chapitre: quarantième
terrestre du joug de l'étranger, appuyer maintenant du haut du ciel l'ardente prière du Pontife, et inspirer à tous les Français l'esprit de force et d'union qui leur est nécessaire pour secouer le joug pire encore de la franc-maçonnerie! Léon XIII, vient de déclarer vénérable la libératrice de la France, donnant ainsi à la fille aînée de l'Église un nouveau gage de cette protection divine toute spéciale qui, au dire du Pontife lui-même, ne l'a jamais abandonnée. Oui, Jeanne d'Arc, glorifiée par Léon XIII, sauvera encore une fois la France, maïs à une condition, c'est que la France veuille contribuer elle-même à son salut en suivant la direction que lui donne un pontife divinement inspiré.
C'est dans cet espoir qu'à la fin de ce chapitre nous répéterons, en l'appliquant à l'avenir religieux du pays, le mot d'une bouche auguste :
€ La parole est à la France : l'heure est à Dieu ! >
I^gap. QuarantE'Et'un
La pièt^ caractère dlstfnctlf du pontiacat d» Léon XlII. — Encyclique sur le culte da S. Joseph {15 Août 1889). ~ Dévotion à la Ste Famille. — Encycliques sur le Rosaire (22 Septembre 1891, SOctobre 1892 et 8 Septembre 1893). — J.éon XIII et la propagation de la Fol ; la hiérarchie catholique rétablie au Japon, — L« catholicisme aux Indes. — Le congrès eucharistique de Jérusalem. — Encyclique aux Polonais (19 Mars 1894). — Léon XIII et les ordres de S t- Ben oit et de Clteaux.
■E peuple romain, avec le franc parler qui lui est '■ habituel, distinguait autrefois trois catégories de Papes suivant l'élément qui semblait prédominer : dans leur caractère : t dotti, i'PoUtici, i zelanti, les : savants, les politiques, les zélés, ou les pieux. La lecture de cet ouvrage, aura montré, pensons-nous, que ces trois genres de mérite peuvent être attribués simultanément à Léon XI IL Cependant l'on ne se ferait pas une idée exacte de son pontificat, si l'on ignorait que, chez lui, c'est la piété qui donne le branle aux manifestations si multiples et si variées de son activité. Nous avons à plusieurs reprises attiré l'attention sur des documents où éclate ce profond sentiment de piété, mais il ne sera pas inutile d'y insister spécialement ici.
Léon XI H a beaucoup fait pour ranimer dans le monde la piété qui est l'âme même du christianisme ; et l'on extrairait facilement de ses encycliques un traité de la vie spirituelle ■ aussi complet que pratique. Si le cadre que nous nous sommes tracé ne nous permet pas de nous attarder à en fournir la preuve, nous nous arrêterons
1. Nous cilerons, à ce propos, deux excelleiits opM%vi\cs : Le Rettouveilefnent dans la vie chrétienne selon les enseignements du Souverain Pontife et Le Pritrt et la situation actuelle. Paris, à la librairie de l'œuvre de St-Paul, rue Cassette, 6.
cependant à quelques points qui mettent en relief la tendre piété de Léon XIII. Il nous faut pour cela revenir en arrière et relever, autant que possible dans leur succession chronologique, les faits d'ordre religieux que nous avons dû négliger, en nous occupant de l'action extérieure et politique du Pape depuis son jubilé sacerdotal. Nous citerons d'abord l'encyclique du 15 août 1889 sur le culte de saint Joseph, considéré comme protecteur de l'Église universelle.
Le Pape, dans ce document, expose d'abord la nécessité du recours à DieUjà la Sainte Vierge et aux saints, en un temps où la puissance des ténèbres semble tout oser contre le nom chrétien. € La foi s'efface de bien des âmes, la charité se refroidit, la jeunesse se corrompt dans ses mœurs et ses opinions, l'Église et la Papauté sont attaquées par la force et la ruse, les fondements de la religion sont ébranlés. > Le mal est tel, en un mot, qu'il dépasse les remèdes humains. II faut donc recourir à la puissance divine. Léon XIII recommande en premier lieu la dévotion à la Sainte Vierge : Marie assistera l'Église, ainsi qu'elle l'a fait tant de fois, si on la prie en commun avec humilité et constance; « elle l'assistera d'autant plus admirablement, qu'elle aura voulu se faire prier plus longtemps. >
Il faut s'adresser aussi à saint Joseph et prendre l'habitude de le prier avec foi. La raison qui a porté Pie IX à proclamer S. Joseph le patron de l'Église universelle, et qui inspire à l'Église tant de confiance en son secours, c'est qu'il a été l'époux de Marie et le père putatif de Jésus -Christ. De là sa dignité, sa sainteté, sa gloire. Certes la dignité de la Mère de Dieu est si élevée qu'il ne peut en exister de plus haute. Mais il n'est pas douteux que Joseph n'ait, plus que tout autre, approché de son éminente perfection. Chaste époux de la Mère de Dieu, compagnon de sa vie, sauvegarde de son honneur, il a dû participer à sa dignité. D'autre part saint Joseph est le seul qui ait été constitué le gardien du Fils de Dieu, et qui ait vu le Verbe divin se soumettre modestement à lui, lui obéir.
Le Pape Léon XI IL — IL 35
le respecter, comme les enfants respectent leur père. De cette double dignité dérivaient pour saint Joseph des devoirs analogues à ceux des pères de familles. Il fut donc le pourvoyeur et le protecteur naturel de la divine maison à laquelle il présidait. Par son travail, il gagna la subsistance de Jésus et de Marie; c'est lui qui les soustrait aux menaces de mort d'Hérode, qui les assiste et les console dans les peines du voyage et de Texil. — « Or la maison divine, que Joseph gouvernait comme revêtu de la puissance paternelle, contenait les débuts de l'Église naissante. > Marie, Mère de Jésus, devint la Mère des chrétiens dans les douleurs du Calvaire, Jésus est le premier-né de ceux qui sont ses frères par l'adoption et la rédemption. Telle est aussi la raison pour laquelle S. Joseph reçoit spécialement sous sa protection la multitude des chrétiens qui constituent l'Église, et sur laquelle, «comme époux de Marie et père nourricier de jÉsus,il a une autorité presque paternelle ». Il est donc juste qu'il protège l'Église du Christ comme jadis la famille de Nazareth.
Cette vérité se trouve confirmée par la comparaison avec l'ancien Joseph, fils de Jacob, que les Pères et la sainte liturgie elle-même considèrent comme la figure de saint Joseph. Mis par le roi à la tête de tout son royaume, le fils de Jacob pourvut avec tant de succès, pendant la famine, aux besoins du peuple égyptien et des nations voisines, que le roi lui donna le titre de sauveur du monde: ainsi devons-nous croire que le second Joseph protégera l'Église, véritable maison du Seigneur et royaume de Dieu sur la terre.
Chaque condition a des raisons spéciales de se recommander au patronage de saint Joseph. Les pères de famille ont en lui le modèle de la sollicitude paternelle ; les époux lui demanderont l'union et la fidélité dans le mariage; les vierges, l'intégrité virginale; les nobles, la dignité dans le malheur; les riches, le désir des véritables biens. « Mais les prolétaires, les ouvriers, les pauvres ont, semble-t-il, un droit particulier de recourir à saint Joseph, et doivent