‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 2 sur 255 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

avec courage tout ce qui* est en votre pouvoir pour vous opposer à la servitude de tant de malheureux sur le sol de TAfrique. Vous avez entrepris cette œuvre où le salut des hommes est en jeu avec une ardeur qui montre votre grandeur d'âme. > Léon XI II exprime dans cette même lettre la confiance que lui inspirent les promesses des souverains qui, au congrès de Berlin (1888), se sont engagés à s'opposer à l'esclavage, la magnanimité des Français, la générosité des Belges, toujours prêts, eux aussi, à subvenir aux maux d'autrui, 4L l'intervention des Anglais, qui ont si bien et depuis si longtemps mérité de la cause des nègres, > la piété des Allemands et des Portugais. Enfin il n'espère pas moins des Italiens et des Espagnols. Bref Léon XIII, par la bouche du cardinal Lavigerie, fait appel à toutes les nations et compte sur elles pour venir à bout de la grande œuvre entreprise. € Nous ne vous exhorterons donc pas, continue-t-il, car une vertu aussi active que la vôtre n'a pas besoin d'exhortations, mais Nous vous féliciterons plutôt de ce que vous continuez avec un tel courage et une telle constance à exécuter vos projets sous les auspices de Dieu. Votre charité épiscopale ne pourrait trouver nulle part un meilleur emploi. > En même temps le Pape prélève 300,000 frs sur les dons qu'il a reçus à l'occasion de son jubilé sacerdotal, et les affecte à l'œuvre antiesclavagiste, « rien ne pouvant, dit-il, Nous être plus agréable que de secourir des hommes si inhumainement traités. > Devant un pareil témoignage, nul ne niera que l'œuvre du cardinal Lavigerie n'ait une grande part à la sollicitude du chef suprême de l'Église.

Nous avons voulu mettre en relief, dès le début de ce chapitre, la grande figure de l'archevêque de Carthage,en citant les éloges si glorieusement mérités que lui a adressés Léon XI 1 1. L'histoire ne séparera pas le nom du Cardinal de celui du Pape.Tous deux donnent à la campagne antiesclavagîste son caractère propre d'œuvre catholique.

Le glorieux primat d'Afrique disait lui-même dans sa lettre aux comités antiesclavagistes, datée du 22 juillet 1890 :

f Je n'ai fait qu'obéir ; c'est au Souverain- Pontife et à l'Église dont il est le chef et le guide, qu'appartient tout l'honneur de cette campagne que ses ennemis lui contestent aujourd'hui. Mais c'est en vain, ai-je dit déjà, que l'on voudrait donner le change à l'opinion, les faits, les dates, l'Encyclique, les discours sont là pour protester contre une usurpation si audacieuse. >

L'encyclique à laquelle il est fait allusion dans ce passage, est la lettre In plurimis adressée aux évéques du Brésil, en date du 8 mai 1888, acte capital dans la lutte séculaire des Papes contre l'esclavage. Après avoir témoigné sa joie des nombreuses libérations d'esclaves effectuées au Brésil à l'occasion de son jubilé sacerdotal, et y avoir vu une marque de la volonté des Brésiliens et de leurs souverains € d'extirper et de détruire complètement les horreurs de la servitude >, Léon XIII rappelle ces belles paroles de saint Grégoire le Grand : < Puisque, dans sa miséricorde, notre Rédempteur, auteur de toute créature, a voulu prendre la nature humaine pour nous rendre à notre liberté originelle, en brisant par sa grâce le lien de servitude qui nous tenait captifs, c'est faire chose salutaire que de rendre à la liberté, par le bienfait de l'affranchissement, les hommes que la nature avait faits libres dans le principe et que le droit des gens a soumis au joug de la servitude. > (Lib., vi, ép. 12.)

Parmi les misères issues du péché originel, une des plus déplorables est < l'esclavage dans lequel une grande partie de la famille humaine glt depuis des siècles. > L'homme était destiné par Dieu à dominer les animaux et non son semblable. Mais après la chute, les hommes, renonçant à se traiter mutuellement avec bienveillance et respect, commencèrent à considérer leurs semblables comme des animaux nés pour le joug. 4: Il arriva de la sorte que, sans égard à la communauté de nature, à la dignité de l'homme, à l'image de la divinité, ceux qui dans la suite des temps furent victorieux à la guerre, réduisirent leurs ennemis en servitude; et le genre

Page 1