‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 233 sur 255 · CHAPITRK QUARANTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRK QUARANTE-ET-UNIÈME

ront à jamais attachés au souvenir de ce fait, considérable dans l'histoire de TÉglise. Mais si le congrès de Jérusalem prit les proportions d'un événement, c'est que Léon XIII en fit en quelque sorte son œuvre, en le plaçant dès le début sous son patronage, par un bref adressé à Tévêque de Liège, et en le faisant présider, comme nous venons de le dire, par un cardinal représentant son auguste personne.

Cette éclatante intervention du Souverain- Pontife devait paraître téméraire aux timides. Nulle part plus qu'à Jérusalem, n éclatent les susceptibilités des diverses sectes chrétiennes, groupées par leurs évêques, leurs clergés et leurs fidèles autour du tombeau du Christ. Divisées entre elles, ces sectes semblaient jusqu'ici n'avoir qu'un lien commun d'unité : la crainte du catholicisme, représenté à Jérusalem par le patriarcat latin, par les Pères Franciscains, et par les communautés unies, arménienne, syrienne, maronite et grecque melchite. Au sein de ces communautés unies elles-mêmes, régnait une certaine défiance à l'égard du latinisme, c'est-à-dire une crainte instinctive de voir l'Église romaine imposer à tous les catholiques le rit latin, au détriment des antiques rites de l'Orient. Ces divers courants religieux sont jalousement surveillés et exploités à leur profit par les puissances politiques. La Russie, notamment, exerce à Jérusalem une influence considérable et soutient de tout son pouvoir le patriarcat grec, pendant que la France a sous sa tutèle les intérêts catholiques qui se confondent avec les siens propres. Le gouvernement turc, détenteur de la souveraineté et responsable de l'ordre public, vient mêler à tous ces éléments son action tendant à faire régner dans un milieu aussi impressionnable une paix au moins extérieure, et par conséquent à éviter tout ce qui, d'une façon quelconque, pourrait compromettre à son détriment cette paix désirée.

On comprend dès lors que la réunion d'un congrès catholique à Jérusalem, et l'arrivée, inouïe depuis les croisades, d'un légat du

Pape aient pu passer pour une folle témérité. Il semblait, en effet, qu'on allait soulever contre Rome les communautés non unies, indisposer la Russie, et mettre le gouvernement turc dans la nécessité de s'opposer à la réunion projetée.

Néanmoins Léon XIII ne se découragea pas. Profitant fort habilement du rapprochement qui s'opérait entre la France et la Russie, la diplomatie pontificale mit tout en œuvre pour calmer les appréhensions suscitées par l'annonce du congrès de Jérusalem. Les cabinets de Vienne, de Berlin et de Londres reçurent l'assurance que ce congrès n'aurait rien à démêler avec la politique des différentes puissances, et se tiendrait exclusivement sur le terrain de la piété chrétienne. Satisfaits de cette déclaration, ils promirent de ne pas opposer d'obstacles à la réunion de l'assemblée. De son côté le Sultan, pressenti par le Saint-Siège avec l'appui de l'ambassadeur de France à Constantinople, fit prendre les mesures nécessaires pour que Tordre fût maintenu à Jérusalem, et pour que le légat apostolique reçût les honneurs dus à son rang. Certains cabinets amis de l'Italie firent bien quelques difficultés, à cause de la nomination d'un légat de nationalité française et non italienne, ce qui semblait une marque d'hostilité à l'égard de l'Italie. Mais il fut répondu, qu'en toute hypothèse, le légat eût dû se mettre sous la protection de la France, à laquelle seule les traités reconnaissent le protectorat des intérêts catholiques. Si le légat eût été italien, l'Italie eût vu de mauvais œil un pareil recours, tandis qu'elle n'avait aucun motif de s'offenser, maintenant qu'il s'agissait d'un Français. Grâce sans doute à l'influence de l'alliance française, la Russie ne prit pas ombrage de la réunion du congrès et fit savoir à ses protégés de Palestine que cette assemblée n'aurait pas un caractère d'hostilité à leur égard. Ainsi se trouvèrent providentiellement aplanies les principales difficultés d'ordre politique. D'autre part, le cardinal Langénieux recommanda aux pèlerins de s'inspirer en toute circonstance du plus grand et du plus universel esprit de

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