CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME
de Montauban, en septembre 1892, par le comte d*Haussonville, chef du parti royaliste.
Dans ce discours composé avec une grande habileté, le comte d'Haussonville cherche à réfuter tout ce qui a été objecté contre l'action de son parti et à faire valoir ce qui peut se dire en sa faveur. Il mérite donc que nous Tétudiions d'un peu près.
L'exorde constate d'abord, avec une certaine emphase, que les 1000 à 1200 ponvives présents montrent que la démocratie urbaine et rurale, dans ses éléments les plus sains, veut demeurer monarchiste et catholique, et qu'il n'est pas vrai que le parti royaliste se recrute uniquement dans les salons ou les châteaux et constitue un étatmajor sans soldats. La conclusion dépasse peut-être les prémisses, mais n'insistons pas.
L'orateur énumère ensuite les épreuves par lesquelles ont passé les fidèles de la monarchie. Et d'abord la persécution républicaine, dont il présente un vif tableau, en ayant soin de confondre les souffrances des catholiques avec celles des monarchistes. Au reste il n'y a qu'à souscrire à la description que fait M. d'Haussonville des attentats du parti au pouvoir contre tout ce qui n'est pas sectaire. Mais il est de sa part plus habile que loyal d'exploiter contre la forme républicaine en elle-même, le mécontentement produit par ces vexations. « La République ne sait pas, dit-il, mais nous savons, nous, tout ce que ceux qui paraissent l'accepter et qui ne font que la subir, amassent dans leur cœur de rancunes contre elle. Ces rancunes sont telles qu'on veillera, au jour de la victoire, à ce que des réparations nécessaires ne dégénèrent pas en vengeance. »
Une autre épreuve des monarchistes a été l'abandon des ralliés, à la droiture et au patriotisme desquels M. d'Haussonville rend hommage, mais dont il interprète mal le changement d'attitude. Si la République est, en effet, « aussi sectaire, aussi haineuse, aussi persécutrice que jamais », ce n'est pas une raison pour ne pas cher-
Le Pape Léon XIII. — IL 31
:her à la rendre moins sectaire, moins haineuse et moins persécurice, en luttant sur le terrain constitutionnel contre les hommes qui ont faite telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui. De plus, quand A. d'Haussonville se demande si la « main débile > de la RépuiHque est assez forte pour maintenir l'ordre public contre les attenats de l'anarchie et du socialisme, il oublie de nous dire où la
lonarchie chercherait une main assez forte pour celte rude besogne. <a restauration se montra toujours très faible contre ses adversaires ; i monarchie de Juillet ne se maintint que par des prodiges' 'équilibre, et par son attitude effacée vis-à-vis des partis hostiles. Charles X et Louis-Philippe finirent, comme on sait, par être les ictimesde ceux qu'ils n'avaient su dompter. Et l'on voudrait nous ersuader qu'en celte fin de siècle, où les masses sont acquises à