‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 235 sur 255 · CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME

quement les gloires chrétiennes de TOrient: « Cest l'Orient, dit-il, qui a fourni à TÉglise naissante tous les éléments essentiels pour affermir sa constitution et assurer son développement : ses premiers pasteurs, sa langue liturgique, ses apôtres, ses premières institutions et ses premiers fidèles. Il a vu germer les • premières chrétientés pour lesquelles saint Paul a écrit toutes ses Épltres ou à peu près. Il a été le foyer de Tapostolat ; à lui seul il a fait tressaillir le monde entier aux accents de sa prédication, in omnem terrant exivit sonus eorum^ et les nations catholiques, quelle que soit d ailleurs leur histoire, lui demeurent redevables des fruits merveilleux que T Évangile et les sacrements ont opérés chez elles. > Puis le cardinal montra l'Orient formant les premiers conciles, fixant les premières formules dogmatiques, les élucidant par les immortels écrits de ses grands docteurs, les défendant contre les hérésies, arrosant la terre du sang de ses martyrs et enfin donnant à TÉglise de Dieu vingtdeux papes dans les huit premiers siècles. En achevant ce tableau grandiose, le cardinal rappela les paroles prononcées par Léon XIII, deux mois seulement après son élévation au pontificat. « Oh ! combien nous sont chères les églises de TOrient ! Combien nous admirons leurs antiques gloires et combien nous serions heureux de les voir briller de leur éclat primitif! >

Dans une émouvante péroraison, le légat montra que sa mission n'était pas une mission de diplomatie ni de polémique, mais une mission de piété et d'adoration, dont l'Eucharistie était le principe et la charité l'instrument. Il engagea enfin les Orientaux non-unis à voir dans les assemblées eucharistiques, selon le désir exprimé par Léon XIII, une muette et éloquente invitation à s'unir aux catholiques dans un même sentiment de foi, d'espérance et de charité.

Des paroles aussi pleines d'apostolique mansuétude firent tomber les derniers préjugés qui tendaient à représenter le congrès de Jérusalem comme une offense aux églises orientales.

Les discours du patriarche grec melchite et du patriarche latin

de Jérusalem augmentèrent encore cette impression favorable. Le premier exprima le vœu que la foi commune de toutes les églises dans la sainte Eucharistie les amenât, toutes à Tunion avec FÉglise romaine dans la charité du Christ.

Ce qui éloigne peut-être le plus les dissidents orientaux de l'unité catholique, ce qui risque parfois de compromettre cette unité chez les orientaux unis, c'est la crainte de voir l'Église romaine imposer à toutes ces églises le rit latin. Une messe célébrée tous les jours, pendant la durée du congrès, dans les divers rites orientaux, vint prouver à tous que cette crainte était chimérique. Ce qui le montra davantage encore, ce fut l'assistance solennelle du cardinal-légat à la messe pontificale grecque, célébrée par le patriarche melchite, Mgr Yussef, assisté de quatre évêques et des élèves de son séminaire. Les occidentaux furent charmés de la beauté de ce rite, et les dissidents grecs y reconnurent avec joie les cérémonies usitées dans leurs propres temples,

Mgr Yussef, Mgr Debs, Mgr Geraigiry, trois prélats orientaux de rites divers et plusieurs .. êtres orientaux développèrent, dans leurs discours au congrès, l'identité dogmatique de la doctrine de l'Eucharistie dans les jglises, même séparées, de ces divers rites, et les splendeurs de leur liturgie eucharistique. Les occidentaux furent aussi surpris que touchés des trésors de piété, de foi et de religieuse grandeur, exposés à leurs yeux. Les membres des églises orientales unies se sentirent raffermis dans leur attachement au centre indéfectible de l'unité catholique. Les dissidents de leur côté furent touchés de cette unité de toutes les églises chrétiennes dans le culte de l'Eucharistie, et du respect professé par les Latins pour les rites orientaux.

Le P. Michel, des missionnaires d'Afrique, dans un discours aussi avidement écouté par les Orientaux dissidents que par les unis, exposa la sollicitude des pontifes romains pour la conservation des rites orientaux et notamment les mesures qui interdisent sévèrement

Page 1