‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 223 sur 255 · CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME

perdent par l'apostasie, par Tindifférence religieuse, par la tiédeur de tant de catholiques. Aussi voit-on les nations, aveuglées par un juste jugement de Dieu, abandonner et même persécuter l'Église, qui seule pourrait les sauver. Les circonstances exigent donc de plus en plus impérieusement qu'on prie sans cesse, non seulement en particulier mais en public. Léon XI II admire l'efficacité de cette prière continuelle, qui plus que toute autre chose soutient l'Église dans sa voie laborieuse € à travers un siècle puissant par la richesse, les armes et le génie », en conservant à T Épouse du Christ la force, la paix et la sérénité au sein de l'épreuve.

C'est pourquoi l'Église a toujours augmenté ses prières à mesure qu'augmentaient les persécutions et les calamités, suivant en cela l'exemple de Jésus Christ son divin fondateur: «lorsqu'à l'approche de son heure dernière, l'âme pleine d'une immense amertume, Jésus tombait dans une langueur mortelle, au jardin de Gethsémani, à ce moment suprême, non seulement il pria, mais il pria longuement, proltxzus orabat (Luc. xxii, 43). Et il n'agit pas ainsi pour lui-même, qui comme Dieu n'avait rien à craindre ni à espérer, mais pour nous, pour son Église, dont dès alors il rendait fécondes les prières et les larmes futures, en les recueillant en luimême. »

Après cette touchante description de la prière du Christ, Léon XI 1 1 expose l'ordre nouveau introduit sur la terre par la Providence dans l'alliance que fit avec le genre humain le Fils éternel de Dieu. Cette alliance ne s'accomplit pas « avant que n'intervint le très libre consentement de la Mère qu'il s'était choisie et qui représentait en quelque sorte le genre humain ». On peut donc affirmer « que, par la volonté de Dieu, rien ne nous est accordé si ce n'est par Marie. » Le Pontife admire cette disposition de la Providence, si propre à encourager la fragilité humaine, en lui présentant une avocate « accueillante, très bénigne, pleine d'indulgence », très aimée de Dieu, et très secourable aux plus désespérés, pour inter-

céder auprès d'un Sauveur infiniment bon sans doute, mais qui est aussi un juge inexorablement juste. Marie a été créée par Dieu pour

être Mère et Mère toute pleine d'amour et d'indulgence. Jésus l'a proclamée telle en se faisant son fils, et en la donnant, sur la croix, comme Mère au genre humain dans la personne de Jean. Enfin Marie a recueilli l'héritage de son Fils mourant, en prodiguant sans retard à tous les hommes ses soins maternels. Voilà ce qu'enseigne la doctrine de l'Église et le consentement de tous les siècles; « voilà ce que proclame une voix très clatre qui s'échappe de tout cœur chrétien. C'est sans aucun doute la seule foi divine qui fait que nous sommes entraînés vers Marie par une impulsion des plus puissantes >, afin de lui confier nos œuvres, nos joies et nos peines, nos prières, notre innocence ou notre repentir, en un mot, tout ce qui nous appartient, pour rendre agréable à Dieu, ce que notre misère rendrait peu digne de lui. Léon XIII en montrant combien ces doctrines sont consolantes, déplore le malheur de ceux qui ne les connaissent pas et de ces chrétiens « qui osent accuser les bons d'honorer Marie par un culte exagéré et trop prodigue >.

Tout ce qui précède établit l'évidente nécessité de recourir à Marie avec un redoublement de ferveur dans nos temps troublés. Or parmi les pratiques à recommander à cet effet, le Souverain Pontife met en première ligne le Rosaire. L'encyclique montre comment l'usage de cette dévotion tend à l'augmentation de la foi par la connaissance de ses mystères, et à l'augmentation des vertus. Dans la récitation du Rosaire, en effet, l'âme contemple avec une grande suavité l'œuvre inénarrable de la rédemption, et tout enflammée du désir des biens célestes promis par le Christ à ceux qui l'auront imité, elle récite d'admirables prières, œuvre du Seigneur lui-même,* de l'Ange Gabriel et de la Sainte Église.

Le Pontife rappelle l'origine du Rosaire, introduit par saint Dominique en un temps qui ressemble au nôtre par son hostilité au nom chrétien. Ce fut l'arme que lui remit Marie pour triompher

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