CHAPITRE QUARANTK-BT-UNIÈME
applique en détail à la Pologne les enseignements donnés, au cours de son pontificat, sur l'action salutaire de TÉgUse pour le bien des peuples et des princes, sur les devoirs de ceux-ci et de ceux-là, sur réducation chrétienne, sur l'instruction du clergé, sur la question sociale, etc. Puis il s'adresse en particulier et successivement aux Polonais de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse. C'est ici qu'éclate surtout la sagesse du Pontife et son souci de dire toutes les vérités, en ménageant en même temps toutes les susceptibilités. A ce titre il faut citer presque en entier les paroles adressées aux fidèles de la Pologne russe :
€ Nous vous encourageons, avant tout, à garder et à fortifier davantage votre volonté de pratiquer votre sainte foi. Vous possédez en elle. Nous l'avons dit, le principe et la source des plus grands biens. Que vos âmes chrétiennes préfèrent ce trésor à tous les autres biens, qu'elles le conservent au prix de mille épreuves et de mille fatigues, sans se laisser décourager par aucune difficulté, ayant toujours devant les yeux la volonté divine et les exemples éclatants de tant de saints personnages. Forts de la possession de ce trésor, attendez toujours, quels que soient les événements, avec une ferme confiance et avec patience, la consolation et le secours d'un Dieu qui n'oublie rien.
€ Comme c'est le devoir de Notre charge, Nous connaissons votre situation et Nous sommes heureux de la confiance tout à fait filiale que vous avez placée en Nous. De votre côté, repoussez les calomnies que l'on pourrait semer encore pour vous faire douter de Notre bienveillance et de Notre sollicitude à votre égard, et soyez persuadés que, non moins que Nos prédécesseurs, Nous avons toujours eu de vos intérêts et de ceux de vos autres frères, le souci le plus pressant ; Nous sommes prêt à toutes les fatigues, disposé à poursuivre sans découragement tous les efforts, pour soutenir votre confiance.
€ Nous aimons à rappeler que, dès le commencement de Notre pontificat, inspiré par le désir d'améliorer la situation de l'Église en vos contrées. Nous avons fait faire des démarches opportunes auprès du Conseil de l'Empire, pour demander ce que semblaient exiger à la fois la dignité du Siège Apostolique et la sauvegarde de vos intérêts. Le résultat de ces démarches a été qu'en 1882 quelques arrangements ont été réglés avec le Conseil de l'Empire : la liberté de gouverner leurs séminaires selon les prescriptions canoniques fut promise aux évêques. L'Académie ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, ouverte également aux Polonais, devait être replacée sous h pleine
juridiction de l'archevêque de Mohilew et réorganisée en faveur du clergé et de la religion catholique ; l'engagement fut pris d'abroger ou d'adoucir le plus tôt possible les lois que le clergé trouvait trop rigoureuses. Depuis lors, Nous n'avons jamais négligé une occasion, soit fortuite soit préparée, de demander l'accomplissement du pacte convenu. Bien plus, le très puissant empereur a jugé bon d'examiner en personne ces réclamations et Nous avons reconnu ses dispositions d'amitié à Notre égard et son haut esprit de justice envers vous. Nous continuerons à lui rappeler ces instances en votre faveur, les recommandant ardemment à Dieu qui tient dans sa main le cœur des rois : Cor régis in manu DominL
4: Et vous, Vénérables Frères, continuez à défendre avec Nous l'honneur et les droits sacrés de l'Église catholique, qui remplit sa mission et produit les bienfaits qu'elle doit répandre, quand elle jouît de la sécurité et de la liberté que réclame la justice et qui sont nécessaires au développement de son action. Et puisque vous voyez avec quelle persévérance Nous travaillons à faire régner et à affermir partout l'ordre dans la société et la paix entre les peuples, travaillez, vous aussi, à ce que dans le clergé et dans tout le peuple, les principes du respect aux autorités supérieures et de la soumission aux lois, soient fermement établis. Par là, toute occasion de reproche ou de rancune sera supprimée, l'on ne pourra plus, sans s'exposer à la honte d'un mensonge évident, inventer mille accusations, et le nom catholique briU lera d'une splendeur de plus en plus grande.
< Veillez aussi, de toutes vos forces, à ce que rien de ce qui intéresse le salut des fidèles ne soit négligé dans l'administration des paroisses, dans la distribution au peuple du pain de la divine parole, et dans tout ce qui doit entretenir l'esprit religieux. Que surtout, dans les écoles, les enfants et les adolescents soient bien instruits dans le catéchisme et, autant que possible, par les prêtres légitimement nommés par vous. Vous aurez soin également que la décoration et l'entretien des églises et la pompe des cérémonies soient dignes du culte et capables de développer la foi qui peut y trouver de si précieux éléments. Cependant vous agirez toujours bien, en prévenant les difficultés que vous prévoiriez à ces divers sujets : n'hésitez point à en appeler sérieusement, mais avec prudence, aux engagements conclus avec le Saint-Siège Apostolique. Faire cesser tous malentendus, obtenir tous les biens convenables, est un but qui ne peut qu'être approuvé, non seulement par les Polonais, mais par tous ceux qu'anime un véritable amour du bien public. >
Ces quelques lignes ferment la bouche aux malveillants et Ton ne saurait trop admirer le mélange de prudence et de fermeté, avec lequel le Pape unît ici à la compassion pour les maux des Polonais
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le respect pour Tautorité impériale, et Tamour de la justice au désir de la paix.
Aux Polonais autrichiens Léon XIII conseille rattachement « envers Tauguste empereur dont le zèle pour la religion de ses ancêtres est si grand 1^; il leur dit sa sollicitude pour le développement des hautes études à T Université de Cracovie, et tout en témoignant sa joie de Tardeur avec laquelle Tordre ruthène de Saint-Basile a répondu à ses soins, il touche à cette vitale question des rites orientaux, qui passionne si fort les esprits dans ces régions où Latins et Grecs se coudoient et souvent se jalousent. Léon XIII recommande aux Polonais « de professer pour les Ruthènes des sentiments d'étroite amitié, malgré les diversités d origine et de rite, comme il ^ convient à des citoyens habitant la même contrée, vivant sous les mêmes lois, et, ce qui est bien davantage, professant la même foi. » L'Église voit et aime en eux des enfants dignes de sa tendresse ; « elle les autorise, dans des vues pleines de sagesse, à garder leurs coutumes et leurs rites ; vous, et le clergé surtout, devez les considérer et les traiter comme des frères ; n'ayant qu'un cœur et qu'une
âme, travaillant ensemble à la plus grande gloire d'un seul et même Seigneur et Dieu, et cherchsintk multiplier znpulcArùuclinepaaslQS fruits de toute justice. > — Voilà des paroles dont le retentissement dans tout l'Orient ne peut qu'être salutaire, et qui confirment ce que Léon XIII a dit et fait pour montrer sa bienveillance envers les rites orientaux, depuis la concession de la liturgie slave à l'église d'Antivari, au Monténégro, jusqu'au congrès de Jérusalem ; depuis l'extension à toute l'Église du culte des SS. Cyrille et Méthode, jusqu'aux nouvelles prééminences honorifiques accordées aux patriarches orientaux.
Dans la partie de l'encyclique adressée aux Polonais de la Prusse, le Souverain- Pontife loue leur affectueuse docilité à l'autorité épiscopale et les exhorte à la confiance envers leur sérénîssime empereur, dont il connaît les bonnes dispositions à leur égard en retour de leur respect pour les lois émanées de son autorité.
Le but visé par l'encyclique fut atteint de la manière la plus heureuse. Pendant qu elle suscitait l'enthousiasme des Polonais des trois empires, Tesprit élevé du tsar était vivement frappé de l'appel qui lui était fait par Léon XIII et de la sagesse de ses conseils d'obéissance loyale aux Polonais. S'affranchîssant des étroites traditions de la bureaucratie russe, il autorisait la publication de l'encyclique dans les journaux polonais, et accréditait officiellement M. Iswolski comme ministre de Russie au Vatican. Ce nouveau et grand succès de la politique de Léon XIII frappa de stupeur les adversaires de cette politique, et ils furent contraints de s'écrier avec le poète :
Omnia jant fiunt, fieri quae passe negabam !
L'encyclique aux Polonais nous a ramené sur les confins de la politique, dont nous nous étions écartés pour nous tenir dans le domaine des choses appartenant plus spécialement à la piété et à la religion. Revenons à ce dernier ordre de faits et étudions l'action de Léon XIII sur les milices sacrées, qui sont par excellence les asiles de la piété et le boulevard de la religion.
Dès le début de son pontificat, Léon XIII discerna entre tous les instituts religieux celui du Patriarche d'Occident. L'organisation familiale qui le distingue, ainsi que l'heureux équilibre entre la contemplation et l'action ; l'universalité de son programme embrassant à la fois la prédication, les sciences et les arts, groupés autour de l'œuvre par excellence : la louange divine célébrée au nom de la société chrétienne avec tout l'éclat des cérémonies et des chants ; la devise de paix, pax! inscrite au frontispice de sa charte ; enfin son origine antérieure aux grandes scissions entre l'Orient et l'Occident, qui lui donnent une autorité sans pareille pour travailler à l'unification de la chrétienté : tels sont, rapidement esquissés, les titres de l'Ordre bénédictin à la bienveillance singulière du Souverain-Pontife.
Cette bienveillance s'est exprimée en des circonstances si nom-