CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME
La Congrégation anglo-bénédictine dut aussi beaucoup à l'initiative du Saint-Siège. Les origines de l'Ordre bénédictin en Angleterre remontent à S. Grégoire le Grand, et sont intimement liées à la conversion de ce pays à la foi romaine. Depuis lors, les moines n avaient jamais cessé, tout en insistant sur ce qui était essentiel à leur vocation, de s'occuper dans une large mesure des intérêts spirituels des fidèles. La réforme ayant détruit les grands centres de la vie monastique en Angleterre, et rendant nécessaire pour le maintien de la foi une action plus individuelle, l'équilibre entre l'élément monastique et l'élément apostolique se trouva quelque peu déplacé en faveur de ce dernier. Maintenant que la paix de l'Église le permet, Léon XIII, secondé par la bonne volonté des moines, cherche à rétablir l'harmonie qui régnait jadis entre la vie intérieure et les œuvres de zèle. La lettre apostolique Religiosus ordo du 12 novembre 1 890 marque cette tendance.
Parmi les autres constitutions approuvées par Sa Sainteté Léon XIII, il convient de citer celles de la congrégation de Beuron, de la congrégation américaine-cassinienne, de la congrégation helveto-américaîne ; si bien que le protectorat de l'ordre bénédictin, que Léon XIII a voulu se réserver avec une bonté toute paternelle, a exercé son action sur la presque totalité des congrégations dont il se compose. En ce moment encore il s'occupe d'une manière active de sauver de l'extinction la congrégation brésilienne, condamnée à une longue stérilité par une législation malheureuse.
Mais il était nécessaire, pour soutenir l'impulsion donnée et pour en recueillir des fruits abondants, de créer un grand centre monastique sous les yeux mêmes du Vicaire de Jésus-Christ. Il faudrait citer dans son entier l'admirable lettre que le Souverain-Pontife écrivit le 4 janvier i887,au sujet de St-Anselme,au cardinal Dusmet, de l'ordre de St- Benoît, archevêque de Catane. « Nous avons, dit il, présentes à l'esprit les gloires nombreuses, tant dans l'ordre religieux que dans l'ordre social, qui ont couvert les fils de S t- Benoît des titres
les plus nobles dans le cours de quatorze siècles ; nous nous rappelons les vertus monastiques dont leurs cloîtres ont été Theureux asile, le nombre considérable de saints qu'ils ont fournis au Ciel, de pontifes glorieux, d'évêques illustres qu'ils ont donnés à l'Église, les documents splendides de doctrine sacrée et profane qu'ils ont laissés au monde, leurs services rendus aux lettres, aux beaux-arts et à la vraie civilisation, lesquels ont échappé, grâce à eux, aux injures de l'ignorance et de la barbarie. » De ces considérations le Saint-Père passe au rétablissement du collège de St-Anselme, fondé à Rome par Innocent XI, et dont les cours publics jouiront des mêmes privilèges, pour les grades académiques, que ceux de l'Université Grégorienne et du collège de St-Thomas. L'appel du Pontife n'a pas été perdu. Sept ans nous en séparent à peine, et déjà l'institution a pris corps : trente jeunes scholastiques, — leur nombre va croissant chaque année, — venus de tous les pays du monde, reçoivent sous la direction de maîtres choisis une formation scientifique digne du renom de leur Ordre ; et sur la colline de l'Aventin, grâce à la générosité inépuisable du Pontife, s'élève l'abbaye-collège de St-Anselme, monument grandiose construit dans le plus pur style chrétien d'Italie ^ Nous voudrions décrire en détail ce magnifique édifice. La gravure ci-jointe nous en dispensera. La vue est prise à vol d'oiseau, à peu près du campanile de St-Alexis. La grande cour intérieure, tout entourée d'arcades et coupée au milieu par une galerie à terrasses, offrira un aspect des plus imposants. Majesté et élégance, richesse et gravité, tout s'unit dans cette construction pour en faire un des plus beaux ornements de la ville des papes, et avec la nouvelle abside de St-Jean de Latran, le plus remarquable monument élevé à Rome sous le pontificat de Léon XIII.
Mais en même temps que le Souverain- Pontife faisait surgir sur l'Aventin cet édifice matériel, il songeait aussi à couronner l'édifice
I. Les plans de cette abbaye ont été dessinés par Dom Hildebrand de Hemptînne, abbé de Maredsous, aujourd'hui primat de l'ordre.