‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 238 sur 255 · CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME

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la protestante Angleterre et Timpossibilité où il se trouvait de rien faire sans le consentement des évêques de son obédience. Il termina en faisant des vœux pour que le Seigneur aplanisse ces difficultés.

Notons enfin qu après la clôture du congrès, le patriarche grec de Jérusalem fit parvenir ses félicitations au cardinal Langénieux, et lui rendit témoignage que tout au sein du congrès s'était passé pacifiquement et dans un esprit parfaitement chrétien.

La rapide esquisse que nous venons de tracer des travaux du congrès de Jérusalem aura mis le lecteur à même de comprendre l'importance de ce congrès et la grandeur des espérances qu'il a fait naître. Ah ! puisse la pleine lumière de la grâce et de la vérité recommencer à luire d'un nouvel éclat sur ce mystique Orient, dont le nom même est un nom de lumière et de renaissance ; et puisse Léon XIII, lumen in coeloy faire triompher les rayons du soleil de vérité sur les ténèbres des antiques défiances et des préjugés invétérés ! Ce serait là le digne et admirable couronnement d'un pontificat pacifique et glorieux.

Lorsque l'on parle du retour de l'Orient à l'unité, la pensée se reporte immédiatement sur la Russie, dans laquelle certains voient le grand obstacle à ce retour. A ce propos il ne sera pas inutile de rappeler les espérances que des esprits perspicaces ont conçues et que ne peut qu'accroître le rapprochement opéré entre la France et la Russie. On sait la grande impression qu'a faite dans ce dernier pays l'intervention religieuse du cardinal archevêque de Paris et du clergé catholique lors des fêtes franco-russes. Une correspondance pleine de cordialité a été échangée entre cet illustre prélat et un personnage occupant un rang élevé dans l'armée russe, le général Bogdanovitch. Une souscription a été organisée en Russie pour offrir à Notre-Dame de Paris un souvenir durable de la visite des Russes. Bref il y a entre la religieuse Russie et la France catholique un rapprochement, qui n'est pas moins significatif que celui qui s'est opéré sur le terrain politique entre les gou-

vernements des deux pays ^ Il y a là un grand motif de confiance, et Ton peut sans trop de témérité ouvrir son cœur aux espérances qu'un missionnaire romain, le P. Vincent Vannutelli, a exposées plusieurs fois avec une conviction inébranlable et avec l'autorité que lui donne sa connaissance des choses de l'Orient religieux : « Vous ne sauriez croire, écrivait-il dernièrement au R. P. van Caloen 2, combien j'espère pour la Russie et sur quels motifs se basent mes espérances. Si je ne craignais de compromettre tant soit peu ce que nous faisons en Russie, je vous ferais savoir des choses auxquelles on n'oserait presque pas croire. Je puis seulement vous

1. La lettre du général Bogdanovitch, débordante de foi et d'enthousiasme, serait à citer tout entière. £n voici deux passages significatifs :

< Comme chrétien et Russe, j'éprouve une vive allégresse en pensant à ces récentes solennités où la Russie et la France pour la première, mais espérons-le, pas pour la dernière fois, ont uni dans une prière commune devant l'autel les deux peuples, mus par le sentiment religieux et confondant leurs prières venant d'un seul cœur.

<L Beaucoup de Russes pouvaient s'inquiéter à la pensée que, dans le domaine de

la vie religieuse et morale, entre la Russie et la France il y avait une différence trop profonde...

< Cette opinion — produit d'examens superficiels — a reçu le démenti le plus formel pour tout le monde, lorsque la France, convoquée par Votre Éminence, s'est inclinée devant l'autel dans une prière fervente pour la Russie. Les cœurs russes sont remplis d'une vive émotion au touchant souvenir de ces récentes manifestations, et conserveront ce souvenir à jamais comme le gage le plus précieux d'une amitié indissoluble, à la vie, à la mort, avec la grande nation française.

< Permettez-moi en terminant de faire remarquer à Votre Éminence que l'arrivée de l'escadre russe à Toulon a coïncidé avec une de nos grandes solennités, à laquelle nous attachons une pensée de foi très religieuse: la fête de l'Intercession de la Vierge et de sa bénédiction spéciale sur tous les croyants. >

Dans sa réponse, tout empreinte de cordialité, le cardinal Richard ^élisait appel lui aussi à l'intercession de Marie et appelait de ses vœux le jour où l'union se ferait complète entre la France et la Russie dans la parfaite unité religieuse :

< Pour moi, disait-il, depuis le jour où nous avons couronné par un acte de foi religieuse les fêtes franco-russes, je n'ai pas cessé de demander à Dieu qu'il daigne bénir l'union de deux grands peuples et que, selon la promesse du divin Maître dans l'Évangile, il n'y ait dans le monde qu'un seul bercail et un seul Pasteur. >

Puisse le ciel par l'intercession de Marie, la toute ssànte, \ti panagia^ si honorée des Russes, l'Immaculée si vénérée des Français, opérer cette heureuse union, bien supérieure à toutes les alliances de la politique !

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