CHAPITRE TRKNTE-NKUVIÈME
précurseurs se font peut-être déjà sentir. Chercher à rétablir la monarchie par une propagande de parti, c'est faire œuvre vaine. Quant aux catastrophes, on s'efforce de les éviter, si Ton peut, mais on ne les provoque pas. La seule chance de les éviter, c'est de suivre la politique du Pape. Voilà donc ce que doivent faire maintenant ceux qui aiment la France.
Mise en regard du discours de M. d'Haussonville et venant immédiatement après ce discours, l'évolution de M. de Mackau est significative. Elle l'est d'autant plus que le chef des droites ne se réclame pas du Pape pour l'exécuter. Résultat de ses propres réflexions, la volte-face du baron de Mackau ne sera donc pas, si l'on veut, un effet de la politique de Léon XIII, mais elle lui sert en quelque sorte de contre-épreuve. Pour que le Pontife et l'homme politique arrivassent, chacun de son côté, à une solution identique,
avec quelle clarté n'a-t-il pas fallu que cette solution s'imposât ?
Cela dit, écoutons M. de Mackau parler à ses électeurs de Carouge en octobre 1892.
Après avoir constaté que le pays a toujours hautement et vivement protesté contre les diverses atteintes portées à la liberté et à la religion, le chef des droites continue : € Et cependant, Messieurs, chaque fois que les électeurs ont été interrogés au point de vue politique, dans les élections générales ou partielles, au scrutin de liste ou au scrutin d'arrondissement, après le 16 mai comme après les consultations électorales postérieures, ils ont répondu par des élections républicaines,en nommant parfois ceux-là mêmes contre le vote desquels ils avaient protesté. Quelle signification peut avoir cette attitude en apparence incompréhensible, si ce n'est que le pays, tout en voulant résolument ces libertés essentielles que l'on nomme la liberté du domicile, la liberté des consciences, la liberté des familles, la liberté de la magistrature, veut également la stabilité politique, qu'il redoute les révolutions, même pacifiques, et demande le main-
tien de la République, autrement dit, qu'il veut la liberté dans la paix politique ? > M. de Mackau eût préféré avec beaucoup d'autres que € le pays eût été consulté directement sur une question aussi grave et qu'il eût pu répondre en toute liberté >, néanmoins il croit devoir se rendre à l'évidence des faits et il s'écrie : « Oui, encore bien que je ne l'aie pas votée, je reconnais que la grande majorité du pays veut à l'heure actuelle le maintien de la République organisée par la Constitution de 1875.» Puis, malgré le dissentiment pénible que son attitude va provoquer entre lui et nombre de ses amis, il continue ainsi : € Je crois que nos réclamations gagneront en précision, à ne pas être confondues avec des aspirations vers un autre ordre politique dont le pays semble s'éloigner chaque jour davantage.» Il fait ensuite cette déclaration quelque peu inattendue : « Je ne puis d'ailleurs oublier que la politique que je conseille est la conséquence logique de celle que nous avons faite tous ensemble depuis des années. > — Si la politique préconisée par Léon XIII, avant de l'avoir été par M. de Mackau, est la conséquence logique de celle qu'ont suivie les droites depuis des années, comment se fait-il que les droites se soient montrées, dès l'abord, si consternés d'actes pontificaux qui venaient couronner leur politique traditionnelle ? M. de Mackau cherche à prouver son assertion en rappelant quelques-uns de ses discours antérieurs sur le rôle des droites dans la République, et l'appel fait lors des dernières élections à tous les hommes de bonne volonté. Mais il oublie de signaler l'équivoque fondamentale qui se cachait sous cet appel, à savoir le désir plus ou moins dissimulé d'arriver, par l'union de tous les hommes de bonne volonté,à changer la forme du gouvernement.
Le baron de Mackau explique ensuite avec clarté la nature du ralliement qu'il préconise et montre que ce n'est pas un ralliement au parti dominant actuellement dans la République : «Est-ce à dire, Messieurs, qu'en tenant ce langage, je me fasse la plus petite illusion et que j'attende des hommes qui gouverpent, de leurs amis, de leurs