambruschini,écrivaitii l'archevêque de Lyon

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La résistance régalîste et gallicane s'enveloppa d'abord de formes discrètes. On affectait de croire que l'encyclique ne contrariait nullement la politique monarchiste. La Gazette de France se surpassa dans cette gymnastique difficile. Elle déclara avec enthousiasme que tout, dans les intentions de Léon XIII, convergeait vers le triomphe de la monarchie et en remercia avec effusion le Saint- Père ! La Correspondance Nationale, organe du comte de Paris, ne voyait dans la lettre aux cardinaux qu'une défense de recourir à l'insurrection pour renverser la République. Elle s'inclinait devant l'encyclique, mais à condition de ne pas renoncer à une action politique en faveur de la monarchie, ce qui était l'admettre en parole et la rejeter en fait. « Tout en acceptant avec déférence la déclaration des cardinaux et l'encyclique du Saint-Père, les royalistes ne consentiront

que f les articles de la Quotidienne iy Autorité d'alors) sont pleins non seulement d'inexactitudes et de faussetés, mais des plus noires et des plus perfides calomnies. Le cardinal Bemetti est le plus honnête personnage du monde, et quant à moi, je n'ai pu que frémir devant les abominables insinuations qu'on n'a pas rougi de répandre sur son compte.>

On pourra juger de la polémique d'alors par ce passage d'une lettre que le P. Antoine, abbé de la Trappe de la Meilleraie, adressait à un prélat : € Les évêques avaient prononcé unanimement un mot solennel qui semblait devoir fermer l'accès à toute concession indigne de leur caractère et de leurs principes : Non possumus» Et voilà que les menées du ministère, le tripotage d'un petit avocat, le bavardage d'un favori, d'un cardinal-clerc, qui peut-être a été gagné comme les Caprara ou les Consalvi, vient semer l'alarme, le trouble, la division. Mais rien n'est au-dessous de la circulaire de Mgr le cardinal de Latil ;

c'est un monument de plate adulation, de faiblesse, d'ignorance et de sottise Il a Tair

de faire dire au Souverain -Pontife, ou au moins à son confident, qu'il faut que les évêques de France marchent avec le trône... Monseigneur, qui a de la mémoire, aura lu dans quelques mauvais pamphlets cette phrase aussi ridicule que fausse, qu'il faut marcher avec son siècle, et par une heureuse imitation, il dit à l'épiscopat français, d'un air d'autorité, qu'il faut marcher avec le trône : c'est le trône alors, comme de raison, qui est enseignant, et le corps épiscopal écoutant et suivant... > (Voy. sur ces divers incidents : Crétineau Joly, Histoire delà Compagnie de Jésus, chap. XLIL)

En remplaçant dans la tirade ci-dessus le mot de trône par celui de république on aura un des bons articles de V Autorité! Quoi qu'il en soit des invectives du P. Antoine et de M. de Cassagnac, on ne peut qu'être frappé de la similitude des procédés auxquels eurent recours la papauté, le gouvernement, les catholiques et l'épiscopat, en 1828 et de nos jours. Rien ne prouve mieux le peu d'importance des formes de gouvernement au point de vue religieux.

jamais au sacrifice de leurs préférences intimes (sacrifice que personne ne leur demandait) ; et comme ces préférences ne sauraient demeurer à Tétat de regrets superflus ou stériles, ils revendiquent la faculté de préparer la transformation de ces espérances en réalités. >

Or c'est précisément cette faculté que le Pape, au nom des intérêts religieux, ne pouvait admettre. Du reste, comme nous l'avons dît plus haut, cesser toutes revendications quant à la forme du gouvernement, c'était peut-être en dernière analyse le meilleur moyen de travailler au retour final de la France à la monarchie, dont les partisans, grâce à leur politique essentiellement malheureuse, n'ont fait jusqu'ici, que compromettre les intérêts. En ce sens, cette déclaration du Moniteur Universel serait peut-être admissible : « C'est notre devoir, comme notre droit, de rester monarchiste, écrivait ce journal. Nous sommes convaincus que rien n'arrêtera le gouvernement sur la pente où il glisse vers la révolution sociale. Un gouvernement tombe toujours du côté où il penche. Lorsque le pays se trouvera face à face avec la révolution, il cherchera qui peut le sauver. Ce jour-là nous voulons pouvoir lui dire où est le salut... > Le Pape ne défend pas de rester monarchiste de cœur ni de prévoir l'avenir, et les prévisions du Moniteur se réaliseront peut-être !

Après la dissolution de l' Union de la France chrétienne^ la Correspondance parle de nouveau et déclare, avec une décision de plus en plus nefte, que « tout en continuant comme par le passé à prendre la défense des intérêts catholiques au nom de la liberté, les monarchistes restent un parti politique et demeurent unis autour du prince qui est leur chef, et du principe qu'il représente. >

Si l'organe officiel du prétendant s'exprimait de la sorte, les membres du parti tenaient un langage plus catégorique encore. Le marquis de Lur-Saluces, sans se douter peut-être de la contradiction dans laquelle il versait, di^it à la réunion du comité royaliste de 'la Gironde : « Comme catholiques, tious nous inclinerons constamment devapt la doctrine infaillible du Souverain- Pontife, mais comme

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citoyens français, nous appartenons à un parti politique qui a ses traditions, dans lesquelles la défense des droits de l'Église a toujours été au premier rang... » Et le comité refusait, par Torgane de son président, € d'entrer dans aucune combinaison électorale dont la base serait l'adhésion à la République ». En d'autres termes, tout en mettant au premier rang la défense des droits de l'Église, on se refusait formellement à suivre le seul juge de ce qui convient à la défense de ces droits. Il est juste d'ajouter que ces paroles étaient prononcées le 13 février, trois jours avant l'encyclique, mais après la déclaration des cardinaux, qui exprimait à n'en pas douter la pensée de Léon XIII. Au reste M. de Lur-Saluces donnait ouvertement dans le gallicanisme quand il disait, le 1 1 février, au banquet royaliste de Bordeaux : « il est bien entendu, que la politique française reste exclusivement française et en dehors de toute influence étrangère, quelque respectable qu'elle puisse être. "^

Voilà les idées qui avaient cours dans un certain monde. L'Autorité avec plus de violence, La Gazette de France et d'autres journaux avec plus d'aigreur peut-être, étaient les organes de ces résistances.

Elles trouvèrent enfin leur formule définitive, dans la déclaration de la droite royaliste, et leur prophète dans M. Emile OUivier, ancien ministre de Napoléon III. Ainsi se forma une nouvelle union des deux droites dans une même politique, qui était cette fois purement et simplement la résistance au Pape.

La déclaration royaliste et les élucubrations impérialistes de M. Ollivier s'inspirent à ce fond de traditions régalistes, que monarchie représentative et empire césarien se passèrent de la main à la main pour les céder, définitivement, semble-t-il, à la République démocratique, leur héritière, peu légitime sans doute; mais en cela digne de leur succéder !

La déclaration royaliste ne manquait pas d'habileté. En un certain sens, elle était presque correcte au point de vue de la théorie pure, * quand elle disait : « Comme catholiques, ils (les membres de la

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droite royaliste) s'inclinent avec respect devant l'autorité infaillible du Saint-Père en matière de foi. Comme citoyens, ils revendiquent le droit qu'ont tous les peuples de se prononcer en liberté sur toutes les questions qui intéressent l'avenir et la grandeur du pays. > — Ces paroles avaient sans doute le tort de paraître limiter l'obéissance des catholiques aux seules matières de foi, mais elles énonçaient un principe qui, dans un certain sens, est véritable. Sans doute tous les peuples ont le droit de se prononcer en liberté sur toutes les questions qui intéressent l'avenir et la grandeur du pays, sauf pourtant le cas où, au jugement de l'autorité compétente, l'avenir, les intérêts vitaux, l'existence même de la religion sont en jeu, car alors le temporel doit céder le pas au spirituel, et le bien de la religion passe avant tout. Cette observation s applique aussi au paragraphe suivant de la déclaration : « La forme du gouvernement est par excellence une de ces questions ; c'est en France et entre Français qu'elle doit être résolue. Telle est la tradition nationale. >

Vient ensuite une interprétation erronée des dernières décisions pontificales : € Le Saint-Siège a reconnu tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis le commencement du siècle. C'était une nécessité politique qui s'imposait à lui ; mais en traitant avec ces gouvernements, il n'a jamais demandé aux partisans des régimes antérieurs F oubli de leur fidélité et la renonciation à leurs espérances. "^ — Le Saint-Siège ne le demande pas plus aujourd'hui qu'autrefois, et chacun peut garder sa fidélité comme ses espérances.

« La République est aujourd'hui le gouvernement de fait, reconnu par le Saint-Siège au même titre que les précédents, et ne saurait être l'objet d'un privilège qu'aucun d'eux n'a jamais obtenu : l'acceptation obligatoire. ^ — Cette assertion laisse à désirer sous le rapport de l'exactitude. La doctrine catholique a toujours impliqué la nécessité morale d'accepter le gouvernement établi. L'Église n'entend conférer aucun privilège à la République. Si elle est intervenue d'une façon si éclatante, c'est que sa tradition sur la matière

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