CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME
se perdait absolument en France. Sous Tempire et sous la royauté, il n'en était pas de même : lacceptation du régime existant était si générale, que l'intervention de l'Église eût été parfaitement superflue.
€ D'ailleurs, la constitution est perpétuellement révisable. Ceux qui exercent un mandat politique en vertu de cette constitution, ne peuvent être tenus de renoncer à un droit qu'elle leur confère expressément. » — Léon XIII n'a jamais prétendu exiger la renonciation à ce droit. Il en déclare seulement l'usage contraire aux intérêts vitaux de l'Église et par conséquent illicite, dans les circonstances actuelles.
« Si par un motif de déférence, ils renonçaient aujourd'hui à ces convictions, ils fourniraient à leurs adversaires un prétexte pour dire que les catholiques ne sont point des citoyens comme les autres et qu'il ne leur est pas permis d'avoir, sur les affaires intérieures de leur pays, une opinion qui leur soit propre. Ils ne s'exposeront pas à cette calomnie, estimant ou outre qu'ils apporteront à la défense religieuse un concours d'autant plus efficace,qu'ils auront su conserver leur dignité plus intacte. La droite royaliste n'entend pas faire une œuvre exclusive en prenant l'initiative de cette déclaration, à laquelle peuvent s'associer les catholiques de tous les partis, soucieux de mettre, en ce qui les concerne, au-dessus de toute atteinte et de tout soupçon, cette indépendance du citoyen que la France exige de tous ses enfants. > — Dans ce paragraphe, la droite montrait une sollicitude quelque peu bizarre pour les intérêts de la religion. Le Pape est apparemment meilleur juge de ces intérêts que n'importe quel groupe parlementaire.
Au dire du Journal dVndre et Loire ^ la déclaration fut présentée en catimini à une réunion de la droite royaliste. Seize membres étaient présents : huit votèrent pour et huit contre. L'auteur principal de la déclaration fut, dit-on, M. de Cazenove de Pradinnes, député de Nantes. Les signataires jugèrent prudent de garder
468 LK PAPK LIÉON XIII.
l'anonyme. Ce Éelum imbelle sine idu ne leur parut pas de nature à rendre leur condition politique meilleure. Il procura seulement un instant de joie aux francs- maçons, comme le constata, avec sa rude et impitoyable verve, M. Drumont dans La Libre parole.
« Il fallait voir à la Chambre, dans les couloirs, lorsqu'on a remis aux informateurs parlementaires le papier suspect endossé par M. le duc de Doudeauville, la tête épanouie des francs-maçons. Tout ce qui a dans les os de la moelle maçonnique, tout ce qui se réclame de l'Acacia pour reconstruire le temple de Salomon, exultait d'une joie secrète à peine contenue, comme aux jours trop nombreux où la droite, par son insondable sottise, a tant de fois remis aux mains chancelantes de la gauche les atouts prêts à s'en échapper. Qui veut faire le pari qu'aux élections générales, les préfets recevront du ministre de l'intérieur des instructions spéciales, leur prescrivant d'encourager partout secrètement les candidats schismatiques ?
« Sur les quarante signataires S en trouverait-on seulement cinq ayant franchement déclaré à leurs électeurs qu'ils voulaient la monarchie? Tous, ou presque tous, au contraire, à chaque élection, ont fait, avec force périphrases, l'acte d'adhésion que le Pape leur conseille et contre lequel ils protestent. Que les députés de la droite apportent donc leurs professions de foi, qu'ils mettent, en regard des mercuriales adressées au chef de la catholicité, les misérables circonlocutions républicaines à l'aide desquelles ils ont maintes fois essayé de faire gober leurs candidatures aux électeurs ouvriers.
« Que l'étranger n'intervienne pas dans nos affaires intérieures, cela va de soi ; mais qu'il soit interdît au chef religieux d*indiquer aux fidèles une direction d'esprit conforme à l'intérêt même de la religion, voilà qui passe un peu la mesure.
« Que M. le duc de Doudeauville n'accepte pas les conseils du Pape, c'est affaire à lui ; mais c'est affaire également aux électeurs
1. A en croire les renseignements cités plus haut ce chiffre doit être considérablement exagéré.