GHJ^PITRE QUARANTE-ET-UNIÈME
dire que nous avons réussi à soulever sérieusement la question religieuse, et dans les journaux russes, et surtout dans les écoles ecclésiastiques de la Russie. > La même chose nous était affirmée tout récemment par un homme exceptionnellement compétent en la matière, le R. P. Pierling, de la Compagnie de Jésus, russe de nation, dont les ouvrages spéciaux, si pleins d'érudition, ont été hautement appréciés dans les milieux russes les plus cultivés. Il ne faut donc pas, a priori, taxer de rêveries ce que nous fait entrevoir Dom Gérard van Caloen, dans la Revue bénédictine de Maredsous, lorsqu'il écrit ceci : « Notre humble avis est que, si nous voulons rUnion, au lieu d'attaquer la Russie, il nous faut nous en rapprocher. Étudions son histoire, et nous trouverons que, pendant plus d'un siècle, elle a été unie à l'Église universelle. Étudions sa situation religieuse, et nous verrons que la foi y est vivace et capable d'infuser un nouvel élan à la foi défaillante de l'Occident. Étudions enfin sa situation politique, et nous verrons que la Russie aurait un véritable avantage temporel, sans parler des avantages spirituels qui priment tout, à s'unir à l'Église catholique et que rien dans sa constitution politique et civile n'y met obstacle. La Russie est une puissance conservatrice et forte ; l'avenir lui paraît réservé. Et qui ne voit quel immense surcroît d'influence lui serait acquis du coup, si elle faisait partie de la grande famille catholique ? Aussitôt tomberait la muraille qui sépare la Russie de l'Europe occidentale ; des millions de catholiques lui tendraient les bras, ravis de voir un grand Empereur chrétien marcher la main dans la main, à la tête de la société, avec le grand Pontife, vicaire de Jésus-Christ, dont il serait le protecteur temporel. Les temps de Charlemagne seraient revenus. »
Quoi qu'il en soit de cette restauration de l'empire chrétien, trop hypothétique assurément pour servir de base à une action concrète, on comprend qu'un Pontife éclairé ne pouvait manquer
de suivre d'un œil attentif le mouvement religieux de la Russie, et d'user envers cette puissance de tous les ménagements commandés par la situation. De là cette attitude calme et prudente, qu'on lui a si souvent et si amèrement reprochée comme un abandon des catholiques polonais, alors qu'en réalité elle tendait à garantir à la fois leurs intérêts religieux et les espérances du retour des Russes à l'unité.
Léon XIII a voulu aborder lui-même publiquement ce sujet délicat dans son encyclique du 19 mars 1894 aux évêques de Pologne, vrai chef-d'œuvre de tact religieux et politique, exemple admirable de la façon dont le Pape s'entend à ménager et à concilier, dans la mesure du possible, les intérêts en apparence les plus opposés. Et d abord, quelle délicatesse à l'égard des Polonais dans le fait de s'adresser à eux comme à une nation encore une et grande, sinon par la puissance matérielle, au moins par ses souvenirs et sa foi, malgré les partages qui l'ont démembrée ! Et puis avec quelle effusion Léon XIII proteste de son amour envers ces Polonais, dont on a voulu faire les sacrifiés de sa politique ! € Ce peuple, dît-il, auquel l'origine, le langage, la diversité des rites donnent une physionomie si variée, nous l'embrassons tout entier, avec ardeur, dans un seul et même amour ; Nous ne pensons jamais sans une émotion de joie à cette nation, dont l'histoire est si glorieuse et dont Nous avons reconnu la piété et la confiance filiale à Notre égard. » Le Pape n'oublie nullement < les vicissitudes nombreuses et terribles » à travers desquelles les Polonais ont su conserver intacte leur religion. Il n'a jamais cessé « de veiller de toutes ses forces aux intérêts sacrés de la Pologne. » Il veut le faire « d'une façon plus efficace encore >, aux yeux de toute l'Église catholique, en encourageant les fidèles Polonais dans leur amour pour la religion.
Cette religion, en Pologne comme ailleurs, n a plus à se défendre aujourd'hui par la guerre. Ce sont les armes spirituelles qui sauvent les peuples et font vivre ou revivre les nations. Et Léon XIII