‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 224 sur 255 · CHAPITRE QUARANTK-KT-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTK-KT-UNIÈME

dans la lutte ; et le triomphe ne se fit pas attendre. La secte impie et meurtrière des Albigeois, fille du manichéisme, fut terrassée par Celle qui a vaincu toutes les hérésies. De pareils exemples de Tefficacité du Saint Rosaire sont fréquents dans l'histoire de T Église. Aussi le peuple chrétien s est-il épris d'un vif amour pour cette dévotion. Et quand parfois celle-ci s*est relâchée, elle n a pas tardé à se réveiller, sous Tempire de la nécessité et sous la menace de catastrophes publiques. Alors « la dévotion du Rosaire a été, d'un commun accord, remise en honneur de préférence aux autres pratiques religieuses, et a recommencé à s'étendre avec une salutaire vigueur ». Cest ce que Ion constate à notre époque même et sous ce pontificat de Léon XIII, si plein de douloureuses épreuves.

Le Pontife réfute, en termes dignes d'être médités, l'objection de ceux qui se découragent parce qu'ils ne voient pas revenir la tranquillité. Que ceux-là commencent par rendre leur prière puissante par l'exercice des vertus; qu'ils réfléchissent ensuite que ce n'est pas à nous de fixer à Dieu le temps et la manière de nous exaucer. Le Seigneur exauce toujours les prières que l'on fait pour rendre Dieu propice à l'Église, « soit qu'elles aient pour objet les biens suprêmes et immortels, soit qu'elles se rapportent à des biens moindres et temporels, mais néanmoins utiles pour obtenir ces biens essentiels ». Ces prières tirent leur efficacité des mérites de Jésus-Christ, dont la prière (c'est la foi qui nous l'enseigne) ne peut éprouver de refus. 4L Que si l'on considère la puissance des ennemis de l'Église, on peut s'étonner de ne point les voir réussir à satisfaire complètement leur malice, et de voir au contraire l'Église accomplir toujours sa mission avec la même extension et la même gloire, quoique dans des formes diverses. C'est là un effet de la prière de l'Église, qui de sa nature est très puissante pour obtenir la réalisation des plans de la Providence. » L'œil de l'homme n'arrive pas maintenant à saisir la disposition de ces plans divins. Mais un jour viendra où tous verront quelle efficacité avait la prière dans l'économie provi-

dentielle des choses humaines. € On verra que c'est grâce à die que tant de chrétiens, au milieu de la corruption d'un siècle pervers, se sont montrés intègres et purs de toute souillure du corps et de Vâmey accomplissant leur sanctification dans la crainte de Dieu (II Cor., VII, i); que d'autres, au moment de s'abandonner au vice, se sont soudainement maîtrisés, et ont, par suite du danger et de la tentation elle-même, commencé à faire des progrès dans la vertu; que d'autres enfin, déjà tombés, ont senti dans leur âme une certaine impulsion qui les a fait se relever et se jeter dans les bras d'un Dieu miséricordieux. »

C'est par ces touchantes réflexions que Léon XIII combat la défiance de ceux qui seraient tentés de douter de l'efficacité de leur prière. Il les engage ensuite à persévérer dans l'oraison, en demandant surtout le salut éternel et le bien de l'Église. Puis il leur montre, dans la sainteté de la vie et cet esprit de pénitence qui est si intimement lié à l'esprit d'oraison, le moyen véritable de rendre leur prière plus agréable à Dieu. « La prière fait que l'âme se fortifie, se prépare aux grandes actions, s'élève aux choses divines ; la pénitence fait que nous nous commandons à nous-mêmes, que nous dominons surtout notre corps, qui par suite du péché originel est le grand ennemi de la raison et de la loi évangélique >. Autant ces deux vertus élèvent l'homme, < en lui donnant comme une céleste intimité avec Dieu », autant l'âme, amollie par les passions, est éloignée des choses célestes. Sa prière < n'est qu'une voix froide et languissante, indigne d'être écoutée par Dieu >. Le Pontife propose à notre génération affaiblie le spectacle de la pénitence des Saints, qui a donné une efficacité miraculeuse à leurs prières. Il nous les montre domptant leurs passions, se soumettant humblement et sans restriction aux doctrines du Christ et de l'Église, ne recherchant que la gloire de Dieu, < traitant leur corps durement et sans clémence, et s'abstenant, par amour pour la vertu, des choses agréables bien que licites ». — € Il est clair, poursuit

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