CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME
brûleraient nos lèvres au passage, royalistes et catholiques, aux élections prochaines, nos mains pourront encore s'unir, comme elles s'uniront avec tous les défenseurs sincères des grandes libertés publiques. »
M. d'Haussonville rencontre enfin le reproche fait si souvent aux hommes politiques de son parti. <: Oh ! je sais bien ce qu'on nous dit quand nous tenons ce langage. On nous dit que nous avons deux politiques, Tune pour l'intervalle des élections, pour les banquets et les réunions privées, l'autre pour la période électorale et les réunions publiques. A ce reproche voici ce que je réponds : si nous avions deux politiques, nous ne ferions en tous cas que suivre l'exemple qui nous a été donné autrefois par nos adversaires. > — La réponse est faible et ne touche pas au fond de la question. Aussi l'orateur en cherche-t-il une autre dans le « droit qu'a toujours un parti de choisir, dans son programme, les questions qu'il entend expressément poser devant le pays, et de ne pas jouer sa partie suprême à l'heure choisie par son adversaire, alors qu'il sait d'avance que celui-ci tiendra dans sa main des cartes biseautées. > — L'explication est incontestablement fort habile, cependant elle ne dissimule qu'imparfaitement la grande difficulté contre laquelle se heurte le parti monarchiste. Quand un parti en est réduit à laisser perpétuellement dans l'ombre ce qui est en définitive la seule raison d'être de son existence, il reconnaît par là même l'impopularité des idées qu'il défend, et il donne raison à ceux qui se basent sur cette impopularité pour se détacher de toute solidarité avec lui.
Finalement l'orateur proteste contre les qualifications de définitive et di incontestée qu'on veut décerner à la République, et se base pour cela sur l'histoire de la chute de tous les régîmes qui se sont succédé en France depuis le premier empire, et qui sont tombés au moment où ils semblaient à l'apogée de leur splendeur. — Mais le premier et le second empire sont tombés à la suite de catastrophes sur lesquelles M. d'Haussonvîlle ne compte sans doute pas pour
renverser la République actuelle. Quant à la restauration et à la monarchie de Juillet, elles ont succombé sous les efforts de la révolution et ce n'est pas davantage à une révolution que le parti royaliste fait appel. Aux yeux de l'orateur de Montauban, € le moment présent n'est qu'une halte > pour la France. Bientôt elle se relèvera et marchera de nouveau, < et comme le chemin qu'elle suit tourne en cercle, il la ramènera à son point de départ, qui sera aussi son point d'arrivée, c'est-à-dire à la monarchie nationale. » Il est bien possible en effet que la France fasse cette évolution, mais il est permis de se demander si, après cela, elle recommencera à tourner en cercle. Il faut avouer que ce cercle serait singulièrement vicieux !
M. Prînceteau répondit à M. d'Haussonville par des paroles qui hélas ! sonnent singulièrement faux à l'heure actuelle. € La démocratie, s'écria- 1- il, sera heureuse de votre discours, qui lui dit que le roi est avec elle ; elle aura d'autant plus confiance en lui, et de la poitrine de la démocratie sortira ce cri : « Dieu nous garde ! et le roi nous aide ! » — Ces paroles sont de nature à faire bon effet à la fin d'un banquet, mais à quelle réalité répondent-elles ? Mieux eût valu dire : « Aide-toi et le ciel t'aidera >, comme le crie Léon XIII à la France. Il est trop évident en effet que le roi ne peut aider la France que par des lettres dans le genre de celle qu'il adressa à M. d'Haussonville pour approuver son discQurs.
Dans ce document d'un style calme, M. le comte de Paris a le bon goût de ne pas parler de l'intervention du Pape, mais comme il s'associe en général aux paroles de son délégué, il est à présumer qu'il pense comme lui sur ce point spécial. Nous ne citerons de la lettre du comte de Paris que ces seules paroles: « Le droit historique survit. Il sera la ressource nécessaire à l'heure, prochaine peut-être, d'une crise redoutable. » — Rien n'empêche les catholiques de souscrire à cette assertion. Si la monarchie est rendue à la France, ce ne sera probablement pas par le jeu normal de la politique. Ce sera à la suite de quelque épouvantable catastrophe, dont les symptômes