CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
leurs économies, défendaient leurs droits et appuyaient, dans la mesure voulue, leurs légitimes revendications. > — Il demande que, par un retour sincère aux principes chrétiens, on rétablisse et Ton consolide entre patrons et ouvriers, entre le capital et le travail, cette harmonie et cette union qui sont Tunique sauvegarde de leurs intérêts réciproques, et d où dépendent, à la fois, le bien-être privé, la paix et la tranquillité publique.
Le Pontife met les ouvriers en garde contre les agitateurs qui veulent la ruine de la société civile et de la propriété. Puis s'adressant aux classes dirigeantes, il leur recommande € d'avoir un cœur et des entrailles de père pour ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front >. Il faut surtout mettre un frein à ce désir insatiable des richesses, du luxe et des plaisirs qui, en bas comme en haut, ne cesse de se propager de plus en plus, et qui ne trouvant pas à se satisfaire, produit € un malaise immense et des mécontentements, d'où naîtront la révolte et l'insurrection en permanence».
Aux gouvernants, le Pape rappelle Tinsuffisance de la force et la nécessité indispensable de laisser à T Église € la liberté de ressusciter dans les âmes les préceptes divins et d'étendre sur toutes les classes de la société sa salutaire influence >• Il faut encore que, moyennant des règlements et des mesures ss^es et équitables, on garantisse les intérêts de la classe laborieuse, on protège le jeune âge, la faiblesse et la mission toute domestique delà femme, le droit et le devoir du repos du dimanche. Ainsi seront favorisées la pureté des mœurs, une vie réglée, et l'union sociale.
Aux patrons il prescrit de considérer l'ouvrier comme un frère, d'adoucir son sort dans la limite du possible et, par des conditions équitables, de veiller sur ses intérêts tant spirituels que corporels, de l'édifier par le bon exemple d'une vie chrétienne et surtout de ne se départir jamais à »on égard et à son détriment des règles de la droiture et de la justice, en visant à des gains rapides et disproportionnés.
Dans une dernière exhortation, Léon XIII recommande aux
ouvriers raccomplissement de leurs devoirs religieux, sociaux et domestiques, et la reconnaissance confiante envers T Église, < qui les a délivrés du joug de lesclavage antique, et envers le Vicaire de Jésus-Christ qui ne cesse et ne cessera jamais de s'enquérir de leurs intérêts et de les favoriser. > Il les engage enfin à prouver par leur conduite i que, dans les associations où les principes religieux sont en honneur, régnent en même temps l'amour fraternel, la paix, la discipline, la sobriété, l'esprit de prévoyance et d'économie domestique >.
Cet admirable discours, qui préludait aux enseignements de l'encyclique, fut accueilli avec l'enthousiasme qu'on peut s'imaginer par les 4000 auditeurs, ouvriers et patrons, qui l'entendirent.
La presse libérale elle-même fut frappée des leçons contenues dans le discours aux ouvriers français et Le Temps déclara < qu'à moins de vouloir être délibérément aveugle et sourd, il fallait reconnaître et apprécier les efforts de l'Église catholique pour le bien-être social, et écouter avec attention et respect les conseils et les enseignements que cette Église donnait par la bouche de son auguste chef. >
En Angleterre aussi l'impression fut immense, dans le monde où l'on s'occupe de la question sociale et même parmi les ouvriers.
En Italie, l'ex-ministre et sociologue Bonghi étudia le discours pontifical avec l'esprit doctrinaire et étroit qu'il apporte en toute chose. Il y vit d'abord une tentative pour gagner la faveur des peuples, plus puissants aujourd'hui que les monarques, et cela dans l'espoir de rétablir le pouvoir temporel. Puis raisonnant sur l'importance attribuée par le Pape aux idées religieuses, il reconnaît que cette question est fort grave : « Un peuple, se demande M. Bonghi ^ peut-il vivre ordonné, tranquille et atteindre un certain degré de prospérité sans foi religieuse ? Au frein très puissant de la religion que peut substituer la société?... Pour notre compte nous ne contes-