CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME
Tîdée républicaine, où le socialisme fait chaque jour des progrès effrayants, il suffirait d'un roi constitutionnel pour maintenir Tordre et sauver la société ! Non, si la société doit être sauvée, ce sera par leffort commun de tous les bons citoyens. Vouloir d'abord faire porter cet effort sur le rétablissement de la monarchie, c est faire œuvre dangereuse et vaine. L'effort peut se faire en république comme en monarchie. Allons donc au plus pressé et, sans nous occuper des questions dynastiques, sauvons les intérêts essentiels de la religion et de la société. C'est là l'idée de Léon XIII, celle qui a déterminé contre les monarchistes « un dernier assaut et le plus redoutable de tous. » « Vous avez, leur dit M. d'Haussonville, entendu une voix auguste, aux instructions de laquelle vous étiez accoutumés à obéir sans la discuter, parce qu'elle n'intervient point dans les discussions des partis, vous adjurer, au nom des intérêts qui vous sont les plus chers, c'est-à-dire des intérêts religieux, de donner désormais votre adhésion loyale et sans arrière-pensée à une forme de gouvernement qui, en France du moins, vous était apparue et vous apparaissait encore comme l'incarnation de l'irréligion et de la persécution. Certes, l'épreuve était cruelle autant qu'inattendue. Car il n'y a de pire douleur pour des fils que de recevoir de leur père des conseils auxquels ils sentent qu'ils ne pourront se conformer. »
On n'est pas plus respectueusement réfractaire à la direction d'une autorité qu'on vénère ! Encore faudrait-il alléguer un motif suffisant, sinon pour justifier, au moins pour excuser une attitude si peu conforme à l'esprit du catholicisme. Or les motifs allégués sont faibles. Il y a d'abord le grand argument de l'incompatibilité de la République avec la religion, « en France du moins », argument d'autant moins probant que, jusqu'ici, les catholiques n'ont aucunement essayé d'entrer dans la République. Il vaudrait la peine de tenter cette expérience, en présence surtout de la faiblesse dont ont fait preuve jusqu'ici la monarchie et les monarchistes.
M. d'Haussonville constate en second lieu — qui Taurait cru? — qiie c'est la simplicité et la droiture d'esprit des monarchistes catholiques qui les ont sauvés du malheur de suivre la direction du Pape ! < Je me demande où vous avez puisé le courage nécessaire pour y résister, car vous n'êtes pas plus que moi, j'imagine, de grands théologiens, et vous seriez probablement aussi embarrassés que je pourrais l'être moi-même, s'il vous fallait disserter sur la nature, rétendue et les limites du pouvoir infaillible, du pouvoir absolu et du pouvoir indirect. Mais vous êtes des esprits droits et simples, et c'est cette rectitude, cette simplicité même d'esprit qui sont venues à votre aide. » Il vaudrait mieux avouer tout simplement que les « réfractaires » ne sont excusables de leur peu de docilité que par leur peu de lumières ! Mais, simplicité ou défaut de lumières, la justification alléguée est mince. Aussi l'orateur a-t-il trouvé mieux que cela, à savoir un certain domaine inviolable et sacré où le Pape n'a pas le droit de pénétrer: « Vous avez compris, que si absolue que doive être notre soumission en tout ce qui touche la foi et les mœurs, si dociles que nous devions nous montrer à toutes les instructions qui concernent la discipline et le gouvernement de l'Église, il y a cependant un domaine inviolable et sacré, celui du citoyen, où se réfugie ce qu'il y a de plus intime et de plus délicat dans l'âme humaine, c'est-àdire l'honneur.» Si «simples» que M. d'Haussonville veuille supposer ses auditeurs, ils auront sans doute trouvé ces explications peu cohérentes, car enfin, si le Pape, pour sauvegarder la foi et les mœurs et en vue du gouvernement de l'Église, juge utile et nécessaire de conseiller telle ou telle manière d'agir, il ne fait qu'user de son droit, alors même que cette direction pontificale touche au domaine du citoyen et à cette chose parfois difficile à définir, l'honneur, qui ne peut, en tous cas, se trouver là où n'est pas la droiture de conscience, laquelle, pour le chrétien, est inséparable de la soumission à l'autorité légitime. Enfin l'orateur nous donne quelque chose qui ressemble à un argument, mais c'est un sophisme : « Vous avez compris que le