CHAPITRE TRKNTE-NEUVIÈMK
constitutionnel hostile à ces visées. Le nouveau groupe devra donc rallier ces éléments qui se détacheront du gros de la gauche, entraînée dans Torbite de la franc-maçonnerie et de son expression politique, le radicalisme. Il devra en outre attirer à lui les honnêtes gens qui n'appartiennent à aucun parti, mais qui ne pourront entendre sans horreur Texposé des projets maçonniques. Enfin il recevra dans son sein la masse de l'ancien parti conservateur dégagé désormais de ses attaches monarchistes.
Un parti formé d'éléments si disparates devra nécessairement avoir un programme large et composé d'un petit nombre de points essentiels. C'est donc avec raison que M. Piou a dit en 18^2 à un rédacteur du N ew- York Herald : < Un parti catholique ne peut pas être dans notre pays un parti électoral. » Le parti conservateur constitutionnel devra cependant avoir une droite catholique, que rien n'obligera à dissimuler son drapeau religieux.
La largeur de ce programme a effarouché quelques catholiques. Ils se sont demandé s'ils ne compromettraient pas les intérêts de l'Église en s'alliant avec des indifférents, des modérés, des hommes qui jusqu'ici ont été les auxiliaires des radicaux dans la lutte mortelle entreprise par eux contre la religion. Mais il faut s'entendre. Nul n'engage les catholiques à s'allier les yeux fermés et n'importe comment avec les indifférents et les modérés. Ils ne doivent s'allier qu'avec ceux qui leur donneront des gages positifs en faveur des intérêts vitaux de la religion et de la France, par exemple, en ce qui concerne l'enseignement dans les écoles, la liberté de la prédication catholique, etc. A Rome même, sous les yeux du Pape, les catholiques n'en ont pas autrement usé, pendant longtemps, sur le terrain des élections communales et provinciales qui seul leur est ouvert. L' Unione romana accueillait dans son sein et appuyait de ses votes, tous ceux qui s'engageaient à favoriser l'enseignement catholique dans les écoles et qui donnaient des assurances suffisantes quant aux questions religieuses. Ce n'est que depuis peu que les catholiques de Rome luttent avec leurs seules forces.
L« Pape Léon XIII. — II. 3a
Il faut qu'on le comprenne. Il s'agit pour le moment d'éteindre le foyer d'irréligion sectaire qui menace de consumer la France. On ne demande pas à ceux qui offrent leurs services pour combattre un incendie, s'ils partagent toutes nos convictions. Ce qu'on leur demande, c'est la volonté actuelle de travailler à l'extinction du feu. Ainsi doit-il en être à l'égard de ceux dont les catholiques accepteront le concours dans la défense de leurs droits religieux. Il faut leur demander : « Voulez-vous courir avec nous au plus pressé? Voulez- vous faire cesser ces laïcisations, cette persécution, ces injustices criantes dont nous sommes les victimes?» et s'ils répondent sincèrement: « Oui », qu'on ne les repousse pas sous prétexte qu'ils ne veulent pas aller aussi loin qu'on le désirerait dans la voie de la défense religieuse. Pour le moment il s'agit bien plus de faire cesser une persécution ouverte, que de procurer à l'Église tous les avantages auxquels elle a droit.
Réduite à ces termes, la défense religieuse rencontrera, il est permis de l'assurer, de nombreux adhérents. Et ce n'est pas sans raison, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, que le Pape a fait appel, < à tous les hommes honnêtes ». Léon XIII sait que, si la grande majorité de la France est catholique, il y a aussi beaucoup de Français qui, sans être sectaires, ne sont pas ou ne sont plus catholiques. II sait aussi que, dans la majorité catholique elle-même, beaucoup, le plus grand nombre peut-être, ou bien ne sont pas fervents, ou bien, par une singulière infirmité d'esprit et de volonté, affectent de se dire catholiques, mais ne sont pas pratiquants. Avec de pareils éléments il n'est pas possible de former un parti politique aussi nettement et aussi généralement religieux que le centre allemand ou le parti catholique belge.
Il faut se garder de tomber dans l'illusion signalée en ces termes par M, F. Descostes dans sa lettre du 5 octobre 1892 à L Univers. « Le grand tort de certains d'entre nous, c'est de se forger de toutes pièces une France à leur image, de ne vouloir tenir aucun