CHAPITRE QUARANTK-KT-UNIÈMK
charité, afin de gagner les cœurs des orientaux, mis en défiance par cette pacifique invasion des catholiques latins.
Aux yeux de certains musulmans, cette invasion ayant à sa tête un légat du Pape, prenait un caractère guerrier qu elle n'avait aucunement. Peu avant l'ouverture du congrès, un fanatique, suivi d'un certain nombre d'Arabes armés, proclama la guerre sainte dans les rues de Jérusalem ! Mais l'autorité ottomane mit rapidement le pied sur cette dangereuse étincelle et colloqua en lieu sûr le prédicateur et ses principaux complices.
Trois vapeurs avaient amené à Jaffa les nombreux congressistes. Après la visite des principaux sanctuaires de Jérusalem et de sa province, faite avec une dévotion qui édifia tous les chrétiens du pays, l'on se concentra dans la Ville sainte pour la grande assemblée eucharistique. Le congrès fut précédé d'un triduum solennel, qui fut un triomphe pour le Saint-Sacrement, grâce à la touchante dévotion des pèlerins et à la pompe des cérémonies.
Bientôt arriva à Jérusalem le cardinal légat. Accueilli à la gare par les prélats catholiques de tous rites, présents à Jérusalem, il y reçut aussi le significatif hommage de l'évêque jacobite de cette ville et d'autres communautés non unies. Ainsi, dès le premier pas, les obstacles semblaient s'effacer entre l'Occident catholique et pontifical et l'Orient séparé. Le cardinal, monté sur une mule blanche, et précédé de la croix, s'avança vers la Ville sainte en grande solennité. Les troupes turques, commandées par deux généraux, faisaient la haie. Le légat était accompagné du consul de France et des officiers de la marine française en grande tenue. Une foule de pèlerins et de curieux suivaient le cortège, qui se rendit directement au Saint Sépulcre, où le cardinal fut complimenté par le gardien des Pères Franciscains.
L'ouverture du congrès eut lieu le i6 mai. Par le nombre des évêques présents, cette assemblée ressemblait à un concile. On en comptait vingt-neuf, parmi lesquels le cardinal légat, le patriarche
latin et le patriarche melchîte de Jérusalem et quinze autres évêques orientaux.
Le discours d'ouverture, prononcé par le cardinal légat, exprima à merveille l'esprit de paix et d amour dans lequel le Pontife l'avait envoyé : « Gloria Deo, pax hominibus ! s'écria l'éloquent cardinal. Je ne saurais mieux exprimer en ce moment, les sentiments avec lesquels je viens représenter, au milieu de vos assemblées, le Pontife suprême, qui consacre les puissances de son génie et les délicatesses de son cœur, à tout pacifier au nom de Jésus-Christ, non seulement dans l'Église, mais dans le monde du travail et jusque dans les régions si troublées de la politique contemporaine : Annuntians pace7n per Jesum Chris tum. Si donc vous me demandiez, comme jadis les vieillards de Bethléem à Samuel, dans quel esprit je viens à vous: pacificusne est ingressus tuus? Délégué de celui que l'histoire appellera le grand pacificateur des temps modernes, je vous répondrais avec le prophète : pacijicus ! ad immolandum Donthu) veni, je viens vous convier à rendre gloire à Dieu dans le très saint Sacrement de l'autel, et vous redire les paternelles sollicitudes de Léon XIII pour ces nobles Églises qui gardent sur la terre d'Orient les saintes traditions du passé ! Gloria Deo ! Pax hominibus / >
Ces paroles firent une profonde impression sur les membres du congrès. On remarquait dans l'auditoire de nombreux chrétiens, appartenant à des communautés non unies, et leurs visages trahissaient une attente et une curiosité quelque peu inquiète. La satisfaction des assistants augmenta, quand le légat déclara que le Pape, en l'envoyant, avait voulu donner un nouveau signe de son admiration et de sa sympathie aux chrétientés orientales, qui sont les filles aînées de l'Église de Dieu. Enfin une immense acclamation retentit lorsque le cardinal répéta les paroles adressées par lui à Léon XIII dans son audience de congé : « Saint-Père, je serai l'envoyé de votre cœur pour leur faire connaître votre amour. >
Dans la seconde partie de son discours, l'orateur exposa magnifi-