CHAPITRE QUARANTIÈME
gieux. Les chambres ne songent plus à discuter ni le Concordat ni le budget des cultes, et des relations bienveillantes se sont partout rétablies entre le gouvernement et le clergé. C'est beaucoup, et les conservateurs devraient une fois pour toutes le comprendre. Non, le but pacifique du Pape n'a pas échoué; il est atteint, au contraire, en grande partie, et il est surprenant que cela puisse être nié par ceux qui auraient le plus d'intérêt à le reconnaître. S'il y a un parti catholique, c'est le Pape seul qui peut en être le chef et il n'est pas vrai de dire que la politique qu'il représente ait été vaincue dans les élections. »
M. Denis-Guîbert disait avec non moins de raison dans L'Oôservateur Français : « On cherche, en effet, à épouvanter le Pape. Mais c'est mal connaître ce mâle génie que de le supposer accessible à un sentiment aussi vulgaire que la peur des opinions d'autrui. Le Pape a une âme et une âme libre. Il la défend contre les atteintes extérieures, d'où qu'elles viennent et quels que soient les déguisements artificieux qu'adoptent les intérêts pour l'asservir. Le Pape, en dépit des clameurs et des fausses indignations, sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur la signification du scrutin du 20 août. Il est rassuré sur ses conséquences. Bien plus, il comprend que l'attitude et les décisions des électeurs français, loin de condamner sa politique, la corroborent; que cette attitude et ces décisions peuvent et doivent, dans la pratique, devenir le point de départ de négociations nouvelles et d'arrangements entrevus.... Villemain, dans une brochure célèbre et au moment où le monde politique tout entier semblait coalisé contre la Papauté, criait à Pie IX : Courage, Saint- Père! — Avec infiniment plus d'humilité, mais avec une ardeur, peut-être, plus fervente dans la conviction, nous adressons cette même objurgation à. Léon XI IL Courage, Saint-Père ! vous avez pour vous et devant vous l'avenir!... »
Si nous ne pouvons prévoir avec certitude ce que sera cet avenir, du moins les conjectures sont permises et il faut avant tout recon-
naître qu'il reste un point noir dans la situation parlementaire française au moment présent. Au début de la session, le ministère se trouvait en face d'une majorité républicaine composée d'environ 500 députés, dont un grand nombre était de tendances plus ou moins indécises. D'autre part la chambre comptait environ 28 ralliés et 61 conservateurs, soit moins d'une centaine de députés ouvertement favorables à la religion. Or l'on pouvait prévoir l'hypothèse oïl les tendances radicales eussent prévalu parmi les membres indécis de la majorité. Dans ce cas le ministère, s'il eût voulu gouverner d'une façon plus ou moins pacifique à l'égard de l'Église, n'eût pu le faire qu'en s'appuyant partiellement sur la minorité catholique. C'est ici qu'apparaît de nouveau la sagesse de Léon XIII et l'erreur de ceux qui s'opposent à sa politique sous le prétexte de l'intérêt même du catholicisme : dans une minorité d'une centaine de catholiques tous ralliés, un gouvernement républicain, mais ennemi du radicalisme, eût pu chercher l'appoint qui lui était nécessaire pour soutenir une politique de pacification. — Bismarck et M. de Caprivî, tout protestants qu'ils soient, n'ont fait aucune difficulté d'en user de la sorte avec le Centre catholique et constitutionnel, lequel devient ainsi fréquemment l'arbitre de la situation parlementaire. Mais en présence d'une minorité dont la majeure partie est composée d'éléments anticonstitutionnels, un ministère républicain ne sera-t-il pas en quelque sorte forcé de se retourner de aouveau vers le radicalisme, et de subir son influence ?... Voilà le plus grand danger de la situation actuelle et il provient du manque de docilité de certains catholiques à la direction de Léon XIII.
La bombe de Vaillant avait rendu pour un moment M. Casimir- Périer arbitre absolu de la situation. Les indécis s'étaient précipités avec un empressement prodigieux du côté du ministère, et les lois de répression contre les anarchistes furent votées à une énorme majorité. Depuis lors les deux chambres donnèrent des signes manifestes de docilité à l'égard du cabinet, qui semblait n'avoir plus