‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 252 sur 255 · CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME

règlement de ce brûlant problème. En même temps, îl étendait sa main libératrice sur les nègres de l'Afrique et préparait avec succès la guérison de Thorrible plaie de l'esclavage, guérîson rebelle jusque-là à tous les efforts des puissances séculières. En France, au milieu de difficultés sans nombre, il imposait aux catholiques, à force d'énergie et de tranquille persévérance, la ligne de conduite qui pourra seule les délivrer des suspicions injustes de leurs ennemis, arracher l'Église à l'oppression, et rétablir la paix entre les citoyens. En Amérique, il couronnait l'organisation ecclésiastique de la grande république des États-Unis par l'institution d'une délégation apostolique, et réglait les points ardemment controversés entre catholiques, de façon à rétablir entre eux la paix et l'union, premier gage de la victoire, et à donner dans la mesure du possible satisfaction aux vues des pasteurs de l'Église, vues parfois difficilement conciliables entre elles, quoique toujours inspirées par le désir du salut des âmes.

A d'aussi grands efforts, suivis d'effets aussi considérables et aussi propres à amener des résultats plus grands encore, devait correspondre un nouvel élan de gratitude de la part des catholiques et des puissants du monde. Et voilà que le jubilé épiscopal de Léon XIII vint, comme à point nommé, leur en fournir l'occasion. A point nommé, disons-nous, car pour toutes les grandes questions dont nous venons de faire mention, la période des incertitudes était passée, l'union était faite ou tendait de plus en plus à se faire parmi les catholiques dans les voies indiquées par le Pontife. La Providence plaçait donc le jubilé épiscopal de Léon XIII au cours de son pontificat, comme une sorte de point d'arrêt, d'où, jetant un regard en arrière, l'Église et le monde pouvaient apprécier les nouveaux résultats obtenus et témoigner au vicaire de Jésus-Christ leur admiration et leur reconnaissance.

Et cependant l'on entendait des voix murmurer, avec une feinte sollicitude pour le bien de l'Église, que le Pape, à force d'imposer

ses volontés aux fidèles et aux pasteurs, semait dans leurs rangs la désaffection et le découragement. Ces voix, il faut bien le dire, étaient parfois des voix catholiques. Elles tournaient en blâme ce qui, pour ceux qui ont le sens vrai ée Tautorité, était un grand sujet d'admiration. € Je suis leur chef, il faut bien que je les suive >: cette parole attribuée à un chef parlementaire français n'a pas cours dans la Sainte Église. Le rôle du chef est, non de suivre une direction, mais de la donner. Et si Léon XIII sut imposer à l'Eglise, contre bien des résistances même intérieures, la direction que, comme son chef visible, il jugeait la meilleure, certes il remplit en cela le premier de ses devoirs avec une grandeur et une fermeté toute romaine, au sens antique et, bien plus encore, au sens chrétien du mot. Voilà ce que ne comprenaient pas certains catholiques, et voilà ce que comprit admirablement le peuple chrétien. Avec l'instinct naturel aux peuples, il se sentit conduit avec fermeté et reconnut avec joie cette action nécessaire de l'autorité. Avec le sens surnaturel propre au peuple chrétien, il reconnut l'action du Christ dans l'action de son Vicaire, et reçut dans des sentiments de foi et d'amour l'impulsion de la suprême autorité. Voilà ce que vint démontrer la solennisation du jubilé épiscopal, en dépit des appréciations chagrines auxquelles nous avons fait allusion.

L'Église entière se leva comme un seul homme pour prouver, par le fait et par les paroles, que Léon XIII n'était point ce que d'aucuns disaient : un Pape qui avait imposé l'obéissance, mais n*avait pas su conquérir l'amour. Jamais en effet on ne vit manifestation plus grande, plus spontanée, plus universelle de soumission affectueuse, d'intime union, de respect partant du cœur. Les fêtes du jubilé sacerdotal, disait-on, avaient été telles que pareil spectacle ne pourrait plus se revoir. Il se revit pourtant au jubilé épiscopal, qui peut-être les dépassa en magnificence et en enthousiasme.

L'élan fut si général que Léon XIII put, dans son discours aux pèlerins hollandais le 12 mai 1893, prononcer ces remarquables

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