CHAPITRE TRKNTE-NEUVIÈME
compte des réalités et de supprimer d'un trait de plume, uniquement parce qu'ils les gênent, les obstacles dont le champ de bataille est hérissé. Au struggle for life qui est bien et dûment engagé, avec des canons chargés pour de bon, ils substituent des manœuvres d'automne où l'armée du bien doit nécessairement vaincre parce que, à une heure et sur un point déterminés, l'armée du mal doit, d'après le thème adopté, se laisser battre à plate couture. En retard de je ne sais combien d'heures sur l'horloge nationale, ils ne veulent pas admettre qu'à côté d'eux, qu'à côté de vous et de moi, — catholiques sans épithète, comprenant notre devoir électoral et sachant ce qu'il impose, — il y a une foule de gens ne voyant pas avec la même lorgnette, ne mettant pas, eux, la religion avant tout, sur le chemin de la foi peut-être, mais n'étant point encore illuminés par cette grâce d'en haut qui dissipe les erreurs et les préjugés, met chaque chose à sa place et rend facile l'accomplissement de tous les devoirs. »
Il saute aux yeux que l'on ne peut se passer de ces éléments pour fonder en France un parti électoral conservateur d'une force suffisante. Il faut donc que le programme du parti qui défendra la religion soit acceptable pour eux, et ne les effarouche pas par des revendications d'un caractère trop tranché. Qu'on cesse de persécuter l'Église : voilà pour le moment Tunique cri de guerre qui puisse ramener les masses électorales à une action favorable à la religion.
Parallèlement à cette action sur les masses électorales, la politique de Léon XIII en exercera une autre avec le temps sur les députés et le gouvernement. C'est avec l'épouvantail du péril monarchiste que les radicaux tenaient en tutèle les autres groupes républicains, et, au jour du scrutin, c'était encore cet épouvantail qui décidait l'électeur modéré à voter, comme malgré lui, pour le candidat radical. « Combien de députés siégeant à l'extrême gauche sont dans ce cas "il^ se demande L Univers, et il répond : « Sans exagération, la moitié
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au moins. > Il est dès lors facile de conclure que \^ péril monarchiste une fois disparu, l'extrême gauche aura grand'peine à conserver ses positions et qu'ainsi le gouvernement, placé entre une extrêmegauche affaiblie et un parti constitutionnel conservateur prenant de la force, se trouvera induit à accentuer l'orientation modérée vers laquelle l'attirent, sinon une volonté décidée, au moins des velléités que les circonstances pourraient changer en volonté. Ce serait là, sur le terrain politique, le premier résultat tangible de l'attitude recommandée aux catholiques et aux conservateurs par Léon XIII. De la pacification nattra l'affaiblissement de l'extrême-gauche et le développement d'un parti non sectaire, et de ces deux causes découlera un changement en mieux dans l'attitude du gouvernement.
Il ne faut pourtant pas se dissimuler que cette sagesse ne sera imposée aux gouvernants actuels que par la loi du plus fort, électoralement parlant ! Le gouvernement est à l'image des élections. Si le nouveau parti constitutionnel y acquiert une puissance suffisante, les effets s'en feront sentir immédiatement dans les régions gouvernementales.
Quelqu'un pourrait ici se demander si le nouveau parti doit se poser aux élections en adversaire ou en ami du gouvernement — En adversaire, sans nul doute, puisque le gouvernement a fait sienne jusqu'ici la politique des radicaux, mais non en adversaire irréconciliable. En effet, sans cesser d'être lui-même, c'est-à-dire d'avoir son programme et ses idées à lui, il cesserait d'être un parti d'opposition, du jour où le gouvernement ferait droit à ses réclamations. C'est avec cette réserve qu'il faut lire l'article si remarqué dans lequel M. Lamy déterminait dans la Revue des Deux Mondes, l'attitude à prendre par le parti conservateur constitutionnel et dont voici quelques extraits :
« Conservateurs, ce n*est pas immobiles et suppliants que vous apaiserez par votre patience les haines de vos adversaires, et vous attendriez en vain pour aborder à la rive prochaine que le fleuve des injustices cesse de couler. Si modérées que