CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈMK
trouver en lui plus de sujets d'imitation. En effet cet homme de sang royal, uni par le mariage à la plus sainte des femmes, cet homme qu'on croyait le père du fils de Dieu, passe néanmoins sa vie en travaillant; il se procure, par le travail manuel, ce qui est nécessaire à sa propre subsistance et à celle des siens. La vérité est donc que la condition des petits n'est pas abjecte : et non seulement le travail de l'ouvrier n'est pas déshonorant, mais il peut encore grandement s'ennoblir par la vertu. Joseph, content du peu qu'il avait, supporta avec grandeur d'âme les difficultés de sa situation, à l'exemple de Jésus qui, quoique maître de toutes choses, embrassa volontairement la pauvreté. > Que cet exemple encourage les pauvres et les ouvriers. S'il leur est permis de chercher à améliorer leur condition, il leur est défendu de bouleverser l'ordre voulu par Dieu. Recourir à la force et à la sédition est de plus une folie, qui d'ordinaire aggrave les maux qu'on cherche à éviter par ces moyens.
Le Souverain Pontife encourage ensuite la pieuse pratique de consacrer le mois de mars à saint Joseph. Il recommande de célébrer la fête de ce grand saint comme si elle était d'obligation. Enfin il joint à l'encyclique une prière enrichie de sept ans et sept quarantaines d'indulgences, et ordonne de la réciter après le Rosaire pendant tous les jours du mois d'octobre. Cette prière, devenue populaire, est comme un cri du cœur adressé par le Pape à saint Joseph, et répété par le peuplé chrétien, pour obtenir le secours du saint Époux de Marie, au sein des difficultés de tous genres où se trouvent l'Église et chacun de ses enfants.
A la dévotion à Marie et à Joseph se rattache la dévotion à la Sainte Famille. Quoique les membres augustes de cette famille, sainte par excellence, soient l'objet principal du culte de l'Église, celle-ci n'avait pas cru jusqu'ici devoir honorer la Sainte Famille par une solennité particulière. Le cardinal Bausa, archevêque de Florence, se faisant l'organe d'un grand nombre de fidèles, s'est adressé au
Saint- Père pour obtenir que la dévotion à la Sainte Famille prft rang dans la liturgie. Léon XIII, après avoir entendu Tavis de la sacrée congrégation des Rites, répondit, par lettre du 20 novembre 1890, que € la dévotion à la Sainte Famille devait être maintenue dans l'état où elle avait été approuvée par le Saint-Siège, sans qu aucune nouvelle forme fût introduite dans son exercice ». Il prit texte de cette décision pour recommander l'association de la Sainte- Famille, approuvée par Pie IX le 5 janvier 1870, rien n'étant plus propre à sanctifier la famille et à faire régner dans son sein « la concorde, la charité, la patience dans les adversités et la pureté des mœurs », au grand avantage delà société domestique et civile. A la lettre de Léon XIII étaient jointes une formule de consécration des familles chrétiennes à la Sainte Famille et une prière à réciter tous les jours devant son image. Ainsi Léon XIII met autant d'ardeur à sauvegarder l'esprit moral et religieux des familles, que les loges maçonniques en déploient pour détruire l'un et l'autre. C'est qu'en effet la famille est l'élément constitutif de la société. Enfin, en 1893, le Saint-Siège établit une fête spéciale en l'honneur de la Sainte- Famille. Les hymnes d'une haute et chrétienne poésie qui figurent dans l'office de cette solennité, sont l'œuvre de Sa Sainteté elle-même.
Les encycliques sur le Rosaire manifestent d'une façon plus pénétrante encore l'esprit de piété qui vivifie le pontificat de Léon XIII. Ce sont des chefs-d'œuvre d'émotion contenue, de dévotion tendre et délicate en même temps que de solide ascétisme. Nous nous reprocherions de ne pas donner au moins l'analyse de ces lettres si belles et si utiles.
Le 22 septembre 1891 paraissait l'encyclique De Mariae virginis Rosario. Elle débute par la peinture, souvent faite déjà, des maux de l'Église et de la tristesse que cause à tous les bons la lutte incessante dont elle est l'objet et le spectacle de tant d'âmes qui se