CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME
exposée dans le discours dont nous venons de citer un passage. € Le temps présent, y lisons-nous, est un temps de lutte, et de lutte à outrance contre T Église. Ses ennemis variés, bien qu'ils ne s'accordent pas entre eux, se sont coalisés en une ligue satanique. Excités et dirigés par la secte maçonnique, ils ont préparé une formidable armée pour livrer à TÉglise un assaut suprême et, à leur avis, mortel. II existe en conséquence un besoin urgent d'opposer armée contre armée : contre l'armée sectaire l'armée catholique dont, aujourd'hui comme toujours, les ordres religieux doivent être la partie la mieux ordonnée et la plus aguerrie. 1^
Nous avons dit en divers endroits de cet ouvrage combien ont été constants et actifs les efforts déployés par Léon XIII pour atteindre ce but. La Compagnie de Jésus, l'ordre de St-Dominique, celui de St-François, nombre d'autres congrégations régulières ont ressenti les efforts de cette sollicitude, à l'égal des ordres de St-Benolt et de Citeaux.
Si le perfectionnement des ordres religieux n'est pas, aux yeux de tous, la partie la plus éclatante de l'action de Léon XIII sur notre siècle, il n'en est pas moins un des résultats les plus importants de son Pontificat et un gage certain des futurs succès de l'Église sur le terrain de l'apostolat.
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Encyclique Prm-iJeiiiissmus Dais sur les éludes bibliques. — Coup d'œil rétrospeclif sur le pontidcat de Léon XIM. — Le jubilé épiscopal. — Épilogue.
îN Pape aussi préoccupé que Léon Xf II des choses ■ de la piété, ne pouvait manquer d'accorder une attention spéciale au Livre par excellence de la piété et , de la foi, à l'Écriture Sainte. Pour clôturer en quel- , que manière le cyclede son enseignement doctrinal, il était du reste nécessaire qu'après avoir parlé aux évêqties, au clergé et aux fidèles, de l'enseignement de la philosophie et de la théologie, et après leur avoir donné la solution des questions de morale pratique et sociale les plus importantes en notre temps, il leur exposât aussi ce qu'il leur importe le plus de savoir et de faire par rapport à la parole de Dieu, si violemment attaquée de nos jours. C'est à quoi vise l'encyclique ProvideiUissimns Deus. du iS novembre 1893.
L'Écriture Sainte contenant, avec la tradition non écriie, le trésor excellent de la révélation divine, Léon XIII se sent porté à ouvrir plus largement cette source précieuse à son troupeau et à la garder avec un soin plus jaloux de tout danger de corruption. Il désire que le nombre de ceux qui s'appliquent avec succès à l'étude des saintes lettres, surtout parmi les prêtres, ne cesse d'augmenter.
Jésus-Chrlst lui-même a montré quel cas nous devons faire des Écritures, en s'appuyant sur elles pour prouver sa divinité et sa
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mission dîyîne, pour combattre les Sadducéens, les Pharisiens et le démon lui-même, pour instruire et édifier ses disciples. Les apôtres imitèrent cet exemple, ainsi qu'en font foi leurs écrits, et il doit être imité également paf ceux qui aspirent au sacerdoce : € Car, dît Tencyclique, ceux qui ont à exposer la doctrine de la vérité catholique aux savants ou aux ignorants, ne trouveront nulle part sur Dieu, bien suprême et souverainement parfait, sur les œuvres qui révèlent sa gloire et sa bonté, des enseignements plus riches, une matière plus ample de prédication. Quant au Saveur du genre humain, il n'a rien été dit sur lui de plus fécond ni de plus expressif que ce qui se trouve dans tout le texte de la Bible : et c'est à bon droit que saint Jérôme affirme que f ignorance des Écritures^ cest Vignorance de Jésus-Christ. > Les Écritures en effet révèlent dans sa splendeur la figure divine du Christ; elles déterminent la nature de l'Église, et prouvent l'efficacité de la morale chrétienne; elles ont enfin la vertu spéciale de donner au langage des prédicateurs une force et une liberté toute divine. C'est donc bien à tort que certains orateurs sacrés recourent de préférence aux paroles de la science et dç la prudence humaine, plutôt qu'à la parole divine renfermée dans les saints livres. Les Pères de l'Église n'ont cessé de recommander ceux-ci comme la vraie source de l'éloquence sacrée, non moins que de la perfection sacerdotale.
Ces livrer ne doivent pas être lus comme les livres ordinaires. Pour les bien comprendre il faut un esprit docile, une volonté pieuse, la prière humble et une vie sainte.
L'Église a toujours entouré le trésor des saintes Écritures des soins les plus attentifs. Elle les fait lire et méditer à ses ministres dans la psalmodie sacrée. Elle les fait expliquer dans les cathédrales et les monastères par des hommes d'une compétence spéciale. Elle ordonne de les exposer tous les dimanches aux fidèles. Léon XIII détaille les effets de cette sollicitude de l'Église à travers les âges. Il décrit l'assiduité des Pères apostoliques dans l'étude de l'Écri-
ture, et montre les travaux des anciens apologistes et des écoles théologiques d'Alexandrie et d'Antîoche, se portant principalement sur les livres saints. Telle était lardeur avec laquelle on s'appliquait à ces études, que les trois siècles suivants méritèrent le nom d'âge d'or de l'exégèse biblique. Le Pontife rappelle les noms et les écrits des meilleurs interprètes de l'Écriture depuis Origène et ses hexaples. Clément et Cyrille d'Alexandrie, S. Basile le Grand, etc., jusque S. Augustin et S. Jérôme, salué par l'Église du titre de Docteur très grand. L'étude de l'Biriture subit ensuite un déclin, mais elle se conserva jusqu'au onzième siècle dans les écrits de ceux qui, avec Isidore de Séville, Bède et Alcuin, recueillirent, classèrent, illustrèrent les travaux de leurs devanciers ; avec Walafride Strabon et Anselme de Laon commentèrent les textes sacrés, et, avec Pierre Damien et Lanfranc, veillèrent à leur intégrité. Le XII® siècle se distingue par l'efflorescence de l'explication allégorique, où excella surtout S. Bernard.
Les scolastiques ouvrent une période de progrès nouveau. Sans négliger l'établissement du texte exact de la version latine, ils s'appliquèrent surtout à l'interprétation de ce texte : v< Avec une méthode et une clarté qu'on n'avait pas dépassées auparavant, les divers sens des paroles sacrées furent distingués ; la valeur de chacun dans les discussions théologiques fut appréciée ; la division des livres et le sujet de chaque partie fut fixé ; le but des écrivains fut recherché ; l'étroite connexité des pensées entre elles fut mise en évidence. De tout ce travail, chacun voit facilement combien de lumière est venue éclairer les passages obscurs. D'ailleurs, leurs livres de théologie et leurs commentaires sur les Écritures révèlent chez eux des trésors de doctrine sacrée. A cet égard, Thomas d' Aquin a encore la palme. >
Clément V ayant fondé à Rome et ailleurs des chaires de langues orientales, cette innovation, jointe à la renaissance du grec et plus tard à l'invention de l'imprimerie, donna un merveilleux essor aux études scripturistiques. Les éditions de la Vulgate inondèrent