CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME
breuses et si solennelles, qu'il nous est à la fois impossible de la passer sous silence, et d'en parler de manière à épuiser le sujet. Une énumération succincte devra suffire à nos lecteurs.
Le quatorzième centenaire de S. Benoit, solennisé avec une pompe inoubliable au Mont-Cassin, sous la présidence du cardinal Pitra en qualité de légat apostolique, fournit aux prélats de tout TOrdre réunis sur la sainte montagne l'occasion de témoigner de leur filial dévouement à la Chaire de Pierçe. Dans sa réponse, Léon XIII célèbre avec complaisance les gloires du monachisme occidental. Le hv^{ Gaudii fructus, du 24 avril 1880, demeurera à jamais inscrit dans les annales bénédictines. Le bref Summa cum anzmz du 12 décembre 1882 rend à TOrdre un nouvel hommage, dont la jeune abbaye écossaise de Fort-Augustus est légitimement fière. Cet hommage revient dans l'encyclique AuspiccUo concessum est^ consacrée à glorifier le Patriarche d'Assise, en l'année de son huitième centenaire, et, quelques mois plus tard, dans le décret du 5 avril 1883, en vertu duquel les fêtes de S. Benoit, de S. Dominique et de S. François sont élevées au rite double-majeur ; nous trouvons encore l'éloge de l'Ordre bénédictin sous la plume et sur les lèvres de Léon XIII, dans le hv^( Intanta temiorum envoyé le 2 juillet 1882 au cardinal Guibert, légat apostolique aux fêtes de S. Urbain II, et dans le discours qu'il prononça à l'occasion des 9olennités centenaires de S. Grégoire VII.
Mais l'hommage rendu à d'illustres traditions n'est qu'une partie des sentiments du grand Pontife à l'égard de l'Ordre monastique. Ces traditions, il veut les faire revivre ; cet Ordre, il désire, ce sont ses propres paroles, le voir « briller de nouveau au sein de l'Église, par cette sagesse et cette force qu'il fit éclater autrefois, et qui furent pour l'Église et pour la société pendant des siècles un si grand sujet de consolation et de gloire. » Et quels moyens emploiera-t-il pour réaliser ce désir exprimé en 1880 à l'assemblée des prélats bénédictins ? Il rappellera aux principes fondamentaux de leur Ordre les
monastères que les besoins ou les vicissitudes des temps ont quelque peu éloignés de Tidéal monastique, soit en modifiant leurs constitutions, soit en les encourageant à former entre eux des congrégations. Il approuvera les constitutions de congrégations nouvelles, et ornera de la pourpre romaine les moines éminents dont il se servira dans le gouvernement de la sainte Église. Il rétablira le collège de St-Anselme, jadis si florissant à Rome, pour former au centre de rÉglise un foyer de vie monastique, de science et d*apostolat. Il créera enfin un lien nouveau entre toutes les familles bénédictines, en leur donnant, dans la mesure où le comporte leur organisation patriarcale, un chef commun, chargé de veiller au bien général des diverses congrégations.
Parmi ces congrégations, celles d'Autriche, les plus récentes par la date de leur érection et des plus anciennes par lantiquité des monastères et des abbayes qui les composent, ont été surtout l'objet des sollicitudes paternelles de Léon XIII. Déjà nous avons mentionné plus haut la réorganisation de ces congrégations par les lettres apostoliques Gratulatio unantmis et Singulari benevolentia adressées en décembre 1888 et en mars 1889 aux abbés autrichiens. Elles eurent pour résultat une réunion, dans laquelle ces prélats s'efforcèrent de rédiger, sous la présidence du cardinal Séraphin Vanutelli, des constitutions qui, tout en respectant ce que les traditions de leurs monastères avaient de vénérable, les firent entrer davantage dans le courant de vie nouvelle, qui tend de plus en plus à ramener tout l'Ordre aux principes féconds de la Règle de S. Benoît. Cette assemblée décida également que toutes les abbayes autrichiennes se grouperaient en deux congrégations ; celle de S t- Joseph sous la présidence de l'abbé de Salzbourg, et celle de l'Immaculée Conception sous la présidence de l'abbé de Gothweig. Le Souverain- Pontife félicita, par sa lettre Grata nobis du 7 juin suivant, les prélats bénédictins d'Autriche de leur promptitude à répondre à ses désirs.