CHAPITRE QUARANTIÈME
obtenir de plus grands encore et pour défendre la France contre d'imminents périls, que les catholiques se pénètrent donc des avertissements que leur adressait tout récemment Léon XIII, en écrivant à Mgr Perraud, évêque d'Autun :
« Si Nous sommes heureux de constater que le double devoir de l'obéissance et de Tamour est accompli dans des dispositions vraiment filiales par beaucoup de vos compatriotes, et si Nous aimons à féliciter ceux qui, par leurs écrits et par leurs actes, secondent avec élan Nos exhortations, Nous ne pouvons dissimuler que Nous éprouvons une certaine peine de ce que d'autres, en trop grand nombre, rejettent ouvertement Nos conseils ou n'en tiennent aucun compte. Ils se font ainsi à eux-mêmes la grande illusion de croire qu'ils ont la piété filiale requise envers Notre personne, alors qu'ils se dérobent au devoir nécessaire de la soumission. Toutefois, les heureux commencements de cette entreprise Nous permettent d'espérer que Dieu lui donnera de nouveaux accroissements, surtout si, comme vous l'avez fait vous-même, les évêques profitent des occasions favorables pour exhorter les fidèles dans le même sens. Comme Nous, ils sont persuadés que, lorsque tous les esprits se montreront dociles à cette direction, votre France échappera certainement à beaucoup de calamités, et retrouvera des jours prospères et glorieux. L'âme est saisie d'horreur, en effet, quand on voit jusqu'où va laudace d'hommes perdus qui, foulant aux pieds tout sentiment de religion, de respect pour les lois, d'humanité, ne craignent pas de recourir au crime, à l'assassinat, pour ruiner le fondement et la majesté de la puissance publique. Il y a là des
motifs plus pressants que jamais, pour votre pays, d'accéder à Nos conseils et de renoncer aux divisions de partis afin de défendre le bien suprême. »
Nous arrêterons ici cette longue histoire de l'action de Léon XIII en France. Si le lecteur y trouve parfois des appréciations sévères
à l'égard de certains monarchistes, qu'il ne les considère pas comme adressées à ces fidèles de la royauté qui se soumettent, d'un cœur affligé mais docile, à une direction dont ils comprennent difficilement la justice et l'opportunité. A ceux-là nous dirons : Conservez votre fidélité, vos convictions, vos espérances même, mais persévérez dans l'obéissance à celui qui vous parle au nom du Christ dont il est le vicaire. Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. L'obéissance au Pape donnera à votre patrie la paix et le salut, et si, comme vous le croyez, cette paix et ce salut ne peuvent se trouver pour la France que dans la monarchie, les voies mystérieuses de la Providence feront en sorte que l'obéissance au Pape ait pour résultat cette restauration même qu'elle semble rendre impossible !
Quoi qu'il en soit, tous les catholiques français feront bîeii de méditer les paroles si fermes, si confiantes, si glorieuses pour la France chrétienne, que Léon XI II a adressées le 30 décembre 1893 à Mgr Fontenau, archevêque d'Albi :
i Pour Nous, Notre ferme dessein est d'avancer avec constance et sans faiblesse dans la voie où Nous sommes entré, soutenu par l'espoir assuré que l'empressement et l'assistance de Nos frères dans le ministère pastoral ne Nous feront jamais défaut, et que nul ne voudra rester en arrière dans cette louable émulation. Notre confiance est encore relevée et affermie par le caractère de la nation française qui se porte vers tout ce qui est noble et droit Grâce à cette disposition, on trouverait à peine un pays qui soit plus fécond en bonnes œuvres, ou qui l'égale par l'excellence de ses mérites envers la religion et envers l'Église. Mais notre principal espoir est dans le secours de Dieu tout-puissant; car depuis longtemps la France est accoutumée à se glorifier de sa particulière protection. Que ce secours lui soit favorable; qu'elle le sente de jour en jour plus efficace. Notre prière suppliante le demande avec instance. >
Puisse Jeanne d'Arc, la vierge qui a jadis délivré sa patrie