‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 26 sur 255 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

préoccuper lui-même et que, tout récemment encore, il avait rappelé l'enseignement de T Église touchant la solution < de ce difficile et important problème >» et 4L exposé à tous et à chacun, y compris les gouvernements, les devoirs et les obligations spéciales qui leur incombent ». Sans aucun doute, ajoutait le Saint- Père, € l'action combinée des gouvernements contribuera puissamment à atteindre le but tant désiré. La conformité des vues et des législations, autant au moins que le permettent les conditions diverses des lieux et des pays, sera de nature à faire grandement progresser la question vers une solution équitable. Cest pourquoi Nous ne pouvons qu appuyer hautement toutes les délibérations de la conférence qui tendront à relever la condition des ouvriers, comme, par exemple, une distribution du travail plus proportionnée aux forces, à Tâge et au sexe de chacun, le repos du jour du Seigneur, et en général tout ce qui empêchera que l'ouvrier ne soit exploité comme un vil instrument, sans égard pour la dignité de l'homme, pour sa moralité, pour le foyer domestique. > Le Pape rappelait ensuite l'indispensable nécessité du concours de l'Église. € Car le sentiment religieux est seul capable d'assurer aux lois toute leur efficacité, et l'Évangile est le seul code où se trouvent consignés les principes de la véritable justice, les maximes de la charité mutuelle qui doit unir tous les hommes, comme les fils d'un même père et les membres de la même famille. La religion enseignera donc au patron à respecter dans l'ouvrier la dignité humaine et à le traiter avec justice et équité ; elle inculquera à la conscience de l'ouvrier le sentiment du devoir et de la fidélité; elle le rendra moral, sobre et honnête. C'est pour avoir perdu de vue, négligé et méconnu les principes religieux, que la société se voit ébranlée jusque dans ses fondements. Les rappeler et les remettre en vigueur est l'unique moyen de rétablir la société sur ses bases, et de lui garantir la paix, l'ordre et la prospérité. Or c'est la mission de l'Église de prêcher et de répandre dans le monde entier ces principes et ces doctrines. > Léon XIII

LE PAPE LÉON Xltl.

irait enfin que loi-niême et les pasteurs de l'Église ne cesseraient

d'exercer, pour la solution du problème social, la féconde innée qui dérive de leur mission. Il espérait que cette influence ne lit pas contrariée par le pouvoir civil. En6n il se disait heureux a désignation de Mgr Kopp, prince-évêque de Breslau en quade délégué à la conférence.

)n s'étonnera peut-être que l'empereur d'Allemagne n'ait pas prié îaint-Père de se faire représenter à la conférence. Mais nous sas, de la meilleure source, qu'il fit pressentira cesujet Léon XIII, [ue ce dernier, tout en remerciant l'empereur de cette preuve time, ne crut pas pouvoir accepter sa proposition, et ce pour

motifs faciles à deviner.

1 est intéressant de rapporter ici la parole dite par Guillaume 1 1 évêque de Bruges, lors de sa visite à Ostende en 1890. Au sr de gala donné par le roi des Belges à l'occasion de cette te, l'empereur dit à Mgr Faict: «Je suis heureux. Monseigneur, roir l'occasion de vous dire combien j'ai été satisfait de l'adresse

m'a fait remettre un cercle d'ouvriers de cette ville. Je profite cette circonstance pour vous déclarer que je suis en parfaite imunauté de sentiments et de principes avec S. S. Léon XIII

rapport à la question ouvrière. >

A conférence de Berlin n'eut, comme on le sait, aucun résultat lédiat bien notable, et l'on ne put arriver à élaborer un projet itente internationale Néanmoins les vœux émis par la conféce fourniront peut-être des indications utiles pour un accord ir. Parmi ces vœux, il faut remarquer celui de voir la loi t>Iir un jour de repos hebdomadaire, à fixer au dimanche pour tes les nations chrétiennes. A noter aussi les vœux relatifs au :ail des enfants et des femmes, où l'on proposait d'interdire

premiers le travail jusque 10 ou 12 ans, et le travail de nuit jue 14 ans, puis le travail dangereux ou insalubre jusque 16 ans ir les garçons et le travail des mines jusque 14 ans. On proposait

CHAPITRK VINGT-SIXIÈME. 63

en outre de ne pas permettre plus de six heures de travail effectif avec des intervalles de repos aux enfants de moins de 14 ans, et de protéger, jusque 18 ans, les adolescents contre la durée excessive du travail et contre le travail nocturne, dominical, insalubre et dangereux. Quant au travail des femmes, la conférence émit le vœu de ne pas leur permettre le travail de nuit ni le travail du dimanche avant 16 ans ; de fixer le maximum de leur journée de travail à 1 1 heures par jour, avec une interruption d'une heure et demie, sauf exceptions pour certaines industries et pour les travaux insalubres et dangereux. On émît aussi le vœu de ne pas permettre le travail des femmes au fond des mines. Quant à la durée du travail des adultes, le congrès se prononça pour la journée moyenne de dix heures, avec interruption pour les industries dangereuses ou insalubres. Parmi les vœux relatifs à l'industrie minière, il faut remarquer celui qui concerne les relations plus directes à établir entre les ouvriers et les ingénieurs, les associations de patrons et d'ouvriers avec engagement de recourir à un arbitrage si les différends entre les uns et les autres ne peuvent s'arranger à l'amiable. Ces louables efforts des gouvernements pour améliorer, par une entente internationale, le sort des ouvriers, témoignèrent à la fois de leur bonne volonté et de leur impuissance.

• En Allemagne Guillaume 1 1 dut reconnaître la faiblesse de l'immense force matérielle dont disposait l'empire vis-à-vis du flot montant du socialisme. Aussi supprima-t-il les lois d'exception portées contre les socialistes.

Peu de jours après, le congrès socialiste, tenu à Halle le 12 octobre 1890, proclamait par des chiffres l'inefficacité de la répression. D'une statistique présentée par le député Bebel il résulte, en effet, que, malgré quatre-vingts expulsions et quinze cents condamnations montant ensemble à mille ans de prison, prononcées contre les socialistes en vertu des lois d'exception, le parti avait vu le nombre

es électeurs votant en sa faveur s'élever de io2,cxX) en 1871, 493,000 en 1877, à 763,000 en 1887 et enfin à 1,427,000611 1890. .es 104 journaux du parti, quoique traqués par la police de l'emire, comptaient 600,000 abonnés, et les souscriptions des adeptes jivaient la progression suivante : 37,000 marcs, 95,000 marcs et 88,000 marcs en 1878, 1880 et 1883:390,000 marcs de 1887 à 890. Ces résultats étaient certes effrayants, et il devenait imposble de se dissimuler que, selon la parole plusieurs fois répétée par ,éon XIII, il fallait autre chose que la force brutale pour arracher , société à une imminente ruine.

Devant le péril Guillaume II n'hésita pas, nous l'avons vu, à ire appel au concours de l'Église; il s'adressa même à l'initiative rivée, dans ces paroles qu'il prononça au banquet de la diète de ■randebourg, après avoir exposé sa ferme volonté de marcher en l'ant dans la voie des réformes sociales : « Ceux qui voudront l'aider dans l'accomplissement de cette tâche seront les biensnus, quels qu'ils soient d'ailleurs, ceux qui chercheront à m'entraer dans ce travail, je les briserai en mille morceaux. > Si en Allemagne la situation était telle, elle n'était guère plus issurante ailleurs. En France, des grèves répétées, signalées par es attentats, tels que l'assassinat de l'ingénieur Watrin; en Belique, les désordres sanglants des grandes grèves du Hainaut ; en .mérique et en Australie, les immenses coalitions des ouvriers mtre les patrons, partout les prédications exaltées des meneurs îcialistes, et les théories communistes et anarchistes répandues ins le peuple par la petite presse de la révolution sociale ; en un lOt, les symptômes les plus graves et les plus menaçants annontîent que le vieil édifice social était profondément miné dans l'uni-

(1891-1893.) .'Clique Rerum novarum sur la condition des ouvriers. — Impression qu'elle fait sur les non -catholiques. — Ses effets parmi les catholiques. — Action sociale de Léon XIII à Rome. — La Sociiià arlislica operaia, — Charité du Souvoraln-Pontlfe. — Léon XIII et l'abbé Margerln, curé de Fourmies. — Bëatmcatlon de l'apprenti Nunzlo Sulprlzlo. — Vertus à pratiquer dans la solution de la question sociale: religion. Justice, charité. — Lettre de Léon XIII à J'afchevôquo de Cologne. — Consultation romaine sur le salaire. — Lettre à M. Decurtlns.

?E moment était venu où celui qui, comme le divin Maître, a les paroles de la vie étemelle, devait faire '■ entendre la parole libératrice, celle qui, suivie, sauvera le monde des cataclysmes, négligée, enlèvera : toute excuse à une société s'anéantissant dans l'impéoitence finale ! Cette parole d'un éblouissant éclat retentit dans l'encyclique Rerum novarum sur la condition des ouvriers. La terre 6t silence, un instant, pour écouter cette voix du iion de Juda, dominant tous les bruits d'ici-bas. Ainsi, quand éclate le tonnerre, la nature se tait, et toute créature parait se recueillir.

Analysons cette encyclique, la plus admirable par la hauteur des vues, par la fécondité des principes qu'elle expose, la plus grande aussi par les effets qu'elle est appelée à produire.

Un < redoutable conflit} divise les classes sociales : ce conflit est dû au progrès de rindustrie,à l'altération des rapports entre patrons et ouvriers, à la concentration trop grande des richesses en peu de mains, aux prétentions croissantes des travailleurs, à leur union plus étroite, enfin à la corruption des mœurs. Nul sujet ne préoccupe davantage les esprits en ce moment. Aussi la chaîne apostolique dont il est revêtu force-t-elle le Pape à élever la

Le Pape Lfoa XIII. — 11.

:soudre le problème qui sollicite l'attention de notre

:me est difficile et dangereux. Il est difficile, car Hicate que de déterminer les droits et les devoirs des prolétaires, du capital et du travail. Il est dangereux, 3prit révolutionnaire cherche à profiter de cette diffijmenter des troubles. Cependant il est urgent d'agir, férieures se trouvant en général € dans une situation : de misère imméritée ».

entre dans l'examen des causes de cette situation, à Tuction des anciennes corporations ouvrières qui proivrier, la disparition de l'influence du principe religieux et par suite de ces deux causes, l'isolement de l'ou- : « d'une concurrence effrénée » et de « maîtres souns >. Ajoutez l'usure, toujours condamnée par l'Église toujours sous des formes nouvelles, et « le monopole du . effets de commerce >, possédé par quelques riches nt ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude :s>.

stes préconisent, comme remède efficace à ces maux, a de la propriété privée et son transfert à la commune Mais ce système, violant les droits des propriétaires t les fonctions de l'État, bouleverse l'édifice social tout ait en outre désavantageux à l'ouvrier, e ferait la solution socialiste à l'ouvrier se démontre delà nature du travail lucratif. Le but visé par le ît « de conquérir un bien qu'il possédera en propre et )partenant ». Ce qu'il veut, en mettant ses forces et disposition d'autrui, c'est avoir de quoi pourvoir à : il veut donc le salaire, mais aussi « le droit strict et :n user comme bon lui semblera ». De là l'origine de < Si donc, dit l'encyclique, l'ouvrier est arrivé à faire

Page 1