‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 249 sur 255 · I. De doctr, chr.^ i", 4- — 2. S. Hier, ad Pammach · texte numérisé non relu

I. De doctr, chr.^ i", 4- — 2. S. Hier, ad Pammach

celui que tient la Sainte Église: d'où résulte la défense d'interpréter rÉcriture contrairenjent à ce sens et au consentement unanime des Pères.

Cette loi tend à préserver l'interprète de beaucoup d'erreurs et laisse encore un vaste champ aux études personnelles, qui d'une part préparent parfois et hâtent le jugement de l'Église sur les passages non définis, et d'autre part servent à éclaircir et à défendre les passages définis, en montrant que seuls ils peuvent être justifiés par les lois d'une saine herméneutique.

Dans les passages non définis, il faut suivre l'analogie de la foi et ne jamais donner une interprétation qui soit en contradiction avec la doctrine de l'Église ou avec d autres textes sacrés. A cet effet l'interprète doit <L parfaitement connaître toute la théologie > ainsi que les écrits des Docteurs et des principaux commentateurs, selon l'exemple qu'en ont donné les Saints Pères dans leur manière d'étudier l'Écriture.

Le consentement unanime des Pèifes est un signe certain de la tradition apostolique dans l'interprétation des textes dogmatiques et moraux. Leur jugement, comme docteurs privés, doit aussi être tenu en grande estime, à cause de leur science en matière d'Écriture, et à cause de la sainteté qui leur a valu de Dieu des lumières spéciales. Néanmoins l'interprète peut, pour de bonnes raisons, passer outre à ce jugement, pourvu qu'il ne s'écarte point du sens obvie de l'Écriture 4L si ce n'est quand la raison empêche de le tenir ou que la nécessité force à l'abandonner. » {S. Aug.de Gen.ad /ùiA,vui, c.7, 13.)

Les interprétations allégoriques et autres, données par les Pères, sont un usage d'origine apostolique, très propre à exciter à la piété, quoiqu'elles ne servent pas proprement à la démonstration des dogmes. A ce titre elles ne doivent pas être négligées.

L'étude des autres commentateurs catholiques est aussi très utile, quoique leur autorité n'égale pas celle des Pères. Il est dangereux et inconvenant de les négliger pour donner la préférence aux

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explications des hétérodôxes,qui ne peuvent posséder le sens intégral de rÉcriture, quoique leur lecture prudente puisse avoir son utilité pour rinterprète.

L'usage de la Sainte Écriture doit être Tâme de la théologie. La méthode préférable dans l'étude de la théologie est celle que l'encyclique expose ainsi d'après S. Thomas : « Bien que, dans les academies et dans les écoles, les jeunes gens doivent être principalement formés à l'intelligence et à la science des dogmes par une exposition méthodique partant des articles de foi pour arriver, selon les règles d'une sage et solide philosophie, aux autres conclusions; cependant, un grave et docte théologien ne doit pas négliger la démonstration des dogmes par les autorités de la Bible, «caria théologie ne tire pas « ses principes des autres sciences, mais de Dieu immédiatement par « révélation. Et ainsi, elle ne reçoit rien des autres sciences comme i lui étant supérieures, mais elle se sert d'elles comme de subali ternes et de servantes. » Les jeunes ecclésiastiques seront parfaitement préparés à aborder sans danger les études bibliques, s'ils possèdent à fond la théologie et la philosophie suivant saint Thomas. Cette préparation est nécessaire aussi à l'étude de la théologie /fostlive.

Il ne faut pas se borner à interpréter l'Écriture, il faut en outre établir son autorité^ ce qui s'obtient uniquement par le magistère de l'Église. Mais ce magistère lui-même se prouve par l'Écriture. Il s'agit donc d'établir d'abord la foi humaine et historique due à l'Écriture et ainsi de prouver historiquement la divinité et la mission divine de Jésus-Christ et l'établissement de la hiérarchie ecclésiastique etc. Ce terrain doit être défendu par des prêtres bien préparés, qui possèdent les langues orientales et soient au courant de la critique, ces deux branches de connaissances si estimées de nos jours. Il serait utile que le programme des grades théologiques comprît les langues orientales. Quant à la critique, elle n'est pas moins importante pour réfuter les attaques du rationalisme; « car il

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y a un art pervers et funeste à la religion, qu on a décoré du nom de critique supérieure, qui consiste à juger par les seuls arguments internes, comme on dit, de Torigine, de l'intégrité et de l'autorité de chaque Kvre. Il est évident, au contraire, que dans les questions historiques, telles que celles de Torigine et de la conservation des livres, les témoignages de Thistoire l'emportent sur les autres, et doivent d'abord être recherchés et discutés ; quant à ces raisons internes, elles n'ont pas une telle valeur, en général, qu'on puisse les invoquer ici, si ce n'est par manière de confirmation. > La critique soi-disant transcendante ne peut mener qu'à la vanité, à la contradiction des opinions et à l'élimination du surnaturel.

L'encyclique appelle l'attention sur les difficultés qu'on tire des sciences naturelles pour les opposer à l'Écriture, au grand détriment de la foi des masses et surtout de la jeunesse. L'interprète catholique devra donc posséder les sciences naturelles. 4L II n'y aura jamais de véritable désaccord entre le théologien et le physicien, tant que chacun d'eux restera dans son domaine propre, en ayant soin, selon l'avertissement de saint Augustin, « de ne rien affirmer « témérairement et de ne pas donner pour connu ce qui est inconnu ' ». Si cependant ils se trouvent en dissentiment, la règle de conduite pour le théologien est tracée encore par le même docteur : « Tout <L ce que les savants, dit-il, arriveront à établir dans l'ordre de la na- « ture sur des preuves vérîdiques, montrons que ce n'est pas contraire « à nos Écritures; mais tout ce qu'ils avanceront dans leurs livres de « contraire à nos Écritures, c'est-à-dire à la foi catholique, prouvons « aussi, avec notre science, ou croyons sans hésitation que c'est « absolument faux ^. » Pour apprécier la justesse de cette règle, il faut considérer d'abord que les écrivains sacrés, ou, pour mieux dire, « l'Esprit de Dieu, qui parlait par eux, n'a point voulu enseigner aux hommes ces choses (à savoir l'intime constitution du inonde visible), qui sont inutiles au salut 3. C'est pourquoi ces écri-

I. /h Gen. op. imperf.^ ix, o. — 2. De Gen. ad liii.y l, 2f, 41. — 3. S. Aug. ib. Il, 9, 20.

^v^.^,;ta^

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vains, peu préoccupés d approfondir les secrets de la nature, décrivent parfois les choses et les rendent soit par des métaphores soit selon le langage courant du temps, analogue à celui qui est employé encore aujourd'hui bien souvent dans la vie journalière, même entre les hommes les plus instruits. Or comme, dans la manière ordinaire de parler, on exprime d'abord les choses telles qu'elles tombent sous les sens, ainsi l'écrivain sacré (cette remarque est aussi du docteur Angélique ) s'esÉ conformé aux apparences sensibles S ou aux choses que Dieu, parlant aux hommes, a exprimées d'une manière- humaine. »

Au reste rien n'oblige à soutenir toutes les opinions des Pères isolés ou des commentateurs postérieurs. Plusieurs de leurs opinions en matière de science naturelle peuvent n'être plus probables aujourd' huî. « En conséquence, pour les choses que les savants affirment être certaines, avec des preuves certaines, rinterprète sacré doit montrer qu'elles ne contredisent en rien l'Écriture bien comprise, sans oublier cependant qu'il est arrivé plus d'une fois que des choses, données d'abord comme certaines par ces savants, ont été ensuite mises en doute et finalement rejetées. »

Il faut raisonner à peu près de la même manière en ce qui concerne l'histoire. Certains écrivains sont animés d'un esprit si hostile et si déloyal, qu'ils admettent de confiance tout ce qu'ils trouvent dans les documents et les livres profanes, et rejettent, sur un simple soupçon d'erreur et sans discussion, les assertions de l'Écriture.

Le texte de certains passages de celle-ci peut, à la vérité, avoir subi quelque corruption dans les transcriptions qui en ont été faites, mais la chose ne doit pas être admise facilement, ni sans preuve certaine.

« Il peut arriver aussi que le sens vrai de quelque passage demeure douteux ; pour résoudre la difficulté, les règles les plus autorisées de l'interprétation serviront beaucoup ; mais il sera tou-

t. Summ, Theol.^ p. 1. g. LXX, a. I. ad. 3.

jours absolument interdit, soit de restreindre l'inspiration à certaines parties seulement de la sainte Écriture, soit de concéder que l'auteur sacré lui-même s'est trompé. On ne saurait, en effet, tolérer le système de ceux qui, pour échapper à ces difficultés, ne craignent pûS d'admettre que l'inspiration divine s'applique aux choses de la foi et des mœurs, mais à rien de plus, parce qu'ils croient faussement que, s'il s'agit de la vérité des textes, on ne doit pas tant rechercher ce que Dieu a dit, qu'examiner pour quel motif il l'a dit. Car tous les livres que l'Église reconnaît comme saints et canoniques ont été écrits, dans leur intégralité et dans toutes leurs parties, sous la dictée de l' Esprit-Saint. Or, bien loin que l'inspiration divine puisse être sujette à aucune erreur, cette inspiration, par elle-même, non seulement exclut toute erreur, mais l'exclut et la repousse aussi nécessairement qu'il est nécessaire que Dieu, vérité souveraine, ne soit l'auteur absolument d'aucune erreur. »

Ces vérités ont été explicitement définies dans les conciles de Florence, de Trente et du Vatican.

On ne peut objecter contre cette infaillibilité de l'Écriture qu'elle a été rédigée par des hommes, car le Saint-Esprit a assisté les écrivains inspirés, de façon à ce qu'ils conçussent et exprimassent infailliblement ce que Dieu voulait et rien que cela, sans quoi Dieu ne serait plus l'auteur de toute l'Écriture.

Telle est la doctrine constante des Pères. < Il s ensuit que ceux qui pensent que, dans les textes authentifques des livres sacrés, il peut y avoir quoi que ce soit de faux, ceux-là, ou bien pervertissent la notion catholique de l'inspiration divine, ou bien font de Dieu même l'auteur de l'erreur. >

C'est pourquoi les Pères ont toujours cherché à concilier entre eux les textes qui semblaient contradictoires, et ils n'ont cessé d'affirmer « que. Dieu lui-même ayant parlé par les auteurs sacrés, n'a pu rien énoncer qui soit contraire à la vérité >, en aucun endroit de l'Écriture, ni sur aucun sujet quelconque.

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